lundi 30 novembre 2009

L'indien qui roulait en Buggy

            Le week-end dernier fut épique, chevaleresque, américain de l’Amérique… Dans la série “Les bon plans de Manuela”, je demandes “l’estancia all inclusive avec le patron trop sympa qui t’apprends à faire du polo sur ses 270000 hectares de Terre”.

            Salement amochés par cette semaine de travail intense (hum), nous partîmes fleur au fusil vers de nouveaux territoires inexplorés : Pigüé, ses 13000 habitants et leurs racines aveyronnaises.


            Arrivés au petit matin dans le lieu susnommé, un “bon gars” comme on dit à Abbaretz était là à nous attendre malgré la bonne demi-heure de retard. Pensant marcher jusqu’à l’estancia on harnache nos sac à dos mais que nenni. Avant d’y arriver, il y a bien évidemment le traditionnel raid en voiture à travers la pampa. 90km/h sur de la terre accidentée n’effraie que nous dans la région donc nous sommes finalement arrivés au palais. Au palais vu qu’on était servi comme des princes. D’ailleurs c’est pas forcément évident de s’habituer à la vie de prince. On s’est senti gêné quand un petit déjeuner hollywoodien a été servi à notre table sans que nous puissions esquisser le moindre geste d’aide. Mais bon on s’habitue à tout, le lendemain on a réclamé du rab…

            Puis on a découvert le maître des lieux : Mario. Un nom de Star Académicien voleur de voiture ou de plombier italien rouge (c’est au choix), un look de cow-boy et des méthodes d’indiens : la panoplie des meilleurs apparemment. L’homme a l’esprit de conquête du Far West (Plus, plus vite, plus loin dans sa croissance entrepreneurial) mais l’amour de la Terre des indiens et pour cause : il possède 270 000 hectares de Terre. Pour ceux qui comme moi font semblant de s’étonner quand on dit 2,3 ou 4 hectares parce que vous ne savez pas ce que ça représente, 270 000 hectares c’est l’équivalent de 10 fois la ville de Buenos Aires. Il a de la place le Mario pour la promenade de digestion. Mais de toute façon ça ne lui sert que de terrain de chasse ou de jardin pour les chevaux sauvages.


            Les chevaux venons-en ! Mario a beau avoir une tête de cow-boy, un pick-up de cow-boy, des chemises de cow-boy, son estancia de cow-boy mais Mario au plus profond de lui-même, il est indien… Il connaît les chemins dangereux, il reconnait les fleurs et les arbres, il sait quand il va pleuvoir, parfois il est torse nu et surtout surtout il dresse les chevaux sauvages en leur parlant. 270 000 hectares c’est grand, même en pick-up. Du coup dedans il faut bien mettre des trucs. Mario il a mis des montagnes, des mares à canard, des forêts et des chevaux sauvages à dresser. Pour dresser un cheval, il y a deux méthodes. La méthode Gaucho qui consiste à taper sur le cheval pendant un mois et la méthode Indienne (et donc celle de Mario) dite “douce“ où on mélange des caresses et des croche-pattes pour faire tourner ou tomber le cheval.

Comment dresser un cheval à l’indienne en 6 leçons :
            1) Avoir des chevaux sauvages
            2) Chopper la bête en question et la mettre dans un enclos. Pour cela il faut user du courage et de la force de deux génies de la campagne en l’occurrence Amaury et moi. Puis ces deux braves doivent courir derrières les chevaux sauvages en poussant des petits cris pour les rassembler d’un point A à un point B. Il s’avère parfois utile que malgré toute la force et le courage des deux braves qui courent derrière, Mario intervienne pour régler la situation
            3) S’approcher du cheval et lui parler d’amour. Nous avons fait appel au calme et à la douceur de Manuela pour mettre une corde autour de la tête et du cou du cheval. Il arrive parfois que Mario prenne en charge cette opération car Manuela a trop peur de se faire taper.
            4) Bloquer la jambe arrière du cheval avec sa tête pour qu’il ne puisse plus faire autrement que tourner… Il peut arriver que Mario fasse l’opération tout seul car nous étions trop nuls.
            5) A l’aide d’une corde toute grasse qui glisse (pour la protéger apparemment) dont Moon m’assurait qu’elle était faite en peau de saucisson, faire tomber le cheval d’un coup sec. Maintenir le cheval par terre en tirant la corde pendant que Mario caresse le cheval pour faire croire que c’est une méthode douce. Il existe certain cas où Mario crie sur Moon s’il relâche son attention et oublie de tirer.
            6) Laisser reposer une nuit et c’est bon votre cheval est dressé

            Une méthode simple comme bonjour mais il y a surement un léger risque qu’on ne le refasse pas sans Mario.


