vendredi 11 décembre 2009

Peu importe la maison tant qu’on à l’ivresse

            Réveil matinal. Sept heures. Devant la fabrication de nos sandwichs diététiques à la salade, personne n'imaginait manger chez les De Rodshild...

            Mercredi était la journée arsouille. Mendoza est LA région du vin argentin donc on n'a pas pu résister à une petite descente dans les bodegas du coin (caves à vins). Vu qu'on avait une voiture, on est allé dans les plus lointaines où même les touristes canadiens avec des jambes de bûcherons ne peuvent pas venir sans être motorisé. Et apparemment, il n'y a pas beaucoup de moteurs dans la région vu que notre première visite de la bodega Salentein se fit avec une seule famille Germano-américano-vénézuélienne qui n'aimait pas le vin mais qui se trouvait étrangement être l'heureux acquéreur de vignes dans la région. A peu près l'équivalent de quelqu'un allergique au pollen qui coure nu la bouche ouverte dans un champ venteux de printemps mais passons. Pour nous, ce fut fabuleux. Une visite de l'une des meilleures bodegas argentines perdues dans les Andes suivie d'une dégustation de trois de ces meilleurs vins plus tard, nous sommes repartis en chasse...


            ...sans chercher trop longtemps. Le chef de Moon étant un français qui devait connaître toute personne existant en Argentine, son nom a fonctionné comme une formule magique dans la bodega Tamisque. Il nous a permis de transformer une porte de prison en Bacchus ou Dionysos (cocher selon sa religion). Après la visite de cette nouvelle Bodega, l'homme qui faisait le guide est passé à la dégustation jusque là très sommaire. Au moment de payer, Moon a utilisé la formule magique "nous venons de la part d'un tel"... Prétendant aller chercher du change, notre ami est revenu avec un tout nouveau visage, de toutes nouvelles bouteilles et de toutes nouvelles promotions sur le prix en nous rendant plus d'argent que de raison... Nous avons du trouver une excuse pour nous enfuir lorsqu'il ouvrait la 5e bouteille de dégustation. Chancelants mais toujours vaillants, nous avons terminé sur une note VIP.

            En effet, l'homme qui nous prêtait gracieusement sa maison avait jadis réalisé le projet d'une bodega sans prétention répondant au doux nom du "Clos de los siete" (Le clos des sept). C'est un peu comme le clan des sept, sauf qu'au lieu de faire des enquêtes policières et de s'appeler Peter, Janet et Jack, ils s'appellent Cuvelier, Dassault, Pére-Vergé ou de Rothschild et ils se construisent des bodegas hollywoodiennes pour des dizaines de millions d'euros. C'est la première fois qu'un videur m'a dit "c'est bon t'es sur liste" à l'entrée d'un lieu gardé et je peux vous dire qu'on se sent le roi du monde... Leurs caves aurait été faite d'or ça ne m'aurait pas plus impressionné. Concrètement, Nadine de Rod' (quand on est VIP on ne dit pas de Rothschild) dort dans une villa au milieu de milliers d'hectares de vignes avec vue sur les Andes mais malheureusement elle ne vient qu'une fois l'an (c'est peu être un peu cheap à la réflexion). On a bien proposé nos services pour l'occuper le reste du temps mais ce fut chou blanc. En plus, ils ont beau être très très riches, ils ne nous ont même pas offert de dégustation avant de partir. Comme quoi peu importe la maison tant qu'on a l'ivresse...


            Le jeudi fut toujours sous le signe de l'ivresse mais plutôt celle des sommets. A Mendoza commence une route. A Santiago au Chili, elle se termine. Entre, sûrement un avant-goût du paradis (si par paradis on entend un endroit magnifique où il n'y a plus d'air et où il faut payer l'entrée). C'est vrai qu'à 3000 mètres on commence déjà à voir les effets de l'altitude : léger mal de crâne, difficulté à reprendre son souffle, effort sportif mois aisé que notre légendaire niveau athlétique nous le permet normalement, sans compter les indiens plus fréquents, les mules qui portent des sacs et les hélicoptères de tourisme. Mais c'est surtout l'image de l'Aconcagua qui impressionne lorsqu'elle apparaît après un ultime virage. 6962 mètres de haut. 6962 mètres de neige. 6962 mètres de danger. 6962 mètres pour gagner une embolie pulmonaire en montant au sommet (tous les gagnants résident au cimetière andin en contrebas : le Hall of Fame de l'embolie en quelque sorte...). Pour vous donner un ordre de grandeur autre que le mètre, 6962 mètres c'est 6962 passe-partout montés les uns sur les autres. C'est pas rien.


            L'Aconcagua repose sur toute la cordillère des Andes dont les différents sommets font passer le Mont Blanc pour le Ballon de Guebwiller (pour les incultes revoir le cours de CM1 de Mme Métayer : entre "les affluents du Cher" et "Conversion des Hectares en Décamètres carré"). Les paysages n'ont rien à voir avec les montagnes françaises. C'est un mélange permanent entre l'ocre du désert, l'or de l'herbe brûlée, le vert des arbustes arrosés par les rares pluies et le blanc immaculé des neiges éternelles. Le puente del Inca, pourtant vestige naturel d'un fleuve passé, ne nous impressionnent même plus. Nous roulons repus vers nos vingt heures de bus, gavés d'images, ivre de nouveau sans la moindre goutte d'alcool.

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