vendredi 25 décembre 2009

Lettre à Argentine


En hommage à Loulou Clapton

Il était une fois
Toi et moi
N'oublie jamais ça
Toi et moi !

Depuis que je suis loin de toi
Je suis comme loin de moi
Et je pense à toi tout bas
Tu es à douze heures de moi
Je suis à des années de toi
C'est ça être là-bas

La différence
C'est ce silence
Parfois au fond de moi

Tu vis toujours au bord de l'eau
Quelquefois dans les journaux
Je te vois sur des photos
Et moi, loin de toi
Je vis dans une boite à musique
Electrique et fantastique
Je vis en chimérique

La différence,
C'est ce silence
Parfois au fond de moi

Tu n'es pas toujours la plus belle
Et je te reste infidèle
Mais qui peut dire l'avenir
De nos souvenirs ?
Oui, j'ai le mal de toi parfois
Même si je ne le dis pas
L'amour c'est fait de ça

Il était une fois
Toi et moi
N'oublie jamais ça
Toi et moi !

Depuis que je suis loin de toi
Je suis comme loin de moi
Et je pense à toi là-bas
Oui, j'ai le mal de toi parfois
Même si je ne le dis pas
Je pense à toi tout bas


            6 mois ça passe à une vitesse… L’Argentine c’est déjà fini.

            Alors certes je ne reviens pas sans rien. Non non je ne pense pas à une bilinguité probable qu’on m’avait mise devant les yeux comme la carotte de l’âne pour me faire partir. Ma maîtrise de la langue espagnole reste très approximative et très hypothétique. Mais je ne reviens pas sans rien car je reviens avec :
            - des images plein la tête
            - 7 kilos supplémentaires tous nouveaux tous beaux
            - un niveau de cheval qui fait passer Lucky Luke pour un gaucho homme-tronc
            - un chapeau de cow-boy
            - des connaissances incroyables sur « L’Histoire de la coloscopie de 1847 à nos jours en Amérique du Sud d’un point de vue micro et macro-économique »
            - des histoires fabuleuses qui seront bien évidemment plus tard romancées comme si j’étais un héros des temps modernes. Dans 10 ans, je n’aurais pas fait du cheval dans un campo argentin, j’aurais acheté un campo pour dresser des chevaux sauvages. Je n’aurais pas vu un glacier classe, j’aurais construit ce glacier pour agir à ma manière contre le réchauffement climatique…
            - une photo de Miguel le gaucho
            - le fait de savoir qu’en Argentine il n’y a pas que Buenos Aires, Maradona, la Patagonie et Florent Pagny
            - un maillot du Chili et de l’Argentine
            - des nouveaux copains

            Alors bien sûr le retour à la réalité lyonnaise sera dur. Adieu viande délicieuse, pour le même prix je vais me régaler avec le steak Lidl. Le dulce de leche n’est plus, le Nutella va revenir en force. Terminé la chasse et le cheval, maintenant c’est bus 3 et réveils matinaux… Ca fait mal de partir, ça fait du bien de revenir.

            Mais ce voyage n’aurait rien été sans pas mal de gens.
Merci à Marc qui m’a trouvé un stage incroyable.
Merci à la famille Kemlin dans son ensemble sans qui je n’aurais pas rencontré autant de gens.
Merci à Moon qui m’a supporté pendant 6 mois quasiment tous les jours.
Merci à Tico qui nous a accueilli chez lui pour montrer ce que c’est la campagne aux citadins que nous étions.
Merci aux Anglais qui ont réussi à se faire détester par les argentins, du coup nous (les français) ils nous aiment bien.
Merci Papa-Maman d’avoir été la perfusion financière qui me maintenait en vie. Merci à l’Argentine d’être aussi belle.
Merci à Air France de me ramener à bon port…

mardi 22 décembre 2009

El fin del mundo

            La fin du monde est prévu pour dans trois ans apparemment d’après Hollywood et les Incas (21/12/2012). Alors mêmes s’ils ont peur de rien, ils sont américains (comme Tom Sawyer), ils ont quand même l’air assez flippés vu qu’ils font des films où les gens crient, pleurent et fond des prières. Dans ma grande bonté d’âme, je suis allé tester pour eux la fin du monde, el fin del mundo comme ils disent ici…