            Les chevaux dressés doivent ensuite bien servir à quelque chose. En l’occurrence : au tournoi communal de polo de Piguë où hommes, femmes et enfants se réunissent pour fêter leurs joueurs. Le tournoi communal c’est comme le tournoi de Palermo sauf que personne n’est bien habillé, qu’il faut amener son siège et qu’on est mis sous perfusion alimentaire. Pour le reste, c’est la même chose : il y a des hommes qui sont sur des chevaux qui courent pour taper dans une balle et nous prenons des coups de soleil en tribune. Le plus dure restant la perfusion alimentaire à contrôler. Les femmes, toutes amies de la famille de Mario qui en plus d’être le châtelain de la ville est un peu la star du tournoi, nous ont nourris quasiment à la cuillère avec des trucs toujours meilleurs et toujours plus gras. Dès lors, le sport du jour devient celui de se lever pour saluer les joueurs. Nous avons perdus 2-0 contre l’herbe.


            Mario toujours aux petits soins avec nous était persuadé que l’on s’ennuyait donc il a voulu rajouter des activités. Il nous avoue que malgré sa philosophie indienne il a un petit truc mais il ne sait pas s'il doit nous le proposer parce qu’on va peut-être trouver ça nul et tout et tout. Mais bizarrement « nous prêter son buggy plein d’essence pour revenir au campo pendant qu’il nous suit en camionnette puis aller jouer tout seul dans ses montagnes et sur les pistes » on a pas trouvé ça nul. Tellement pas qu’après un tête à queue dans la nuit tombante, je me suis enfin rendu compte qu’on était perdu vu que Mario était plus derrière nous et qu’il y avait autour de nous : une vache, une barrière et de la terre. Le drame n’a duré qu’un temps lorsque les secours nous ont trouvé (par secours, j’entends Amaury et Mario hilare et pas inquiet pour un sou qui nous demande si on le fait exprès ou si nous sommes idiots). Les émotions furent vite noyées dans l’alcool de la fête du polo. La fête où tous les gens de l’aprem qui nous ont gavés de nourriture nous re-gave de nourriture en nous rinçant au vin tout en chantant au Karaoké devant leurs pairs…


            Qu’on arrête de nous dire que les indiens avaient la vie dur. Ils ont de l’espace, des chevaux et ils roulent en buggy. Après un Week-end comme celui là, j’ai trouvé ma voie : je veux être indien comme Mario.

vendredi 20 novembre 2009

L’art de faire compliqué quand on peut faire simple

            Aaaaaaaaah le mois de juin où les cours deviennent de plus en plus espacés, où le temps devient de plus en plus clément, où Roland Garros reprend ses droits… Ici c’est la même chose mais en Novembre et sauf que Roland Garros est remplacé par l’Abierto de Polo de Palermo, meilleur tournoi de polo du monde…

            Il est vrai qu’à Buenos Aires en ce moment on passe difficilement la barre des 25°… On passe difficilement EN DESSOUS de cette barre bien évidemment. Les beaux jours arrivent, on sort les lunettes de soleil Ralf Lauren, les polos La Martina, les mocassins et le pull UMP sur les épaules pour les plus huppés; on sort son short et ses tongs pour les plus normaux. Le résultat est le même nous naviguons tous vers le stade de Palermo pour un après-midi au soleil. Le "village" du stade est digne de ceux des plus grands tournois de tennis ou de golf du monde : voituresen expositions, vente de vêtements et de matériel de sport que tu ne réutiliseras plus jamais dans ta vie (à l’image de la balle de tennis géante Roland Garros qui se morfond dans la cave du 36, bd de Doulon). Seul un restaurant VIP manque à l’appel : le régime est le même pour tous, Super Pancho pour tout le monde (équivalent au Galette-saucisse de la Beaujoire)…

            Et c’est parti pour le match d’ouverture du tournoi de Palermo... La première impression qui nous vient c’est la grande classe. La pelouse est un green de golf sur une surface de l’équivalent de deux terrains de foot, les chevaux sont ont au garde à vous et plus musclés que Schwarzy et les joueurs sont habillés comme s’ils allaient à la Garden Party de Carla à l’Elysée en plus d’un casque d’explorateur colonialiste qui rajoute une pointe pittoresque qui n’est pas pour me déplaire.

