A Manuela je lui ai offert une petite crise de peur sur le chemin du Mirador du lac Hechulafquen. La notion de "route secondaire" n'est en effet pas la même en France qu'en Argentine. Ici notre Chevrolet bien aimée a dû slider sur des pierres, rouler dans la boue, monter des pentes verticales en terre,... Lorsqu'il fut l'heure de traverser un petit torrent, Moon est descendu pour aller voir si l'on passait. Manu aussi est descendu. Pour aller voir ce qui se passait... en bas dans la ville. Elle préférait rentrer à pied que de remonter dans la voiture. Mais finalement elle accepta l'inévitable et remonta tant bien que mal dans la voiture pour admirer la vue...
            A Moon, je lui ai offert un auto-stoppeur Mapuche en parka bleu trop grand qu'il fermait jusqu'aux oreilles. En bonus, on a eu un "parfum de voiture". Notre nouvel ami avait en effet passé trois jours dans sa cabane près du lac et n'avait vraisemblablement pas pu se laver.
            L'objectif du jour était l'ascension d'une montagne pour atteindre des thermes naturels : une source chaude. Notre Everest. L'Olympe. Un beau cadeau d'anniversaire. Mais bon pour y arriver, ce fut les douze travaux d'Hercule.
            Piloter sur routes de cailloux est devenu aussi banal que l'autoroute. Il faut ensuite parler Mapuche pour comprendre les indications des locaux. Vaincre le ciel menaçant qui mettrais en péril notre retour si d'aventure la pluie ruinait la route en la rendant impraticable pour tout véhicule autre que le pick-up King size. Puis vint la randonnée de dix heures... Mais notre force est venu de l'argentin : l'argentin est feignant. "Une petite heure de randonnée" convertit du système international au système argentin devient "Wooaaaaa méfiez vous c'est hyper loin vous êtes fous". Donc forcément les chemins de randonnée sont adaptés à la voiture. "Adaptés" un bien grand mot car il faut monter une route du même acabit que celle du Mirador le tout puissance 10 (Manu s'est cachée dans son manteau tout le trajet c'est pour dire). Devant un fleuve nous avons du renoncer à notre moyen d'exploration, sortir nos machettes imaginaires et nos palmes inexistantes... S'interrogeant devant notre capacité à franchir le fleuve, un miracle est apparu : le Messie est arrivé.
            Oubliez Jésus, Moïse et les autres. Le nôtre s'appelle Paco et il est garde-forestier. Lui ne marche pas sur l'eau, il roule dessus. Devant nos yeux apeurés, il nous a laissé grimper dans son embarcation magique qui franchit les fleuves et nous a emmenés au dernier campement avant l'ascension finale. A la sortie du Pick-up vert et blanc de garde forestier, nous étions comme orphelins. Mais pour nous consoler il nous a laisse son histoire que nous prêchons aujourd'hui. 40 jours dans le Sinaï c'est donc bien un truc de fiottes. Paco il a passé 10 ans dans le désert de la forêt profonde avec sa famille à surveiller si les arbres poussaient droit et si les cerfs avaient des mensurations correctes. Après une dernière analyse politique sur l'état de l'union argentin, il nous adressa ses dernières recommandations : "Méfiez vous c'est très très loin : il y a une heure de randonnée".
            Une dernière traversée de forêt nous ouvrit les portes de notre bain pique-nique : 37 degrés au milieu de la nature avec une bimbo qui te prépare tes sandwichs. Que demandes le peuple !
            Après l'été vient l'hiver, après le chaud vient malheureusement le froid. Paco n'étant plus là pour le retour, sans doute parti éclairer d'autres pêcheurs, il fallu traverser notre Mer Rouge : la rivière. Sans Paco, elle ne s'est pas ouverte. Ce qui s'est ouvert c'est notre système nerveux. Passer de 37 degrés a 5 en une demi-heure, ça vous réveille un homme. Ca lui donne aussi les pieds blancs et l'impression de ne plus avoir d'orteils. Rassemblant ce qui nous restait de membres, nous atteindrons notre lit chaud que tard le soir. Héroïques certes, malades surtout avec un petit mal de gorge à la clé...
            Mais il en faut plus pour stopper un héros, surtout lorsqu'ils sont trois. Le lendemain, en signe de défiance nous sommes partis chambrer le lac pour lui prouver que la nature sur nous n'a pas d'empreinte. Après deux heures de canoë nous avons débarqués sur une plage abandonnée (par abandonnée comprendre "une plage uniquement accessible par la mer...ou par le jardin du propriétaire juste au-dessus). Pour montrer enfin à ce lac qui est le patron, nous nous sommes tous baignés dans cette eau si froide. TOUS. Sauf Moon et Manu.

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