            J’ai directement essayé de m’intégrer mais ce fut un échec cuisant vu qu’en fait ils n’ont pas la tête en bas, les cheveux en l’air et quand ils font pipi ça ne tombe pas dans le ciel. Alors oui je fus un peu déçu (qui ne le serais pas, mais j’ai quand même poursuivi ma route). J’ai d’abord tenu à prouver au reste du monde que la fin du monde je savais ce que c’était et qu’on pouvait me croire sur parole.


            Et donc, voici en exclusivité : quand ce sera la fin du monde, il ne fera jamais nuit, les gens trouveront étrange que tu n’ailles en vacances en Antarctique et surtout, surtout, des castors obèses seront devenues les maître du monde. En tout cas « El fin del mundo » c’était comme ça. Le soleil se cachait discretos derrière une montagne vite fait vers une heure du mat’ (il ne trompe personne, on voyait tous ses rayons dépassés) puis il ressort comme une fleur vers quatre heures du matin te réveiller comme s’il était midi. Les gens que j’ai rencontrés m’ont tous pris pour un taré parce que je venais à Ushuaia pour une autre raison que pour partir se geler les miches avec les pingouins. Et tous les habitants d’Ushuaia trouvaient normal de se faire détruire leurs régions par des castors. En effet, un jour un saint homme du ministère de la marine argentine a eu l’excellente idée d’importer du Canada 25 couples de castors. « Pourquoi le castor ? » me demanderez-vous. Il faut à mon avis chercher dans ses fantasmes les plus vils mais admettons : l’homme aime les castors. Soit. Le fait est qu’il a oublié de ramener les ours, les lynx et les pumas chargés de manger les rongeurs. Aujourd’hui 300 000 castors sont là toutes les nuits à casser les arbres, faire des barrages et inonder des vallées donnant une ambiance étrange à la région. Evolution oblige, l’absence de prédateur naturel a permis à Monsieur et Madame Castor d’adapter leur morphologie aux épreuves de la vie : ils sont maintenant obèses, trente centimètres plus grand et passent leur temps à faire des marmots avec des portées qui sont passés de deux à six. Le gouvernement a vaguement réagi en offrant 15 pesos par queue de castor soit 3€ pour passer une nuit dans le froid à attendre qu’un gros rat daigne sortir de sa cabane, s’il passe encore dans l’ouverture.


            Voilà pour la fin du monde. Pour le reste, on garde ici aussi les fondamentaux de l’humanité, les aborigènes locaux ont ici aussi été décimés c’est bon merci pour eux, les argentins trouvent ca toujours aussi fun de mettre leur estancia magnifique comme Haberton ici dans des endroits uniquement accessibles après un rallye dans la boue et peu importe le pays, les irlandais auront toujours un foie beaucoup plus efficace que le mien face à la bière. Rassurons donc les américains, tant qu’il n’y a pas de castors à l’horizon, la fin du monde c’est vraiment chouette.