            Mais très vite, le sentiment qui prend le dessus c’est « Pourquoi ? ». Pourquoi se sont-ils à ce point compliqués la vie avec ce sport ? Enfants, les joueurs de polo auraient pu prendre des chaussures et un ballon (ou pieds nus avec une boite de conserve pour les fans de Ronaldo) et jouer au foot comme tout le monde. Si vraiment ils voulaient utiliser une crosse, on aurait pu les mettre au hockey sur gazon voire rink-hockey pour apprendre à coordonner pieds et mains… Mais non ! Ils ont préféré la difficulté contre nature tout comme les valeureux joueurs de Water-Rugby (faire des plaquages en apnée avec un ballon rempli de sable), les fabuleux haltérophiles (monter de la fonte (qui était très bien par terre là où elle était) puis la laisser tomber très fort) ou les monstrueux nageurs contre-courant (le courant va dans l’autre sens, tu irais plus vite si tu le suivais mais bon je ne critique pas)… Les joueurs de polo ont donc choisi de se foncer dedans à cheval avec un maillet en bambou pour taper dans une balle un petit peu plus grande qu’une balle de ping-pong. Grand respect. Surtout lorsque l’on sait que monter à cheval sans rien faire d'autre est déjà une épreuve. Comme si ce n’était pas suffisant, on les traite d’handicapés. « Lui il a un handicap 10 » par exemple. J’ai appris par la suite que plus ton handicap est élevé, meilleur le joueur est. J’ai cru comprendre que c’était comme dans le foot international au final. Zidane avait un fort handicap vu que c’était le meilleur donc Henry qui est moins bon a le droit de jouer avec les mains…

            Au final sur le terrain la magie opère. Les chevaux impressionnent : ils sont poussés au maximum et ne tiennent pas plus d’une période (8 périodes de 7min30). On ne comprend pas pourquoi les joueurs tirent dans n’importe quel but mais on est quand même content parce que des buts, il y en a plein. Et tout à coup c’est le drame : un joueur se cogne contre l’arbitre et le cheval chute. Toute mon enfance se met à défiler devant mes yeux avec en fond sonore Stewball d’Hugues Auffray et je me dis que forcément Stewball du polo il va avoir le même sort que le Stewball d’Hugues Auffray et que le vétérinaire, d’un seul coup l’achèvera. Surtout que le joueur déchu, est à genou devant son cheval. Mais finalement, que nenni, le cheval repart comme en 40 vers le banc des remplaçants…

            Les chevaux argentins c’est comme tout en Argentine, ça ne se laisse pas faire comme ça.

samedi 14 novembre 2009

Police partout, justice nulle part…

            Ah ils sont bien mignons les NTM avec Nique la Police, les sacrificateurs de poulets du ministère A.M.E.R ou autre Sniper qui font les gros bras, je leur donne pas deux minutes en Argentine…

            D’abord la police ici c’est Terminator. Que ce soit pour aller chercher le pain, réguler le flot incessant de voitures ou faire une mission type GIGN, l’équipement est le même. Nan je mens, l’agent affecté à la circulation n’a pas le même équipement. Il a en plus un dossard orange au cas où il n’avait pas assez chaud avec 40° au soleil en gilet pare-balles, en protège-tibias en acier et en chaussures qui ressemblent plus à des chaussures de sécurité qu’autre chose…


            En plus, ils ont la chance d’être propriétaire de leur matériel. Du coup on oublie les vestiaires et casiers au commissariat et on met son costume de guerrier dès potron-minet jusqu’à la tombée de la nuit. Le policier local est donc toujours en capacité de se défendre contre tout et n’importe quoi. C’est pourquoi on les voit en tenue dans tous les lieux improbables tels que le bus (démarche de cowboy, main sur le pistolet), la banque ou le supermarché… Le meilleur spot pour voir une armée de policiers poussant leurs caddies est le premier jour ouvrable du mois. Etonné par cette coutume, j’ai donc mené l’enquête pour comprendre le pourquoi du comment…

