vendredi 25 décembre 2009

Lettre à Argentine


En hommage à Loulou Clapton

Il était une fois
Toi et moi
N'oublie jamais ça
Toi et moi !

Depuis que je suis loin de toi
Je suis comme loin de moi
Et je pense à toi tout bas
Tu es à douze heures de moi
Je suis à des années de toi
C'est ça être là-bas

La différence
C'est ce silence
Parfois au fond de moi

Tu vis toujours au bord de l'eau
Quelquefois dans les journaux
Je te vois sur des photos
Et moi, loin de toi
Je vis dans une boite à musique
Electrique et fantastique
Je vis en chimérique

La différence,
C'est ce silence
Parfois au fond de moi

Tu n'es pas toujours la plus belle
Et je te reste infidèle
Mais qui peut dire l'avenir
De nos souvenirs ?
Oui, j'ai le mal de toi parfois
Même si je ne le dis pas
L'amour c'est fait de ça

Il était une fois
Toi et moi
N'oublie jamais ça
Toi et moi !

Depuis que je suis loin de toi
Je suis comme loin de moi
Et je pense à toi là-bas
Oui, j'ai le mal de toi parfois
Même si je ne le dis pas
Je pense à toi tout bas


            6 mois ça passe à une vitesse… L’Argentine c’est déjà fini.

            Alors certes je ne reviens pas sans rien. Non non je ne pense pas à une bilinguité probable qu’on m’avait mise devant les yeux comme la carotte de l’âne pour me faire partir. Ma maîtrise de la langue espagnole reste très approximative et très hypothétique. Mais je ne reviens pas sans rien car je reviens avec :
            - des images plein la tête
            - 7 kilos supplémentaires tous nouveaux tous beaux
            - un niveau de cheval qui fait passer Lucky Luke pour un gaucho homme-tronc
            - un chapeau de cow-boy
            - des connaissances incroyables sur « L’Histoire de la coloscopie de 1847 à nos jours en Amérique du Sud d’un point de vue micro et macro-économique »
            - des histoires fabuleuses qui seront bien évidemment plus tard romancées comme si j’étais un héros des temps modernes. Dans 10 ans, je n’aurais pas fait du cheval dans un campo argentin, j’aurais acheté un campo pour dresser des chevaux sauvages. Je n’aurais pas vu un glacier classe, j’aurais construit ce glacier pour agir à ma manière contre le réchauffement climatique…
            - une photo de Miguel le gaucho
            - le fait de savoir qu’en Argentine il n’y a pas que Buenos Aires, Maradona, la Patagonie et Florent Pagny
            - un maillot du Chili et de l’Argentine
            - des nouveaux copains

            Alors bien sûr le retour à la réalité lyonnaise sera dur. Adieu viande délicieuse, pour le même prix je vais me régaler avec le steak Lidl. Le dulce de leche n’est plus, le Nutella va revenir en force. Terminé la chasse et le cheval, maintenant c’est bus 3 et réveils matinaux… Ca fait mal de partir, ça fait du bien de revenir.

            Mais ce voyage n’aurait rien été sans pas mal de gens.
Merci à Marc qui m’a trouvé un stage incroyable.
Merci à la famille Kemlin dans son ensemble sans qui je n’aurais pas rencontré autant de gens.
Merci à Moon qui m’a supporté pendant 6 mois quasiment tous les jours.
Merci à Tico qui nous a accueilli chez lui pour montrer ce que c’est la campagne aux citadins que nous étions.
Merci aux Anglais qui ont réussi à se faire détester par les argentins, du coup nous (les français) ils nous aiment bien.
Merci Papa-Maman d’avoir été la perfusion financière qui me maintenait en vie. Merci à l’Argentine d’être aussi belle.
Merci à Air France de me ramener à bon port…

mardi 22 décembre 2009

El fin del mundo

            La fin du monde est prévu pour dans trois ans apparemment d’après Hollywood et les Incas (21/12/2012). Alors mêmes s’ils ont peur de rien, ils sont américains (comme Tom Sawyer), ils ont quand même l’air assez flippés vu qu’ils font des films où les gens crient, pleurent et fond des prières. Dans ma grande bonté d’âme, je suis allé tester pour eux la fin du monde, el fin del mundo comme ils disent ici…


            J’ai directement essayé de m’intégrer mais ce fut un échec cuisant vu qu’en fait ils n’ont pas la tête en bas, les cheveux en l’air et quand ils font pipi ça ne tombe pas dans le ciel. Alors oui je fus un peu déçu (qui ne le serais pas, mais j’ai quand même poursuivi ma route). J’ai d’abord tenu à prouver au reste du monde que la fin du monde je savais ce que c’était et qu’on pouvait me croire sur parole.


            Et donc, voici en exclusivité : quand ce sera la fin du monde, il ne fera jamais nuit, les gens trouveront étrange que tu n’ailles en vacances en Antarctique et surtout, surtout, des castors obèses seront devenues les maître du monde. En tout cas « El fin del mundo » c’était comme ça. Le soleil se cachait discretos derrière une montagne vite fait vers une heure du mat’ (il ne trompe personne, on voyait tous ses rayons dépassés) puis il ressort comme une fleur vers quatre heures du matin te réveiller comme s’il était midi. Les gens que j’ai rencontrés m’ont tous pris pour un taré parce que je venais à Ushuaia pour une autre raison que pour partir se geler les miches avec les pingouins. Et tous les habitants d’Ushuaia trouvaient normal de se faire détruire leurs régions par des castors. En effet, un jour un saint homme du ministère de la marine argentine a eu l’excellente idée d’importer du Canada 25 couples de castors. « Pourquoi le castor ? » me demanderez-vous. Il faut à mon avis chercher dans ses fantasmes les plus vils mais admettons : l’homme aime les castors. Soit. Le fait est qu’il a oublié de ramener les ours, les lynx et les pumas chargés de manger les rongeurs. Aujourd’hui 300 000 castors sont là toutes les nuits à casser les arbres, faire des barrages et inonder des vallées donnant une ambiance étrange à la région. Evolution oblige, l’absence de prédateur naturel a permis à Monsieur et Madame Castor d’adapter leur morphologie aux épreuves de la vie : ils sont maintenant obèses, trente centimètres plus grand et passent leur temps à faire des marmots avec des portées qui sont passés de deux à six. Le gouvernement a vaguement réagi en offrant 15 pesos par queue de castor soit 3€ pour passer une nuit dans le froid à attendre qu’un gros rat daigne sortir de sa cabane, s’il passe encore dans l’ouverture.