vendredi 18 décembre 2009

Les géants qui ne dormaient jamais

            Au Sud de la Patagonie, coincés entre le Chili et l'Argentine, vivent de vieux géants blancs. Ces vieux briscards ont tout vu, tout survécu restant impassibles, imperturbables devant les colonisations, les révoltes ou les dictatures qui perturbèrent leur pays. Adulés dans et en dehors de leur patrie, mis en avant sur la scène internationale, ces vieux géants n'ont jamais daigné descendre rencontrer le peuple. "Qu'ils viennent disaient-ils" avec le désintérêt simulé du retraité sénile qui n'est plus visité. Messieurs Perito Moreno, Upsala, Spegazzinni ou encore M. Fitz Roy vous l'avez compris ont l'aigreur des gens qui ont tout vécu. Mais ces sages à la barbe blanche, pour expliquer leur aigreur, n'ont, pour leur défense, pas dormi depuis 20000 ans. Le vent n'a en effet pas cessé jour comme nuit de tenter de les rabaisser depuis tout ce temps. Mais ni l'un ni les autres n'ont lâchés. Fitz Roy n'a pas perdu un centimètre de ses 3405 mètres d'altitude. Perito, lui, a même grandi de quelques mètres depuis le début du XXe siècle. Le vent tient bon pourtant. Ce matin il soufflait encore à 100km/h sur les sommets enneigés. Cette lutte incessante ne connaît pas de trêve la nuit puisque de nuit il n'y a point. Hier le soleil s'est couché vers minuit pour se lever 5 heures plus tard laissant nos vieux sages dans leur état d'insomniaques forcés...

            Intrigué par cette affaire, je suis allé en visiter quelques uns. J'ai commencé par Perito Moreno, le plus grand de tous. Seuls ses frères de l'Arctique et de l'Antarctique le dépassent en taille mais dans son pays il est le plus géant des géants. Moins renfermé que les autres, il est descendu dans la vallée pour qu'on vienne le consulter plus facilement. 80 kilomètres de route depuis la bourgade de El Calafate et nous y sommes... Très vite on le voit pavaner au loin, faire le beau en faisant scintiller ses reflets bleus. Jeune dans sa tête, il reste vieux dans son corps : il perd chaque jour plus de deux mètres dans les eaux profondes qui l'entourent (un genre de peaux mortes sans doute). Heureusement, le haut de son crâne pousse chaque jour de la même distance pour qu'il garde continuellement la même taille conservant ainsi toute sa splendeur.

            De loin, on trouve qu'il en fait beaucoup Perito pour ignorer ainsi tout évènement qui se passe autour de lui. Mais plus on se rapproche, plus on comprend à quel point nous ne sommes rien pour lui nous pauvres mortels. Une vie humaine n'est même pas un jour pour lui, un homme, même grand, ne mesure pas le millionième de sa taille. On se sent tellement petit et inutile près de lui. Normal qu'il nous balaie nous et notre courte histoire d'un geste de la main. Au final Perito, il a tout compris : tout est relatif, rien n'a d'importance. Une sorte de Carpe Diem des glaciers...

            Après avoir ajouté "Rendre visite à Perito Moreno" à ma liste des "10 choses ultra-touristiques que je veux quand même faire même si je suis entre un gros américain qui sue et un japonais en short" (je l'ai mis entre "faire une photo avec Mickey" et "Mettre un jeton dans une machine de Las Vegas"), j'ai voulu rendre visite à Fitz Roy pour voir s'il m'en apprenait autant... Mais Fitz Roy se la pète un peu. Il vit en haut d'une montagne (rien que ça déjà ça me paraît beaucoup mais admettons). Direction El Chalten, sympathique village d'une centaine de maisons. Pour espérer voir l'ami Fitz, il faut monter pendant cinq heures une montagne magique : la montagne au quatre saisons. J'ai commencé mon ascension en été sous 25 degrés avec le soleil qui chantent et le soleil qui brille. Puis j'ai traversé l'Automne et ses arbres tout tristes qui faisaient des pièges avec leurs racines. J'ai vu au loin le printemps et ses arcs-en-ciel du renouveau. Mais arrivé au sommet, l'hiver m'a attaqué de plein fouet. Il m'a neigé dessus sans vergogne, m'a glacé le sang avec son vent gelé. OK je n'étais pas forcément équipé avec mon jogging, mes baskets et mon manteau de ville, mais me punir avec -5 degrés fut rude. En haut j'ai appelé, crié supplié Fitz Roy de sortir de sa réserve mais rien n'y fit. Il resta bouder dans les nuages. Je n'ai eu pour seul consolation qu'un bout de son pied et une visite de sa baignoire...