            C’est finalement très simple et très raisonné. Vous n’êtes pas sans savoir que l’Argentine a quelques problèmes de paiement. Quiconque veut payer par carte est découragé par les taxes de 10 à 20% sur le total du charriot. Les banques ont donc souvent de longues files d’attente où les gens échangent pendant des heures leurs visions philosophiques nietzschéennes à long terme à propos du temps qu’il fait, de ce qu’ils vont manger ce soir ou le sujet préféré de tout argentin “Putear sobre Kristina” [dire du mal de Kirchner] en attendant d'être servi… L’Etat, malin, a donc trouvé un semblant de solution. Plutôt que de lancer une vaste campagne pour réduire les taxes sur l’utilisation de la carte bancaire, ils ont trouvé un système ingénieux pour réduire les queues de fonctionnaires. Rien d’obscène là-dedans. Ils ont juste pris la décision voilà quelques années de verser le salaire à différents jours selon les fonctionnaires. Ainsi le deuxième jour ouvrable du mois voit le corps enseignant récompensé de son labeur. Le corps médical reçoit lui son salaire le troisième jour ouvrable du mois tandis que le quatrième est réservé aux autres fonctionnaires. Le premier jour ouvrable du mois est ainsi réservé aux policiers qui débarquent donc dans la foulée et en tenue dans les supermarchés des alentours.

            En même temps cet argent est dûment mérité… La vie de policier dans les quartiers chauds de Buenos Aires n’est pas celle de l’agent Bramard au commissariat de Rillieux-la-Pape. Ici quand il y a un braquage, il vaut mieux qu’il y ait pas de policier dans l’agence ou le magasin parce que c’est le premier sur qui on tire (j’aime bien mettre “on” je me sens inclus dans l’affaire et ça fait racaille). Un guide de Buenos Aires qui a vécu Mai 68 à la Sorbonne nous a clairement dit qu’à l’époque les flics qui défonçaient les soixante-huitards à coup de bâtons étaient des “mademoiselles” comparé à aujourd’hui. Il nous expliquait également que haïr les policiers était culturel ici. Pas de chance pour eux, ils sont en plus les rois de la gaffe et ont la gâchette facile. Exemple il y a un mois, près du terminal omnibus, un policier a tué une fille de 18 ans qui le braquait “sans armes et complètement drogué : que hijo de puta“ dixit mon directeur des achats préféré qui lui aussi déteste tout homme en uniforme. Résultat la villa (bidonville) s’est révoltée pendant deux jours ridiculisant en 48h les émeutes de 2005 en France. (Par contre désolé de vous décevoir et de ne pas être “wild” mais dans mon quartier, point d’émeutes mais les policiers sont là pour surveiller les trottoirs…).

            Le mieux pour comprendre ce que c’est que d’être policier est l’émission Justicia por su mismo sur CanalTrece (Faisons-nous justice nous-mêmes). Le concept : des caméras filment des gens ou un village qui organise une fatwa contre quelqu’un qui a volé, violé ou blessé l’un des leurs. Ils cassent tout sous les yeux du caméraman qui commente en direct puis les flics arrivent. D’abord ils sont applaudis puis ils arrêtent le méchant qui est tout heureux de les voir arriver parce que sinon il mourrait, puis ils se prennent des pierres et des insultes pour diverses raisons (la principale étant qu’ils sont policiers) par les gens qui les ont applaudis au début.


            Alors Joey Starr, si tu veux être un vrai dur, vient donc faire le malin avec les policiers d’Argentine, on verra si tes dents en or resteront longtemps en place… On va en faire un saint de cet homme…

mercredi 4 novembre 2009

Mise en mouvement d’un corps graisseux en vase clos

            Chaque pays à son rapport aux frontières, aux barrières et aux murs. L’Europe a jadis pris la décision de faire tomber les murs. Israel ou les Etats-Unis en construisent de grands pendant que Gaza creuse sous les murs. Les coréens du Nord tentent de faire le mur. L’argentine, droite dans ses bottes et beaucoup plus virile, préfère taper violemment dans les murs… Divers sont les exemples : manifestations en tout genre, jets de pierres sur la casa Rosada mais surtout, surtout, dans le sport…