            Voilà pour la fin du monde. Pour le reste, on garde ici aussi les fondamentaux de l’humanité, les aborigènes locaux ont ici aussi été décimés c’est bon merci pour eux, les argentins trouvent ca toujours aussi fun de mettre leur estancia magnifique comme Haberton ici dans des endroits uniquement accessibles après un rallye dans la boue et peu importe le pays, les irlandais auront toujours un foie beaucoup plus efficace que le mien face à la bière. Rassurons donc les américains, tant qu’il n’y a pas de castors à l’horizon, la fin du monde c’est vraiment chouette.

vendredi 18 décembre 2009

Les géants qui ne dormaient jamais

            Au Sud de la Patagonie, coincés entre le Chili et l'Argentine, vivent de vieux géants blancs. Ces vieux briscards ont tout vu, tout survécu restant impassibles, imperturbables devant les colonisations, les révoltes ou les dictatures qui perturbèrent leur pays. Adulés dans et en dehors de leur patrie, mis en avant sur la scène internationale, ces vieux géants n'ont jamais daigné descendre rencontrer le peuple. "Qu'ils viennent disaient-ils" avec le désintérêt simulé du retraité sénile qui n'est plus visité. Messieurs Perito Moreno, Upsala, Spegazzinni ou encore M. Fitz Roy vous l'avez compris ont l'aigreur des gens qui ont tout vécu. Mais ces sages à la barbe blanche, pour expliquer leur aigreur, n'ont, pour leur défense, pas dormi depuis 20000 ans. Le vent n'a en effet pas cessé jour comme nuit de tenter de les rabaisser depuis tout ce temps. Mais ni l'un ni les autres n'ont lâchés. Fitz Roy n'a pas perdu un centimètre de ses 3405 mètres d'altitude. Perito, lui, a même grandi de quelques mètres depuis le début du XXe siècle. Le vent tient bon pourtant. Ce matin il soufflait encore à 100km/h sur les sommets enneigés. Cette lutte incessante ne connaît pas de trêve la nuit puisque de nuit il n'y a point. Hier le soleil s'est couché vers minuit pour se lever 5 heures plus tard laissant nos vieux sages dans leur état d'insomniaques forcés...

            Intrigué par cette affaire, je suis allé en visiter quelques uns. J'ai commencé par Perito Moreno, le plus grand de tous. Seuls ses frères de l'Arctique et de l'Antarctique le dépassent en taille mais dans son pays il est le plus géant des géants. Moins renfermé que les autres, il est descendu dans la vallée pour qu'on vienne le consulter plus facilement. 80 kilomètres de route depuis la bourgade de El Calafate et nous y sommes... Très vite on le voit pavaner au loin, faire le beau en faisant scintiller ses reflets bleus. Jeune dans sa tête, il reste vieux dans son corps : il perd chaque jour plus de deux mètres dans les eaux profondes qui l'entourent (un genre de peaux mortes sans doute). Heureusement, le haut de son crâne pousse chaque jour de la même distance pour qu'il garde continuellement la même taille conservant ainsi toute sa splendeur.

            De loin, on trouve qu'il en fait beaucoup Perito pour ignorer ainsi tout évènement qui se passe autour de lui. Mais plus on se rapproche, plus on comprend à quel point nous ne sommes rien pour lui nous pauvres mortels. Une vie humaine n'est même pas un jour pour lui, un homme, même grand, ne mesure pas le millionième de sa taille. On se sent tellement petit et inutile près de lui. Normal qu'il nous balaie nous et notre courte histoire d'un geste de la main. Au final Perito, il a tout compris : tout est relatif, rien n'a d'importance. Une sorte de Carpe Diem des glaciers...

            Après avoir ajouté "Rendre visite à Perito Moreno" à ma liste des "10 choses ultra-touristiques que je veux quand même faire même si je suis entre un gros américain qui sue et un japonais en short" (je l'ai mis entre "faire une photo avec Mickey" et "Mettre un jeton dans une machine de Las Vegas"), j'ai voulu rendre visite à Fitz Roy pour voir s'il m'en apprenait autant... Mais Fitz Roy se la pète un peu. Il vit en haut d'une montagne (rien que ça déjà ça me paraît beaucoup mais admettons). Direction El Chalten, sympathique village d'une centaine de maisons. Pour espérer voir l'ami Fitz, il faut monter pendant cinq heures une montagne magique : la montagne au quatre saisons. J'ai commencé mon ascension en été sous 25 degrés avec le soleil qui chantent et le soleil qui brille. Puis j'ai traversé l'Automne et ses arbres tout tristes qui faisaient des pièges avec leurs racines. J'ai vu au loin le printemps et ses arcs-en-ciel du renouveau. Mais arrivé au sommet, l'hiver m'a attaqué de plein fouet. Il m'a neigé dessus sans vergogne, m'a glacé le sang avec son vent gelé. OK je n'étais pas forcément équipé avec mon jogging, mes baskets et mon manteau de ville, mais me punir avec -5 degrés fut rude. En haut j'ai appelé, crié supplié Fitz Roy de sortir de sa réserve mais rien n'y fit. Il resta bouder dans les nuages. Je n'ai eu pour seul consolation qu'un bout de son pied et une visite de sa baignoire...

Eté

Automne

Printemps

Hiver

L'aventure fut belle et j'ai beaucoup appris.
Que rien n'a d'importance à part "cueille la vie".
Qu'à vivre tout seul on devient vite aigri
Que Fitz Roy est un con, Perito, un génie.

mercredi 16 décembre 2009

La route des sept lacs

Sept lacs pour une route mythique d'Argentine...

Lago Hermoso

Lago Villarino

Lago Falkner

Lago Traful

Lago espejo

Lago Correntoso

Lago Nehuel

Puis ce fut l'heure des grands adieux, des accolades, la croisée des chemins. Moon et Manu sont partis voguer vers d'autres cieux au Chili. J'ai poursuivi mon voyage vers le grand Sud puis la Terre de Feu pour ajouter sur des pierres et des troncs d'arbres mon patronyme pour l'éternité...

dimanche 13 décembre 2009

Souffler le chaud, le froid et les bougies

            Ce dimanche fut un jour de fête. Non pas que Moon et Manu m'ai convertit à quelconque religion, mais c'était mon anniversaire. J'ai donc eu la joie et le privilège de me lever sous les "feliz cumpleaños" de mes compères. Pour les remercier je leur ai fait un cadeau chacun...

            A Manuela je lui ai offert une petite crise de peur sur le chemin du Mirador du lac Hechulafquen. La notion de "route secondaire" n'est en effet pas la même en France qu'en Argentine. Ici notre Chevrolet bien aimée a dû slider sur des pierres, rouler dans la boue, monter des pentes verticales en terre,... Lorsqu'il fut l'heure de traverser un petit torrent, Moon est descendu pour aller voir si l'on passait. Manu aussi est descendu. Pour aller voir ce qui se passait... en bas dans la ville. Elle préférait rentrer à pied que de remonter dans la voiture. Mais finalement elle accepta l'inévitable et remonta tant bien que mal dans la voiture pour admirer la vue...

            A Moon, je lui ai offert un auto-stoppeur Mapuche en parka bleu trop grand qu'il fermait jusqu'aux oreilles. En bonus, on a eu un "parfum de voiture". Notre nouvel ami avait en effet passé trois jours dans sa cabane près du lac et n'avait vraisemblablement pas pu se laver.

            L'objectif du jour était l'ascension d'une montagne pour atteindre des thermes naturels : une source chaude. Notre Everest. L'Olympe. Un beau cadeau d'anniversaire. Mais bon pour y arriver, ce fut les douze travaux d'Hercule.