Eté

Automne

Printemps

Hiver

L'aventure fut belle et j'ai beaucoup appris.
Que rien n'a d'importance à part "cueille la vie".
Qu'à vivre tout seul on devient vite aigri
Que Fitz Roy est un con, Perito, un génie.

mercredi 16 décembre 2009

La route des sept lacs

Sept lacs pour une route mythique d'Argentine...

Lago Hermoso

Lago Villarino

Lago Falkner

Lago Traful

Lago espejo

Lago Correntoso

Lago Nehuel

Puis ce fut l'heure des grands adieux, des accolades, la croisée des chemins. Moon et Manu sont partis voguer vers d'autres cieux au Chili. J'ai poursuivi mon voyage vers le grand Sud puis la Terre de Feu pour ajouter sur des pierres et des troncs d'arbres mon patronyme pour l'éternité...

dimanche 13 décembre 2009

Souffler le chaud, le froid et les bougies

            Ce dimanche fut un jour de fête. Non pas que Moon et Manu m'ai convertit à quelconque religion, mais c'était mon anniversaire. J'ai donc eu la joie et le privilège de me lever sous les "feliz cumpleaños" de mes compères. Pour les remercier je leur ai fait un cadeau chacun...

            A Manuela je lui ai offert une petite crise de peur sur le chemin du Mirador du lac Hechulafquen. La notion de "route secondaire" n'est en effet pas la même en France qu'en Argentine. Ici notre Chevrolet bien aimée a dû slider sur des pierres, rouler dans la boue, monter des pentes verticales en terre,... Lorsqu'il fut l'heure de traverser un petit torrent, Moon est descendu pour aller voir si l'on passait. Manu aussi est descendu. Pour aller voir ce qui se passait... en bas dans la ville. Elle préférait rentrer à pied que de remonter dans la voiture. Mais finalement elle accepta l'inévitable et remonta tant bien que mal dans la voiture pour admirer la vue...

            A Moon, je lui ai offert un auto-stoppeur Mapuche en parka bleu trop grand qu'il fermait jusqu'aux oreilles. En bonus, on a eu un "parfum de voiture". Notre nouvel ami avait en effet passé trois jours dans sa cabane près du lac et n'avait vraisemblablement pas pu se laver.

            L'objectif du jour était l'ascension d'une montagne pour atteindre des thermes naturels : une source chaude. Notre Everest. L'Olympe. Un beau cadeau d'anniversaire. Mais bon pour y arriver, ce fut les douze travaux d'Hercule.


            Piloter sur routes de cailloux est devenu aussi banal que l'autoroute. Il faut ensuite parler Mapuche pour comprendre les indications des locaux. Vaincre le ciel menaçant qui mettrais en péril notre retour si d'aventure la pluie ruinait la route en la rendant impraticable pour tout véhicule autre que le pick-up King size. Puis vint la randonnée de dix heures... Mais notre force est venu de l'argentin : l'argentin est feignant. "Une petite heure de randonnée" convertit du système international au système argentin devient "Wooaaaaa méfiez vous c'est hyper loin vous êtes fous". Donc forcément les chemins de randonnée sont adaptés à la voiture. "Adaptés" un bien grand mot car il faut monter une route du même acabit que celle du Mirador le tout puissance 10 (Manu s'est cachée dans son manteau tout le trajet c'est pour dire). Devant un fleuve nous avons du renoncer à notre moyen d'exploration, sortir nos machettes imaginaires et nos palmes inexistantes... S'interrogeant devant notre capacité à franchir le fleuve, un miracle est apparu : le Messie est arrivé.

