Intrigué par cette affaire, je suis allé en visiter quelques uns. J'ai commencé par Perito Moreno, le plus grand de tous. Seuls ses frères de l'Arctique et de l'Antarctique le dépassent en taille mais dans son pays il est le plus géant des géants. Moins renfermé que les autres, il est descendu dans la vallée pour qu'on vienne le consulter plus facilement. 80 kilomètres de route depuis la bourgade de El Calafate et nous y sommes... Très vite on le voit pavaner au loin, faire le beau en faisant scintiller ses reflets bleus. Jeune dans sa tête, il reste vieux dans son corps : il perd chaque jour plus de deux mètres dans les eaux profondes qui l'entourent (un genre de peaux mortes sans doute). Heureusement, le haut de son crâne pousse chaque jour de la même distance pour qu'il garde continuellement la même taille conservant ainsi toute sa splendeur.
            Après avoir ajouté "Rendre visite à Perito Moreno" à ma liste des "10 choses ultra-touristiques que je veux quand même faire même si je suis entre un gros américain qui sue et un japonais en short" (je l'ai mis entre "faire une photo avec Mickey" et "Mettre un jeton dans une machine de Las Vegas"), j'ai voulu rendre visite à Fitz Roy pour voir s'il m'en apprenait autant... Mais Fitz Roy se la pète un peu. Il vit en haut d'une montagne (rien que ça déjà ça me paraît beaucoup mais admettons). Direction El Chalten, sympathique village d'une centaine de maisons. Pour espérer voir l'ami Fitz, il faut monter pendant cinq heures une montagne magique : la montagne au quatre saisons. J'ai commencé mon ascension en été sous 25 degrés avec le soleil qui chantent et le soleil qui brille. Puis j'ai traversé l'Automne et ses arbres tout tristes qui faisaient des pièges avec leurs racines. J'ai vu au loin le printemps et ses arcs-en-ciel du renouveau. Mais arrivé au sommet, l'hiver m'a attaqué de plein fouet. Il m'a neigé dessus sans vergogne, m'a glacé le sang avec son vent gelé. OK je n'étais pas forcément équipé avec mon jogging, mes baskets et mon manteau de ville, mais me punir avec -5 degrés fut rude. En haut j'ai appelé, crié supplié Fitz Roy de sortir de sa réserve mais rien n'y fit. Il resta bouder dans les nuages. Je n'ai eu pour seul consolation qu'un bout de son pied et une visite de sa baignoire...
L'aventure fut belle et j'ai beaucoup appris.
Que rien n'a d'importance à part "cueille la vie".
Qu'à vivre tout seul on devient vite aigri
Que Fitz Roy est un con, Perito, un génie.

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