            Piloter sur routes de cailloux est devenu aussi banal que l'autoroute. Il faut ensuite parler Mapuche pour comprendre les indications des locaux. Vaincre le ciel menaçant qui mettrais en péril notre retour si d'aventure la pluie ruinait la route en la rendant impraticable pour tout véhicule autre que le pick-up King size. Puis vint la randonnée de dix heures... Mais notre force est venu de l'argentin : l'argentin est feignant. "Une petite heure de randonnée" convertit du système international au système argentin devient "Wooaaaaa méfiez vous c'est hyper loin vous êtes fous". Donc forcément les chemins de randonnée sont adaptés à la voiture. "Adaptés" un bien grand mot car il faut monter une route du même acabit que celle du Mirador le tout puissance 10 (Manu s'est cachée dans son manteau tout le trajet c'est pour dire). Devant un fleuve nous avons du renoncer à notre moyen d'exploration, sortir nos machettes imaginaires et nos palmes inexistantes... S'interrogeant devant notre capacité à franchir le fleuve, un miracle est apparu : le Messie est arrivé.

            Oubliez Jésus, Moïse et les autres. Le nôtre s'appelle Paco et il est garde-forestier. Lui ne marche pas sur l'eau, il roule dessus. Devant nos yeux apeurés, il nous a laissé grimper dans son embarcation magique qui franchit les fleuves et nous a emmenés au dernier campement avant l'ascension finale. A la sortie du Pick-up vert et blanc de garde forestier, nous étions comme orphelins. Mais pour nous consoler il nous a laisse son histoire que nous prêchons aujourd'hui. 40 jours dans le Sinaï c'est donc bien un truc de fiottes. Paco il a passé 10 ans dans le désert de la forêt profonde avec sa famille à surveiller si les arbres poussaient droit et si les cerfs avaient des mensurations correctes. Après une dernière analyse politique sur l'état de l'union argentin, il nous adressa ses dernières recommandations : "Méfiez vous c'est très très loin : il y a une heure de randonnée".

            Une dernière traversée de forêt nous ouvrit les portes de notre bain pique-nique : 37 degrés au milieu de la nature avec une bimbo qui te prépare tes sandwichs. Que demandes le peuple !



            Après l'été vient l'hiver, après le chaud vient malheureusement le froid. Paco n'étant plus là pour le retour, sans doute parti éclairer d'autres pêcheurs, il fallu traverser notre Mer Rouge : la rivière. Sans Paco, elle ne s'est pas ouverte. Ce qui s'est ouvert c'est notre système nerveux. Passer de 37 degrés a 5 en une demi-heure, ça vous réveille un homme. Ca lui donne aussi les pieds blancs et l'impression de ne plus avoir d'orteils. Rassemblant ce qui nous restait de membres, nous atteindrons notre lit chaud que tard le soir. Héroïques certes, malades surtout avec un petit mal de gorge à la clé...


            Mais il en faut plus pour stopper un héros, surtout lorsqu'ils sont trois. Le lendemain, en signe de défiance nous sommes partis chambrer le lac pour lui prouver que la nature sur nous n'a pas d'empreinte. Après deux heures de canoë nous avons débarqués sur une plage abandonnée (par abandonnée comprendre "une plage uniquement accessible par la mer...ou par le jardin du propriétaire juste au-dessus). Pour montrer enfin à ce lac qui est le patron, nous nous sommes tous baignés dans cette eau si froide. TOUS. Sauf Moon et Manu.

samedi 12 décembre 2009

Du côté de chez vous

20 heures de car dans la pampa argentine, ça vous fout un de ces torticolis...mais ça vaut tellement le coup. Nous avons donc laissé Diego (le steward qui nous tapait dans les mains), la bouteille de vin vidée par Diego dans nos gosiers pour nous endormir, les seins de Lara Croft à la télévision et mon voisin bizarre qui regardait des vidéos de boîtes de nuit volume maximum pour débarquer devant le lac Lacar. Magique...mais le mieux reste à venir.

Des amis de la famille de Manuela ont eu la gentillesse de nous laisser une sorte de château à San Martin perdu dans les montagnes. A côté, les maisons de "Du côté de chez vous" font bidonville togolais...



Si un jour vous passer par Barcelone et que vous voulez goûter un bout d'Argentine, allez chez eux au double étoilé Patagonia Beef and Wine (en plus dites que vous venez de ma part : si vous achetez deux menus vous ne paierez que...deux menus).

Un grand merci à nos mécènes ne sera pas suffisant, il en faudrait au moins deux bons milliers. La bonté n'a en tout cas pas de frontières...

Into the wild


            La solitude, l'absence de confort, le froid polaire, le jeun, la soif, le retour à l'état de nature... Autant de choses dont la Patagonie te fait souffrir quand tu la fantasmes dans tes rêves au fond de ton lit bien chaud en regardant les montagnes à travers la baie vitrée. La soif étanchée par un cabernet sauvignon "Postales del fin del Mundo". Repu d'une truite qu'on aurait pu pêcher si les lacs étaient remplis de sauce roquefort et les truites se cuisaient et se dépeçaient elles mêmes avant de sauter sur ton hameçon...

            Trop de luxe tue le luxe ! Voila pourquoi ce samedi fut synonyme de changement et de départ dans le Wild Wild West : le Parc National Lanin, son lac Huechulafquen bleu azur et son volcan qui nous regarde du haut de ses 3776 mètres. La solitude pour le coup prend un peu de vérité. "Patagonie très touristique". D'accord : pour celui qui vit sur la lune, le lieu est surexploité. Pour le quidam qui a une vie sociale (par vie sociale, même la dernière famille Amish vivant au fin fond d'une grotte entre dans la terminologie), huit touristes autre que nous trois dans 310 000 hectares, ça reste peu.

            Mais c'est sans doute pour le bien des gardes forestiers qui peinent à gérer cet afflux touristiques. Ou alors ils n'ont pas accès à l'information depuis la création du télégramme. Dans tous les cas, pour toute question sur le temps qu'il va faire dans le parc, voici la liste hiérarchique des personnes à contacter :
1. Chuck Norris
2. Evelyne Dhéliat
3. Mamie Glo
4. Sa propre conscience
5. Une force supérieure
...
1284. Les gardes-forestiers du Parc Lanin

            Pas de bol pour nous, on n’avait pas cette liste et donc on a misé sur le numéro 1284. Les réponses successives furent : "Le temps d'ici ?", "Je sais pas", "Heuuuuuuuu", "Mas o Menos" (= comme chich, comme chach), "Va demander à l'autre garde-forestier plus loin, lui il sait"... De même s'il s'agit des activités proposées sur le lac, de l'horaire de départ du bateau qu'il gère, etc...

            Pour le reste le Wild Patagon va bien au delà de Florent Pagny. C'est magique. C'est un lapin suicidaire qui manque de réussir son coup lorsqu'il passe juste devant votre voiture. C'est un pêcheur à la mouche seul dans un lac trop grand pour lui. C'est une vache qui vient vous voir près du lac juste comme ça pour vous dire bonjour. C'est un flan de neige qui survole les montagnes. C'est une photo qui ne vaut pas le quart de ce que vous vous avez vu en vrai. C'est la Patagonie.