            Oubliez Jésus, Moïse et les autres. Le nôtre s'appelle Paco et il est garde-forestier. Lui ne marche pas sur l'eau, il roule dessus. Devant nos yeux apeurés, il nous a laissé grimper dans son embarcation magique qui franchit les fleuves et nous a emmenés au dernier campement avant l'ascension finale. A la sortie du Pick-up vert et blanc de garde forestier, nous étions comme orphelins. Mais pour nous consoler il nous a laisse son histoire que nous prêchons aujourd'hui. 40 jours dans le Sinaï c'est donc bien un truc de fiottes. Paco il a passé 10 ans dans le désert de la forêt profonde avec sa famille à surveiller si les arbres poussaient droit et si les cerfs avaient des mensurations correctes. Après une dernière analyse politique sur l'état de l'union argentin, il nous adressa ses dernières recommandations : "Méfiez vous c'est très très loin : il y a une heure de randonnée".

            Une dernière traversée de forêt nous ouvrit les portes de notre bain pique-nique : 37 degrés au milieu de la nature avec une bimbo qui te prépare tes sandwichs. Que demandes le peuple !



            Après l'été vient l'hiver, après le chaud vient malheureusement le froid. Paco n'étant plus là pour le retour, sans doute parti éclairer d'autres pêcheurs, il fallu traverser notre Mer Rouge : la rivière. Sans Paco, elle ne s'est pas ouverte. Ce qui s'est ouvert c'est notre système nerveux. Passer de 37 degrés a 5 en une demi-heure, ça vous réveille un homme. Ca lui donne aussi les pieds blancs et l'impression de ne plus avoir d'orteils. Rassemblant ce qui nous restait de membres, nous atteindrons notre lit chaud que tard le soir. Héroïques certes, malades surtout avec un petit mal de gorge à la clé...


            Mais il en faut plus pour stopper un héros, surtout lorsqu'ils sont trois. Le lendemain, en signe de défiance nous sommes partis chambrer le lac pour lui prouver que la nature sur nous n'a pas d'empreinte. Après deux heures de canoë nous avons débarqués sur une plage abandonnée (par abandonnée comprendre "une plage uniquement accessible par la mer...ou par le jardin du propriétaire juste au-dessus). Pour montrer enfin à ce lac qui est le patron, nous nous sommes tous baignés dans cette eau si froide. TOUS. Sauf Moon et Manu.

samedi 12 décembre 2009

Du côté de chez vous

20 heures de car dans la pampa argentine, ça vous fout un de ces torticolis...mais ça vaut tellement le coup. Nous avons donc laissé Diego (le steward qui nous tapait dans les mains), la bouteille de vin vidée par Diego dans nos gosiers pour nous endormir, les seins de Lara Croft à la télévision et mon voisin bizarre qui regardait des vidéos de boîtes de nuit volume maximum pour débarquer devant le lac Lacar. Magique...mais le mieux reste à venir.

Des amis de la famille de Manuela ont eu la gentillesse de nous laisser une sorte de château à San Martin perdu dans les montagnes. A côté, les maisons de "Du côté de chez vous" font bidonville togolais...



Si un jour vous passer par Barcelone et que vous voulez goûter un bout d'Argentine, allez chez eux au double étoilé Patagonia Beef and Wine (en plus dites que vous venez de ma part : si vous achetez deux menus vous ne paierez que...deux menus).

Un grand merci à nos mécènes ne sera pas suffisant, il en faudrait au moins deux bons milliers. La bonté n'a en tout cas pas de frontières...

Into the wild


            La solitude, l'absence de confort, le froid polaire, le jeun, la soif, le retour à l'état de nature... Autant de choses dont la Patagonie te fait souffrir quand tu la fantasmes dans tes rêves au fond de ton lit bien chaud en regardant les montagnes à travers la baie vitrée. La soif étanchée par un cabernet sauvignon "Postales del fin del Mundo". Repu d'une truite qu'on aurait pu pêcher si les lacs étaient remplis de sauce roquefort et les truites se cuisaient et se dépeçaient elles mêmes avant de sauter sur ton hameçon...