            L’argentin a une propension extrêmement forte à taper contre les grilles de stade de football par exemple. Dimanche dernier au hasard d’une rencontre footballistique qui se trouvait être LE super clasico entre les deux équipes qui se détestent le plus du monde de la Terre vu qu’elles sont voisines de deux quartiers : Boca Juniors contre River Plate. Entre deux pipis sur les supporters adverses (les toilettes devaient sans doute être complets), les argentins aiment taper contre les murs. Enfin plutôt les grandes grilles qui les séparent du terrain. Ca ne mange pas de pain et ça met une ambiance du tonnerre malgré les risques sécuritaires. De toute façon il y a étrangement moins de flics que pour un Boulogne/mer – Pouillé-les-coteaux et ceux qui sont présents préfèrent regarder le match donc personne n’ira emmerder les tapeurs de grillage…


            Mais cette manie de taper dans les murs ne s’arrête pas là. C’est même un sport national. D’abord le squash ici est assez répandu malgré un rejet assez fort de tout ce qui vient de l’Establishment anglais et de sa culture (à noter mon chant de supporter préféré dans n’importe quelle antre sportive : “El que no salta es un inglés” = “Qui ne saute pas est un anglais” = “Si tu sautes pas t’es un sale anglais qui m’a volé les îles Malouines“ = “Saute je te dis”). Pour les non initiés à ce sport de mur et de sueur comme je l’étais avant mon séjour au pays du supplice de Pantale (comme Tantale sauf qu’au lieu de te priver de boire et de manger, on te force à boire et à manger jusqu’à ce que mort s’en suive), une brève explication…

            Le squash n’est ni plus ni moins que le jeu du chien et de la balle. Concrètement, il s’agit de lancer une balle très fort contre un mur, de préférence en tapant contre les murs latéraux pour que la trajectoire réserve ses surprises. Puis il ne reste plus qu’à courir derrière comme un dératé avec pour seul objectif de taper dans la balle. La conséquence est simple mais rude, tout un chacun ne pouvant pas faire deux choses en même temps : il est fait abstraction de tous les obstacles se trouvant entre la balle et le joueur. Malheureusement, l’obstacle ne fait pas abstraction du joueur. Ce dernier poussé par ses instincts animaux percutent donc assez régulièrement et à pleine vitesse murs, sol ou autre adversaire. Cette course irraisonnée pour taper dans un mur s’accompagne de petits cris d’effort lorsque la trajectoire s’avère relevée mais finalement on arrive au but tant espéré et on tape alors la balle dans le mur de toutes ses forces, tout content, pour laisser jouer l’adversaire. A la fin on a perdu 800 litres d’eau et on pend la langue de fatigue, l’air benêt mais que seuls maitrisent les imbéciles heureux...

Amaury après un match contre moi (je suis sur une série de 1 victoire consécutive)

            Mais l’argentin aime beaucoup trop taper dans les murs pour s’arrêter au simple squash. Le concept a donc été repris pour un autre sport d’origine anglaise mais vite placé sous le giron national avec un nom “hispanifié” : le padel (ex-paddle-tennis). Ce sport compte plus de 7 millions de pratiquants à travers le monde. Un sport internationalement et égalitairement répandu : le Royaume-Uni et ses 20 000 licenciés, la France et ses 4000, l’Espagne et ses 50 000, l’Argentine et ses 4,5 millions… Le padel est le sport parfait pour les nerveux mauvais au tennis. Ca ressemble à un mini-tennis qui se joue que dans les carrés de service pour ceux qui n’ont pas de force. On utilise des raquettes à peu près semblables aux raquettes de ping-pong pour prévenir les excuses du style “j’y peux rien c’est mon cordage qui est nul”. Le terrain est tout petit pour ceux qui n’ont pas d’endurance. Et last but not least, on a le droit de taper contre le mur de derrière de toutes ses forces pour 1) exprimer son mécontentement 2) renvoyer la balle en prime… Résultat : une armée de gros, vieux et nerveux, qui font partie des meilleurs joueurs du club…

Le marketing ou l'art de faire croire qu'un sport pourri est classe

            Bien évidemment, des sports où on peut s’énerver contre des murs et exprimer son mécontentement et son injustice face à la défaite en toute légalité : j’ai cédé à la tentation. Je mets donc régulièrement mon corps, ma tête et mon cœur à rude épreuve face à ces murs en tout genre. Mais les argentins ne tapent pas dans les murs uniquement par débilité profonde, moi non plus d’ailleurs. Non ils y portent une portée largement plus spirituelle et philosophique que l’on retrouve dans les proverbes locaux :

Quand une tuile tombe de ton toit, c'est l'opportunité de voir dix milles étoiles.
Quand un mur s’effondre, c’est la chance d’inviter ton semblable.