            Le Wild on en revient soufflé mais pas peu fier. Le Wild on en profite le jour mais on est quand même bien avec une douche et un bon lit chaud la nuit. Le Wild on y retourne dès demain...

vendredi 11 décembre 2009

Peu importe la maison tant qu’on à l’ivresse

            Réveil matinal. Sept heures. Devant la fabrication de nos sandwichs diététiques à la salade, personne n'imaginait manger chez les De Rodshild...

            Mercredi était la journée arsouille. Mendoza est LA région du vin argentin donc on n'a pas pu résister à une petite descente dans les bodegas du coin (caves à vins). Vu qu'on avait une voiture, on est allé dans les plus lointaines où même les touristes canadiens avec des jambes de bûcherons ne peuvent pas venir sans être motorisé. Et apparemment, il n'y a pas beaucoup de moteurs dans la région vu que notre première visite de la bodega Salentein se fit avec une seule famille Germano-américano-vénézuélienne qui n'aimait pas le vin mais qui se trouvait étrangement être l'heureux acquéreur de vignes dans la région. A peu près l'équivalent de quelqu'un allergique au pollen qui coure nu la bouche ouverte dans un champ venteux de printemps mais passons. Pour nous, ce fut fabuleux. Une visite de l'une des meilleures bodegas argentines perdues dans les Andes suivie d'une dégustation de trois de ces meilleurs vins plus tard, nous sommes repartis en chasse...


            ...sans chercher trop longtemps. Le chef de Moon étant un français qui devait connaître toute personne existant en Argentine, son nom a fonctionné comme une formule magique dans la bodega Tamisque. Il nous a permis de transformer une porte de prison en Bacchus ou Dionysos (cocher selon sa religion). Après la visite de cette nouvelle Bodega, l'homme qui faisait le guide est passé à la dégustation jusque là très sommaire. Au moment de payer, Moon a utilisé la formule magique "nous venons de la part d'un tel"... Prétendant aller chercher du change, notre ami est revenu avec un tout nouveau visage, de toutes nouvelles bouteilles et de toutes nouvelles promotions sur le prix en nous rendant plus d'argent que de raison... Nous avons du trouver une excuse pour nous enfuir lorsqu'il ouvrait la 5e bouteille de dégustation. Chancelants mais toujours vaillants, nous avons terminé sur une note VIP.

            En effet, l'homme qui nous prêtait gracieusement sa maison avait jadis réalisé le projet d'une bodega sans prétention répondant au doux nom du "Clos de los siete" (Le clos des sept). C'est un peu comme le clan des sept, sauf qu'au lieu de faire des enquêtes policières et de s'appeler Peter, Janet et Jack, ils s'appellent Cuvelier, Dassault, Pére-Vergé ou de Rothschild et ils se construisent des bodegas hollywoodiennes pour des dizaines de millions d'euros. C'est la première fois qu'un videur m'a dit "c'est bon t'es sur liste" à l'entrée d'un lieu gardé et je peux vous dire qu'on se sent le roi du monde... Leurs caves aurait été faite d'or ça ne m'aurait pas plus impressionné. Concrètement, Nadine de Rod' (quand on est VIP on ne dit pas de Rothschild) dort dans une villa au milieu de milliers d'hectares de vignes avec vue sur les Andes mais malheureusement elle ne vient qu'une fois l'an (c'est peu être un peu cheap à la réflexion). On a bien proposé nos services pour l'occuper le reste du temps mais ce fut chou blanc. En plus, ils ont beau être très très riches, ils ne nous ont même pas offert de dégustation avant de partir. Comme quoi peu importe la maison tant qu'on a l'ivresse...


            Le jeudi fut toujours sous le signe de l'ivresse mais plutôt celle des sommets. A Mendoza commence une route. A Santiago au Chili, elle se termine. Entre, sûrement un avant-goût du paradis (si par paradis on entend un endroit magnifique où il n'y a plus d'air et où il faut payer l'entrée). C'est vrai qu'à 3000 mètres on commence déjà à voir les effets de l'altitude : léger mal de crâne, difficulté à reprendre son souffle, effort sportif mois aisé que notre légendaire niveau athlétique nous le permet normalement, sans compter les indiens plus fréquents, les mules qui portent des sacs et les hélicoptères de tourisme. Mais c'est surtout l'image de l'Aconcagua qui impressionne lorsqu'elle apparaît après un ultime virage. 6962 mètres de haut. 6962 mètres de neige. 6962 mètres de danger. 6962 mètres pour gagner une embolie pulmonaire en montant au sommet (tous les gagnants résident au cimetière andin en contrebas : le Hall of Fame de l'embolie en quelque sorte...). Pour vous donner un ordre de grandeur autre que le mètre, 6962 mètres c'est 6962 passe-partout montés les uns sur les autres. C'est pas rien.


            L'Aconcagua repose sur toute la cordillère des Andes dont les différents sommets font passer le Mont Blanc pour le Ballon de Guebwiller (pour les incultes revoir le cours de CM1 de Mme Métayer : entre "les affluents du Cher" et "Conversion des Hectares en Décamètres carré"). Les paysages n'ont rien à voir avec les montagnes françaises. C'est un mélange permanent entre l'ocre du désert, l'or de l'herbe brûlée, le vert des arbustes arrosés par les rares pluies et le blanc immaculé des neiges éternelles. Le puente del Inca, pourtant vestige naturel d'un fleuve passé, ne nous impressionnent même plus. Nous roulons repus vers nos vingt heures de bus, gavés d'images, ivre de nouveau sans la moindre goutte d'alcool.

mardi 8 décembre 2009

L'homme à la chandelle

            "La cigale ayant chante tout l'été se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue" a dit un homme très populaire quand bien même il portait des perruques. L'avantage de l'inversement des saisons c'est que l'été débute tout juste pour moi donc je chante, je profite. Même si il n'y aura pas la bise mais direct la neige à mon retour, je profite. Ce week-end j'étais en Uruguay, lundi je suis parti pour mon dernier voyage...



            L'Uruguay c'est la plage de l'Argentine... Restaurants incroyables, sable fin, peau bronzée... eau noirâtre. Parce que certes c'est la plage mais ça reste dans le Rio de la Plata. Montevideo, la capitale, a elle donné lieu à deux découvertes :
            - les 1,5 millions d'habitants (la moitié du pays) se terrent vraisemblablement dans leurs caves ou sous-sols tant les rues sont vides
            - les dizaines de voitures garées vers minuit dans un coin tranquille qui nous attirait bien (vu que nous devions passer la nuit dans l'auto) n'étaient pas l'AG annuelle du fan club des pare-soleils dépliants pour pare-brise mais bien une maison close en drive-in (personne ne sort de sa voiture, mais le divertissement y entre). Mais l'avantage est que les filles de joie sont rarement congédiées après des heures indues et le réveil face à la mer est d'autant plus appréciable s'il est solitaire. Mes deux compagnons de voyage en la personne de Camille et Pierre étant souffrant, le retour a Buenos Aires fut inévitable...