            Trop de luxe tue le luxe ! Voila pourquoi ce samedi fut synonyme de changement et de départ dans le Wild Wild West : le Parc National Lanin, son lac Huechulafquen bleu azur et son volcan qui nous regarde du haut de ses 3776 mètres. La solitude pour le coup prend un peu de vérité. "Patagonie très touristique". D'accord : pour celui qui vit sur la lune, le lieu est surexploité. Pour le quidam qui a une vie sociale (par vie sociale, même la dernière famille Amish vivant au fin fond d'une grotte entre dans la terminologie), huit touristes autre que nous trois dans 310 000 hectares, ça reste peu.

            Mais c'est sans doute pour le bien des gardes forestiers qui peinent à gérer cet afflux touristiques. Ou alors ils n'ont pas accès à l'information depuis la création du télégramme. Dans tous les cas, pour toute question sur le temps qu'il va faire dans le parc, voici la liste hiérarchique des personnes à contacter :
1. Chuck Norris
2. Evelyne Dhéliat
3. Mamie Glo
4. Sa propre conscience
5. Une force supérieure
...
1284. Les gardes-forestiers du Parc Lanin

            Pas de bol pour nous, on n’avait pas cette liste et donc on a misé sur le numéro 1284. Les réponses successives furent : "Le temps d'ici ?", "Je sais pas", "Heuuuuuuuu", "Mas o Menos" (= comme chich, comme chach), "Va demander à l'autre garde-forestier plus loin, lui il sait"... De même s'il s'agit des activités proposées sur le lac, de l'horaire de départ du bateau qu'il gère, etc...

            Pour le reste le Wild Patagon va bien au delà de Florent Pagny. C'est magique. C'est un lapin suicidaire qui manque de réussir son coup lorsqu'il passe juste devant votre voiture. C'est un pêcheur à la mouche seul dans un lac trop grand pour lui. C'est une vache qui vient vous voir près du lac juste comme ça pour vous dire bonjour. C'est un flan de neige qui survole les montagnes. C'est une photo qui ne vaut pas le quart de ce que vous vous avez vu en vrai. C'est la Patagonie.

            Le Wild on en revient soufflé mais pas peu fier. Le Wild on en profite le jour mais on est quand même bien avec une douche et un bon lit chaud la nuit. Le Wild on y retourne dès demain...

vendredi 11 décembre 2009

Peu importe la maison tant qu’on à l’ivresse

            Réveil matinal. Sept heures. Devant la fabrication de nos sandwichs diététiques à la salade, personne n'imaginait manger chez les De Rodshild...

            Mercredi était la journée arsouille. Mendoza est LA région du vin argentin donc on n'a pas pu résister à une petite descente dans les bodegas du coin (caves à vins). Vu qu'on avait une voiture, on est allé dans les plus lointaines où même les touristes canadiens avec des jambes de bûcherons ne peuvent pas venir sans être motorisé. Et apparemment, il n'y a pas beaucoup de moteurs dans la région vu que notre première visite de la bodega Salentein se fit avec une seule famille Germano-américano-vénézuélienne qui n'aimait pas le vin mais qui se trouvait étrangement être l'heureux acquéreur de vignes dans la région. A peu près l'équivalent de quelqu'un allergique au pollen qui coure nu la bouche ouverte dans un champ venteux de printemps mais passons. Pour nous, ce fut fabuleux. Une visite de l'une des meilleures bodegas argentines perdues dans les Andes suivie d'une dégustation de trois de ces meilleurs vins plus tard, nous sommes repartis en chasse...


            ...sans chercher trop longtemps. Le chef de Moon étant un français qui devait connaître toute personne existant en Argentine, son nom a fonctionné comme une formule magique dans la bodega Tamisque. Il nous a permis de transformer une porte de prison en Bacchus ou Dionysos (cocher selon sa religion). Après la visite de cette nouvelle Bodega, l'homme qui faisait le guide est passé à la dégustation jusque là très sommaire. Au moment de payer, Moon a utilisé la formule magique "nous venons de la part d'un tel"... Prétendant aller chercher du change, notre ami est revenu avec un tout nouveau visage, de toutes nouvelles bouteilles et de toutes nouvelles promotions sur le prix en nous rendant plus d'argent que de raison... Nous avons du trouver une excuse pour nous enfuir lorsqu'il ouvrait la 5e bouteille de dégustation. Chancelants mais toujours vaillants, nous avons terminé sur une note VIP.

            En effet, l'homme qui nous prêtait gracieusement sa maison avait jadis réalisé le projet d'une bodega sans prétention répondant au doux nom du "Clos de los siete" (Le clos des sept). C'est un peu comme le clan des sept, sauf qu'au lieu de faire des enquêtes policières et de s'appeler Peter, Janet et Jack, ils s'appellent Cuvelier, Dassault, Pére-Vergé ou de Rothschild et ils se construisent des bodegas hollywoodiennes pour des dizaines de millions d'euros. C'est la première fois qu'un videur m'a dit "c'est bon t'es sur liste" à l'entrée d'un lieu gardé et je peux vous dire qu'on se sent le roi du monde... Leurs caves aurait été faite d'or ça ne m'aurait pas plus impressionné. Concrètement, Nadine de Rod' (quand on est VIP on ne dit pas de Rothschild) dort dans une villa au milieu de milliers d'hectares de vignes avec vue sur les Andes mais malheureusement elle ne vient qu'une fois l'an (c'est peu être un peu cheap à la réflexion). On a bien proposé nos services pour l'occuper le reste du temps mais ce fut chou blanc. En plus, ils ont beau être très très riches, ils ne nous ont même pas offert de dégustation avant de partir. Comme quoi peu importe la maison tant qu'on a l'ivresse...


            Le jeudi fut toujours sous le signe de l'ivresse mais plutôt celle des sommets. A Mendoza commence une route. A Santiago au Chili, elle se termine. Entre, sûrement un avant-goût du paradis (si par paradis on entend un endroit magnifique où il n'y a plus d'air et où il faut payer l'entrée). C'est vrai qu'à 3000 mètres on commence déjà à voir les effets de l'altitude : léger mal de crâne, difficulté à reprendre son souffle, effort sportif mois aisé que notre légendaire niveau athlétique nous le permet normalement, sans compter les indiens plus fréquents, les mules qui portent des sacs et les hélicoptères de tourisme. Mais c'est surtout l'image de l'Aconcagua qui impressionne lorsqu'elle apparaît après un ultime virage. 6962 mètres de haut. 6962 mètres de neige. 6962 mètres de danger. 6962 mètres pour gagner une embolie pulmonaire en montant au sommet (tous les gagnants résident au cimetière andin en contrebas : le Hall of Fame de l'embolie en quelque sorte...). Pour vous donner un ordre de grandeur autre que le mètre, 6962 mètres c'est 6962 passe-partout montés les uns sur les autres. C'est pas rien.


            L'Aconcagua repose sur toute la cordillère des Andes dont les différents sommets font passer le Mont Blanc pour le Ballon de Guebwiller (pour les incultes revoir le cours de CM1 de Mme Métayer : entre "les affluents du Cher" et "Conversion des Hectares en Décamètres carré"). Les paysages n'ont rien à voir avec les montagnes françaises. C'est un mélange permanent entre l'ocre du désert, l'or de l'herbe brûlée, le vert des arbustes arrosés par les rares pluies et le blanc immaculé des neiges éternelles. Le puente del Inca, pourtant vestige naturel d'un fleuve passé, ne nous impressionnent même plus. Nous roulons repus vers nos vingt heures de bus, gavés d'images, ivre de nouveau sans la moindre goutte d'alcool.

mardi 8 décembre 2009

L'homme à la chandelle

            "La cigale ayant chante tout l'été se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue" a dit un homme très populaire quand bien même il portait des perruques. L'avantage de l'inversement des saisons c'est que l'été débute tout juste pour moi donc je chante, je profite. Même si il n'y aura pas la bise mais direct la neige à mon retour, je profite. Ce week-end j'étais en Uruguay, lundi je suis parti pour mon dernier voyage...