            Ce fut donc l'heure du voyage final. 14 jours, 4 étapes, 2 parties, 1 chapeau... La 1ère partie (Mendoza et la région des 7 lacs) se fera avec un couple qui a bien voulu me recueillir (Moon et Manu) que nous appellerons Papa et Maman pour plus de simplicité... La 2ème partie (el Calafate et Ushuaia) se fera en cavalier seul .

            Le départ fut donné le lundi 7 décembre à 19h45 dans le bus-lit de la compagnie Andes Mar connu pour son fameux "Bingo Andesmar" (comme un Bingo normal mais à la fin on crie "Bingo Andesmar" en lieu et place de Bingo pour gagner des cadeaux). Maman était excitée parce qu'elle a failli gagner mais finalement elle a réussi à se calmer après des verres de vin gratuits pour dormir jusqu'au matin...
...qui était férié pour toute l’Argentine donc forcément ce n’était pas l'ambiance foire a la saucisse à Mendoza, la 4e ville d'Argentine... Papa et maman m'ont donc amené au Parc parce que Maman voulait faire du bateau et Papa du foot. Mais après ils se sont disputés parce que Maman a oublié le routard au parc donc on est retourné le chercher avec Papa pendant que Maman louait la voiture (Papa n'a pas le permis et moi j'ai pas 21 ans mais Maman m'a dit que je pourrais conduire tout le temps donc papa était jaloux). Après on a récupéré la maison avec piscine qu'on a eu avec un copain du boulot de Papa. La maison était trop belle en plus on avait des hamsters mais Papa était déçu parce que la piscine ben elle marchait pas...

            Au final, je n’ai tenu aucune chandelle donc je pense qu'elle est morte. De toute façon je n'ai plus de feu (on a tout mis dans l'asado). Ouvrez-moi votre porte pour l'amour de Dieu.

vendredi 4 décembre 2009

Mi despedida

Aujourd’hui fut mon dernier jour de travail.

Très très belle fête de mes collègues qui ont fêté mon départ. En exclusivité la superbe vidéo réalisée en secret pendant des mois et des mois…

Fini les repas du midi au restaurant où mes collègues me demandaient si leur pays n’était « pas trop nul.

Terminé les séances où il fallait parler d’endoscopie de manière sérieuse et sans sous-entendus.

Adieu les drames locaux lorsque Barbie se faisait engueuler par Yanina que personne n’aimait de toute manière.

Non, je ne pourrais plus vous dire si l’on se fait plus facilement inspecter le for intérieur par une micro caméra à Salta ou à Buenos Aires.

Au revoir les discussions autour de la machine à café.

C’était quand même bien de travailler mais pour me consoler j’ai mon maillot de l’Argentine fraîchement offert, la satisfaction d’avoir fait pleuré mes proches collègues en leur offrant des fleurs et la joie de partir deux semaines en Patagonie avant de revenir en France…

Cueilles le jour qu’il disait l’autre : je fais que ça cueillir, j’ai l’impression d’être maraîcher…

lundi 30 novembre 2009

L'indien qui roulait en Buggy

            Le week-end dernier fut épique, chevaleresque, américain de l’Amérique… Dans la série “Les bon plans de Manuela”, je demandes “l’estancia all inclusive avec le patron trop sympa qui t’apprends à faire du polo sur ses 270000 hectares de Terre”.

            Salement amochés par cette semaine de travail intense (hum), nous partîmes fleur au fusil vers de nouveaux territoires inexplorés : Pigüé, ses 13000 habitants et leurs racines aveyronnaises.


            Arrivés au petit matin dans le lieu susnommé, un “bon gars” comme on dit à Abbaretz était là à nous attendre malgré la bonne demi-heure de retard. Pensant marcher jusqu’à l’estancia on harnache nos sac à dos mais que nenni. Avant d’y arriver, il y a bien évidemment le traditionnel raid en voiture à travers la pampa. 90km/h sur de la terre accidentée n’effraie que nous dans la région donc nous sommes finalement arrivés au palais. Au palais vu qu’on était servi comme des princes. D’ailleurs c’est pas forcément évident de s’habituer à la vie de prince. On s’est senti gêné quand un petit déjeuner hollywoodien a été servi à notre table sans que nous puissions esquisser le moindre geste d’aide. Mais bon on s’habitue à tout, le lendemain on a réclamé du rab…

            Puis on a découvert le maître des lieux : Mario. Un nom de Star Académicien voleur de voiture ou de plombier italien rouge (c’est au choix), un look de cow-boy et des méthodes d’indiens : la panoplie des meilleurs apparemment. L’homme a l’esprit de conquête du Far West (Plus, plus vite, plus loin dans sa croissance entrepreneurial) mais l’amour de la Terre des indiens et pour cause : il possède 270 000 hectares de Terre. Pour ceux qui comme moi font semblant de s’étonner quand on dit 2,3 ou 4 hectares parce que vous ne savez pas ce que ça représente, 270 000 hectares c’est l’équivalent de 10 fois la ville de Buenos Aires. Il a de la place le Mario pour la promenade de digestion. Mais de toute façon ça ne lui sert que de terrain de chasse ou de jardin pour les chevaux sauvages.


            Les chevaux venons-en ! Mario a beau avoir une tête de cow-boy, un pick-up de cow-boy, des chemises de cow-boy, son estancia de cow-boy mais Mario au plus profond de lui-même, il est indien… Il connaît les chemins dangereux, il reconnait les fleurs et les arbres, il sait quand il va pleuvoir, parfois il est torse nu et surtout surtout il dresse les chevaux sauvages en leur parlant. 270 000 hectares c’est grand, même en pick-up. Du coup dedans il faut bien mettre des trucs. Mario il a mis des montagnes, des mares à canard, des forêts et des chevaux sauvages à dresser. Pour dresser un cheval, il y a deux méthodes. La méthode Gaucho qui consiste à taper sur le cheval pendant un mois et la méthode Indienne (et donc celle de Mario) dite “douce“ où on mélange des caresses et des croche-pattes pour faire tourner ou tomber le cheval.

Comment dresser un cheval à l’indienne en 6 leçons :
            1) Avoir des chevaux sauvages
            2) Chopper la bête en question et la mettre dans un enclos. Pour cela il faut user du courage et de la force de deux génies de la campagne en l’occurrence Amaury et moi. Puis ces deux braves doivent courir derrières les chevaux sauvages en poussant des petits cris pour les rassembler d’un point A à un point B. Il s’avère parfois utile que malgré toute la force et le courage des deux braves qui courent derrière, Mario intervienne pour régler la situation
            3) S’approcher du cheval et lui parler d’amour. Nous avons fait appel au calme et à la douceur de Manuela pour mettre une corde autour de la tête et du cou du cheval. Il arrive parfois que Mario prenne en charge cette opération car Manuela a trop peur de se faire taper.
            4) Bloquer la jambe arrière du cheval avec sa tête pour qu’il ne puisse plus faire autrement que tourner… Il peut arriver que Mario fasse l’opération tout seul car nous étions trop nuls.
            5) A l’aide d’une corde toute grasse qui glisse (pour la protéger apparemment) dont Moon m’assurait qu’elle était faite en peau de saucisson, faire tomber le cheval d’un coup sec. Maintenir le cheval par terre en tirant la corde pendant que Mario caresse le cheval pour faire croire que c’est une méthode douce. Il existe certain cas où Mario crie sur Moon s’il relâche son attention et oublie de tirer.
            6) Laisser reposer une nuit et c’est bon votre cheval est dressé

            Une méthode simple comme bonjour mais il y a surement un léger risque qu’on ne le refasse pas sans Mario.


            Les chevaux dressés doivent ensuite bien servir à quelque chose. En l’occurrence : au tournoi communal de polo de Piguë où hommes, femmes et enfants se réunissent pour fêter leurs joueurs. Le tournoi communal c’est comme le tournoi de Palermo sauf que personne n’est bien habillé, qu’il faut amener son siège et qu’on est mis sous perfusion alimentaire. Pour le reste, c’est la même chose : il y a des hommes qui sont sur des chevaux qui courent pour taper dans une balle et nous prenons des coups de soleil en tribune. Le plus dure restant la perfusion alimentaire à contrôler. Les femmes, toutes amies de la famille de Mario qui en plus d’être le châtelain de la ville est un peu la star du tournoi, nous ont nourris quasiment à la cuillère avec des trucs toujours meilleurs et toujours plus gras. Dès lors, le sport du jour devient celui de se lever pour saluer les joueurs. Nous avons perdus 2-0 contre l’herbe.


            Mario toujours aux petits soins avec nous était persuadé que l’on s’ennuyait donc il a voulu rajouter des activités. Il nous avoue que malgré sa philosophie indienne il a un petit truc mais il ne sait pas s'il doit nous le proposer parce qu’on va peut-être trouver ça nul et tout et tout. Mais bizarrement « nous prêter son buggy plein d’essence pour revenir au campo pendant qu’il nous suit en camionnette puis aller jouer tout seul dans ses montagnes et sur les pistes » on a pas trouvé ça nul. Tellement pas qu’après un tête à queue dans la nuit tombante, je me suis enfin rendu compte qu’on était perdu vu que Mario était plus derrière nous et qu’il y avait autour de nous : une vache, une barrière et de la terre. Le drame n’a duré qu’un temps lorsque les secours nous ont trouvé (par secours, j’entends Amaury et Mario hilare et pas inquiet pour un sou qui nous demande si on le fait exprès ou si nous sommes idiots). Les émotions furent vite noyées dans l’alcool de la fête du polo. La fête où tous les gens de l’aprem qui nous ont gavés de nourriture nous re-gave de nourriture en nous rinçant au vin tout en chantant au Karaoké devant leurs pairs…


            Qu’on arrête de nous dire que les indiens avaient la vie dur. Ils ont de l’espace, des chevaux et ils roulent en buggy. Après un Week-end comme celui là, j’ai trouvé ma voie : je veux être indien comme Mario.

vendredi 20 novembre 2009

L’art de faire compliqué quand on peut faire simple

            Aaaaaaaaah le mois de juin où les cours deviennent de plus en plus espacés, où le temps devient de plus en plus clément, où Roland Garros reprend ses droits… Ici c’est la même chose mais en Novembre et sauf que Roland Garros est remplacé par l’Abierto de Polo de Palermo, meilleur tournoi de polo du monde…

            Il est vrai qu’à Buenos Aires en ce moment on passe difficilement la barre des 25°… On passe difficilement EN DESSOUS de cette barre bien évidemment. Les beaux jours arrivent, on sort les lunettes de soleil Ralf Lauren, les polos La Martina, les mocassins et le pull UMP sur les épaules pour les plus huppés; on sort son short et ses tongs pour les plus normaux. Le résultat est le même nous naviguons tous vers le stade de Palermo pour un après-midi au soleil. Le "village" du stade est digne de ceux des plus grands tournois de tennis ou de golf du monde : voituresen expositions, vente de vêtements et de matériel de sport que tu ne réutiliseras plus jamais dans ta vie (à l’image de la balle de tennis géante Roland Garros qui se morfond dans la cave du 36, bd de Doulon). Seul un restaurant VIP manque à l’appel : le régime est le même pour tous, Super Pancho pour tout le monde (équivalent au Galette-saucisse de la Beaujoire)…

            Et c’est parti pour le match d’ouverture du tournoi de Palermo... La première impression qui nous vient c’est la grande classe. La pelouse est un green de golf sur une surface de l’équivalent de deux terrains de foot, les chevaux sont ont au garde à vous et plus musclés que Schwarzy et les joueurs sont habillés comme s’ils allaient à la Garden Party de Carla à l’Elysée en plus d’un casque d’explorateur colonialiste qui rajoute une pointe pittoresque qui n’est pas pour me déplaire.

            Mais très vite, le sentiment qui prend le dessus c’est « Pourquoi ? ». Pourquoi se sont-ils à ce point compliqués la vie avec ce sport ? Enfants, les joueurs de polo auraient pu prendre des chaussures et un ballon (ou pieds nus avec une boite de conserve pour les fans de Ronaldo) et jouer au foot comme tout le monde. Si vraiment ils voulaient utiliser une crosse, on aurait pu les mettre au hockey sur gazon voire rink-hockey pour apprendre à coordonner pieds et mains… Mais non ! Ils ont préféré la difficulté contre nature tout comme les valeureux joueurs de Water-Rugby (faire des plaquages en apnée avec un ballon rempli de sable), les fabuleux haltérophiles (monter de la fonte (qui était très bien par terre là où elle était) puis la laisser tomber très fort) ou les monstrueux nageurs contre-courant (le courant va dans l’autre sens, tu irais plus vite si tu le suivais mais bon je ne critique pas)… Les joueurs de polo ont donc choisi de se foncer dedans à cheval avec un maillet en bambou pour taper dans une balle un petit peu plus grande qu’une balle de ping-pong. Grand respect. Surtout lorsque l’on sait que monter à cheval sans rien faire d'autre est déjà une épreuve. Comme si ce n’était pas suffisant, on les traite d’handicapés. « Lui il a un handicap 10 » par exemple. J’ai appris par la suite que plus ton handicap est élevé, meilleur le joueur est. J’ai cru comprendre que c’était comme dans le foot international au final. Zidane avait un fort handicap vu que c’était le meilleur donc Henry qui est moins bon a le droit de jouer avec les mains…

            Au final sur le terrain la magie opère. Les chevaux impressionnent : ils sont poussés au maximum et ne tiennent pas plus d’une période (8 périodes de 7min30). On ne comprend pas pourquoi les joueurs tirent dans n’importe quel but mais on est quand même content parce que des buts, il y en a plein. Et tout à coup c’est le drame : un joueur se cogne contre l’arbitre et le cheval chute. Toute mon enfance se met à défiler devant mes yeux avec en fond sonore Stewball d’Hugues Auffray et je me dis que forcément Stewball du polo il va avoir le même sort que le Stewball d’Hugues Auffray et que le vétérinaire, d’un seul coup l’achèvera. Surtout que le joueur déchu, est à genou devant son cheval. Mais finalement, que nenni, le cheval repart comme en 40 vers le banc des remplaçants…