            L'Uruguay c'est la plage de l'Argentine... Restaurants incroyables, sable fin, peau bronzée... eau noirâtre. Parce que certes c'est la plage mais ça reste dans le Rio de la Plata. Montevideo, la capitale, a elle donné lieu à deux découvertes :
            - les 1,5 millions d'habitants (la moitié du pays) se terrent vraisemblablement dans leurs caves ou sous-sols tant les rues sont vides
            - les dizaines de voitures garées vers minuit dans un coin tranquille qui nous attirait bien (vu que nous devions passer la nuit dans l'auto) n'étaient pas l'AG annuelle du fan club des pare-soleils dépliants pour pare-brise mais bien une maison close en drive-in (personne ne sort de sa voiture, mais le divertissement y entre). Mais l'avantage est que les filles de joie sont rarement congédiées après des heures indues et le réveil face à la mer est d'autant plus appréciable s'il est solitaire. Mes deux compagnons de voyage en la personne de Camille et Pierre étant souffrant, le retour a Buenos Aires fut inévitable...

            Ce fut donc l'heure du voyage final. 14 jours, 4 étapes, 2 parties, 1 chapeau... La 1ère partie (Mendoza et la région des 7 lacs) se fera avec un couple qui a bien voulu me recueillir (Moon et Manu) que nous appellerons Papa et Maman pour plus de simplicité... La 2ème partie (el Calafate et Ushuaia) se fera en cavalier seul .

            Le départ fut donné le lundi 7 décembre à 19h45 dans le bus-lit de la compagnie Andes Mar connu pour son fameux "Bingo Andesmar" (comme un Bingo normal mais à la fin on crie "Bingo Andesmar" en lieu et place de Bingo pour gagner des cadeaux). Maman était excitée parce qu'elle a failli gagner mais finalement elle a réussi à se calmer après des verres de vin gratuits pour dormir jusqu'au matin...
...qui était férié pour toute l’Argentine donc forcément ce n’était pas l'ambiance foire a la saucisse à Mendoza, la 4e ville d'Argentine... Papa et maman m'ont donc amené au Parc parce que Maman voulait faire du bateau et Papa du foot. Mais après ils se sont disputés parce que Maman a oublié le routard au parc donc on est retourné le chercher avec Papa pendant que Maman louait la voiture (Papa n'a pas le permis et moi j'ai pas 21 ans mais Maman m'a dit que je pourrais conduire tout le temps donc papa était jaloux). Après on a récupéré la maison avec piscine qu'on a eu avec un copain du boulot de Papa. La maison était trop belle en plus on avait des hamsters mais Papa était déçu parce que la piscine ben elle marchait pas...

            Au final, je n’ai tenu aucune chandelle donc je pense qu'elle est morte. De toute façon je n'ai plus de feu (on a tout mis dans l'asado). Ouvrez-moi votre porte pour l'amour de Dieu.

vendredi 4 décembre 2009

Mi despedida

Aujourd’hui fut mon dernier jour de travail.

Très très belle fête de mes collègues qui ont fêté mon départ. En exclusivité la superbe vidéo réalisée en secret pendant des mois et des mois…

Fini les repas du midi au restaurant où mes collègues me demandaient si leur pays n’était « pas trop nul.

Terminé les séances où il fallait parler d’endoscopie de manière sérieuse et sans sous-entendus.

Adieu les drames locaux lorsque Barbie se faisait engueuler par Yanina que personne n’aimait de toute manière.

Non, je ne pourrais plus vous dire si l’on se fait plus facilement inspecter le for intérieur par une micro caméra à Salta ou à Buenos Aires.

Au revoir les discussions autour de la machine à café.

C’était quand même bien de travailler mais pour me consoler j’ai mon maillot de l’Argentine fraîchement offert, la satisfaction d’avoir fait pleuré mes proches collègues en leur offrant des fleurs et la joie de partir deux semaines en Patagonie avant de revenir en France…

Cueilles le jour qu’il disait l’autre : je fais que ça cueillir, j’ai l’impression d’être maraîcher…