            Les chevaux argentins c’est comme tout en Argentine, ça ne se laisse pas faire comme ça.

samedi 14 novembre 2009

Police partout, justice nulle part…

            Ah ils sont bien mignons les NTM avec Nique la Police, les sacrificateurs de poulets du ministère A.M.E.R ou autre Sniper qui font les gros bras, je leur donne pas deux minutes en Argentine…

            D’abord la police ici c’est Terminator. Que ce soit pour aller chercher le pain, réguler le flot incessant de voitures ou faire une mission type GIGN, l’équipement est le même. Nan je mens, l’agent affecté à la circulation n’a pas le même équipement. Il a en plus un dossard orange au cas où il n’avait pas assez chaud avec 40° au soleil en gilet pare-balles, en protège-tibias en acier et en chaussures qui ressemblent plus à des chaussures de sécurité qu’autre chose…


            En plus, ils ont la chance d’être propriétaire de leur matériel. Du coup on oublie les vestiaires et casiers au commissariat et on met son costume de guerrier dès potron-minet jusqu’à la tombée de la nuit. Le policier local est donc toujours en capacité de se défendre contre tout et n’importe quoi. C’est pourquoi on les voit en tenue dans tous les lieux improbables tels que le bus (démarche de cowboy, main sur le pistolet), la banque ou le supermarché… Le meilleur spot pour voir une armée de policiers poussant leurs caddies est le premier jour ouvrable du mois. Etonné par cette coutume, j’ai donc mené l’enquête pour comprendre le pourquoi du comment…

            C’est finalement très simple et très raisonné. Vous n’êtes pas sans savoir que l’Argentine a quelques problèmes de paiement. Quiconque veut payer par carte est découragé par les taxes de 10 à 20% sur le total du charriot. Les banques ont donc souvent de longues files d’attente où les gens échangent pendant des heures leurs visions philosophiques nietzschéennes à long terme à propos du temps qu’il fait, de ce qu’ils vont manger ce soir ou le sujet préféré de tout argentin “Putear sobre Kristina” [dire du mal de Kirchner] en attendant d'être servi… L’Etat, malin, a donc trouvé un semblant de solution. Plutôt que de lancer une vaste campagne pour réduire les taxes sur l’utilisation de la carte bancaire, ils ont trouvé un système ingénieux pour réduire les queues de fonctionnaires. Rien d’obscène là-dedans. Ils ont juste pris la décision voilà quelques années de verser le salaire à différents jours selon les fonctionnaires. Ainsi le deuxième jour ouvrable du mois voit le corps enseignant récompensé de son labeur. Le corps médical reçoit lui son salaire le troisième jour ouvrable du mois tandis que le quatrième est réservé aux autres fonctionnaires. Le premier jour ouvrable du mois est ainsi réservé aux policiers qui débarquent donc dans la foulée et en tenue dans les supermarchés des alentours.

            En même temps cet argent est dûment mérité… La vie de policier dans les quartiers chauds de Buenos Aires n’est pas celle de l’agent Bramard au commissariat de Rillieux-la-Pape. Ici quand il y a un braquage, il vaut mieux qu’il y ait pas de policier dans l’agence ou le magasin parce que c’est le premier sur qui on tire (j’aime bien mettre “on” je me sens inclus dans l’affaire et ça fait racaille). Un guide de Buenos Aires qui a vécu Mai 68 à la Sorbonne nous a clairement dit qu’à l’époque les flics qui défonçaient les soixante-huitards à coup de bâtons étaient des “mademoiselles” comparé à aujourd’hui. Il nous expliquait également que haïr les policiers était culturel ici. Pas de chance pour eux, ils sont en plus les rois de la gaffe et ont la gâchette facile. Exemple il y a un mois, près du terminal omnibus, un policier a tué une fille de 18 ans qui le braquait “sans armes et complètement drogué : que hijo de puta“ dixit mon directeur des achats préféré qui lui aussi déteste tout homme en uniforme. Résultat la villa (bidonville) s’est révoltée pendant deux jours ridiculisant en 48h les émeutes de 2005 en France. (Par contre désolé de vous décevoir et de ne pas être “wild” mais dans mon quartier, point d’émeutes mais les policiers sont là pour surveiller les trottoirs…).

            Le mieux pour comprendre ce que c’est que d’être policier est l’émission Justicia por su mismo sur CanalTrece (Faisons-nous justice nous-mêmes). Le concept : des caméras filment des gens ou un village qui organise une fatwa contre quelqu’un qui a volé, violé ou blessé l’un des leurs. Ils cassent tout sous les yeux du caméraman qui commente en direct puis les flics arrivent. D’abord ils sont applaudis puis ils arrêtent le méchant qui est tout heureux de les voir arriver parce que sinon il mourrait, puis ils se prennent des pierres et des insultes pour diverses raisons (la principale étant qu’ils sont policiers) par les gens qui les ont applaudis au début.


            Alors Joey Starr, si tu veux être un vrai dur, vient donc faire le malin avec les policiers d’Argentine, on verra si tes dents en or resteront longtemps en place… On va en faire un saint de cet homme…

mercredi 4 novembre 2009

Mise en mouvement d’un corps graisseux en vase clos

            Chaque pays à son rapport aux frontières, aux barrières et aux murs. L’Europe a jadis pris la décision de faire tomber les murs. Israel ou les Etats-Unis en construisent de grands pendant que Gaza creuse sous les murs. Les coréens du Nord tentent de faire le mur. L’argentine, droite dans ses bottes et beaucoup plus virile, préfère taper violemment dans les murs… Divers sont les exemples : manifestations en tout genre, jets de pierres sur la casa Rosada mais surtout, surtout, dans le sport…

            L’argentin a une propension extrêmement forte à taper contre les grilles de stade de football par exemple. Dimanche dernier au hasard d’une rencontre footballistique qui se trouvait être LE super clasico entre les deux équipes qui se détestent le plus du monde de la Terre vu qu’elles sont voisines de deux quartiers : Boca Juniors contre River Plate. Entre deux pipis sur les supporters adverses (les toilettes devaient sans doute être complets), les argentins aiment taper contre les murs. Enfin plutôt les grandes grilles qui les séparent du terrain. Ca ne mange pas de pain et ça met une ambiance du tonnerre malgré les risques sécuritaires. De toute façon il y a étrangement moins de flics que pour un Boulogne/mer – Pouillé-les-coteaux et ceux qui sont présents préfèrent regarder le match donc personne n’ira emmerder les tapeurs de grillage…


            Mais cette manie de taper dans les murs ne s’arrête pas là. C’est même un sport national. D’abord le squash ici est assez répandu malgré un rejet assez fort de tout ce qui vient de l’Establishment anglais et de sa culture (à noter mon chant de supporter préféré dans n’importe quelle antre sportive : “El que no salta es un inglés” = “Qui ne saute pas est un anglais” = “Si tu sautes pas t’es un sale anglais qui m’a volé les îles Malouines“ = “Saute je te dis”). Pour les non initiés à ce sport de mur et de sueur comme je l’étais avant mon séjour au pays du supplice de Pantale (comme Tantale sauf qu’au lieu de te priver de boire et de manger, on te force à boire et à manger jusqu’à ce que mort s’en suive), une brève explication…

            Le squash n’est ni plus ni moins que le jeu du chien et de la balle. Concrètement, il s’agit de lancer une balle très fort contre un mur, de préférence en tapant contre les murs latéraux pour que la trajectoire réserve ses surprises. Puis il ne reste plus qu’à courir derrière comme un dératé avec pour seul objectif de taper dans la balle. La conséquence est simple mais rude, tout un chacun ne pouvant pas faire deux choses en même temps : il est fait abstraction de tous les obstacles se trouvant entre la balle et le joueur. Malheureusement, l’obstacle ne fait pas abstraction du joueur. Ce dernier poussé par ses instincts animaux percutent donc assez régulièrement et à pleine vitesse murs, sol ou autre adversaire. Cette course irraisonnée pour taper dans un mur s’accompagne de petits cris d’effort lorsque la trajectoire s’avère relevée mais finalement on arrive au but tant espéré et on tape alors la balle dans le mur de toutes ses forces, tout content, pour laisser jouer l’adversaire. A la fin on a perdu 800 litres d’eau et on pend la langue de fatigue, l’air benêt mais que seuls maitrisent les imbéciles heureux...

Amaury après un match contre moi (je suis sur une série de 1 victoire consécutive)

            Mais l’argentin aime beaucoup trop taper dans les murs pour s’arrêter au simple squash. Le concept a donc été repris pour un autre sport d’origine anglaise mais vite placé sous le giron national avec un nom “hispanifié” : le padel (ex-paddle-tennis). Ce sport compte plus de 7 millions de pratiquants à travers le monde. Un sport internationalement et égalitairement répandu : le Royaume-Uni et ses 20 000 licenciés, la France et ses 4000, l’Espagne et ses 50 000, l’Argentine et ses 4,5 millions… Le padel est le sport parfait pour les nerveux mauvais au tennis. Ca ressemble à un mini-tennis qui se joue que dans les carrés de service pour ceux qui n’ont pas de force. On utilise des raquettes à peu près semblables aux raquettes de ping-pong pour prévenir les excuses du style “j’y peux rien c’est mon cordage qui est nul”. Le terrain est tout petit pour ceux qui n’ont pas d’endurance. Et last but not least, on a le droit de taper contre le mur de derrière de toutes ses forces pour 1) exprimer son mécontentement 2) renvoyer la balle en prime… Résultat : une armée de gros, vieux et nerveux, qui font partie des meilleurs joueurs du club…

Le marketing ou l'art de faire croire qu'un sport pourri est classe

            Bien évidemment, des sports où on peut s’énerver contre des murs et exprimer son mécontentement et son injustice face à la défaite en toute légalité : j’ai cédé à la tentation. Je mets donc régulièrement mon corps, ma tête et mon cœur à rude épreuve face à ces murs en tout genre. Mais les argentins ne tapent pas dans les murs uniquement par débilité profonde, moi non plus d’ailleurs. Non ils y portent une portée largement plus spirituelle et philosophique que l’on retrouve dans les proverbes locaux :

Quand une tuile tombe de ton toit, c'est l'opportunité de voir dix milles étoiles.
Quand un mur s’effondre, c’est la chance d’inviter ton semblable.

vendredi 23 octobre 2009

Hasta la revolución siempre

            Dans la nuit du samedi 17 octobre toute l’Argentine a changé d’heure. Et bien oui passage à l’heure d’été oblige, nous devions perdre une heure (ou en gagner une je n’ai jamais vraiment compris le concept).

            Mais c’était sans compter l’esprit révolutionnaire argentin...


J-30 : Naissance d’un virus

            Tout est partie d’une personne - qu’on appellera « le Che » afin de respecter son anonymat - qui s’est dit comme ça un beau jour fin septembre dans son village : « Bon les gars en fait moi je vais pas changer d’heure, ça m’arrange pas ce Week-end, ça me fait chier concrètement ». Du coup de grands débats se sont engagés dans le village avec des arguments tous plus cruciaux les uns que les autres :

            LE CHE – « Ca vous dérange pas hein ? »
            LES AUTRES – « Ba t’abuses un peu quand même c’est pour faire des économies d’énergie et tout »
            LE CHE – « Ouais mais moi tu sais je m’en fous »
            LES AUTRES – « Il a raison. Nous non plus on ne change pas d’heure ».

            Du coup un village entier s’est décidé : le 17 octobre, ils resteront à l’heure d’hiver…

J-7 : La contamination

            Rapidement les idées percutantes du Che de l'horaire ont fait école et très vite le pays s’est trouvé scindé en deux dans une lutte fratricide et inédite. Remballez les dreyfusards et antidreyfusards, faites place à des débats avec de réels enjeux : la lutte entre pro-cambio et anti-cambio de hora. Les réunions de famille étaient houleuses lorsque les membres se déchiraient autour de ce thème.

            Certains gouverneurs de Province (l’Argentine est un pays fédéral à la mode yankee) ont pris peur d’un soulèvement, une révolution qui resterait dans les mémoires comme « la prise du clocher de la bastille ». Ils ont donc voulu mettre un terme aux manifestations et autres sit-in revendicateurs très en vogue au pays du Gaucho. Le 10 octobre, 16 des 23 provinces avaient d’ores et déjà annoncé que Buenos Aires pouvait régler son radioréveil dans une semaine si elle le voulait, eux n’y toucheraient pas…

J-2 : Mort cérébrale

            Le corps c’est une chose mais c’est la tête qui doit trancher au final. Et la tête en question qui loge à la casa rosada n’a pas vu d’un si bon œil la révolution de l’Argentine d’en bas. La présidente Kiki a bien tenté de convaincre mais ce n’était peut-être pas la meilleure solution. A part son mari et peut-être sa mère, elle n’a plus un seul soutien dans le pays donc le grand jeu est de dire et faire le contraire de ce que dit Kiki. Du coup, même au sein du gouvernement, des voix se sont élevées pour défendre le non changement d’heure notamment une grande opposition entre le ministre de la Planification Julio de Vido et Amado Boudou à l’économie. Les restaurants et bars de Buenos Aires n’ont pas été en reste puisque ne pas changer d’heure leur offrait l’opportunité d’un deuxième service pour leurs touristes préférés…

Le 15 octobre 2009, le gouvernement a cédé dans ce feuilleton à épisode. Le pays ne changera pas d’heure. Seuls tous les ordinateurs du pays programmés par l’ami Bill le milliardaire pour passer automatiquement à l’heure d’été y sont passés. C’est sur que Microsoft et tout américain en général doit peut-être avoir des difficultés à imaginer qu’un pays se soulève pour une histoire de minutes…


            Mais prenons exemple! Ne nous arrêtons pas là ! Vous aussi exigez ce que vous voulez en manifestant...

« Pour que Obama se teigne en blond », « Pour la remise en circulation des pogs Indiana Jones – BN », « Moins de sel dans la mer » et « Pour qu’on fasse tourner la Terre dans l’autre sens un jour sur deux » sont les prochains combats que j’aimerais mener à bien. J’ai sans doute trouvé ici un climat favorable...