jeudi 30 juillet 2009

L'opium du peuple


            Nostradamus aurait pu l’écrire pour son apocalypse.

"Quand la grêle et le feu, mêlés de sang seront jetés sur cette Terre,
Quand la mer deviendra sang et que les créatures vivantes ne seront plus,
Quand le jour disparaitra, quand le soleil ne scintillera plus,
Quand les ténèbres auront assiégées le moindre lieu de cette Terre,
Quand il ne restera que famine, misère et désolation,
Quand les peuples du monde agoniseront dans leur propre sang
L’argentin s’en branlera, il jouera au futbol."

            Le foot ici se place très largement au-dessus de la religion. La grand-messe est le match de la semaine et elle n’est pas seulement hebdomadaire comme ses sombres païens de chrétiens, juifs ou musulmans. C’est une fois tous les trois jours. Les temples très nombreux de la ville accueillent plus de 50000 personnes tous les dimanches et doivent refuser l’entrée à certains fidèles.

            Les cinq piliers du football argentin :
- Regarder les résultats de n'importe quelle équipe dans le monde cinq fois par jour sur internet ou dans les journeaux
- Faire une fois dans sa vie le pèlerinage qui consiste à faire la queue tout une nuit devant un guichet pour obtenir ses billets afin de voir jouer la sélection
- Interdiction de ne pas regarder du foot avant la tombée de la nuit pendant un mois une fois tous les quatre ans : c’est ce qu'ils appellent le Copadelmundo
- La profession de foi : beaucoup de bébés sont abonnés au club dès la naissance et jusqu’à leur mort. De toute façon, le proverbe dit qu’ici, “On peut changer de femme, de parti politique, de religion, mais pas de club de football”. A côté les musulmans qui disent que “si tu changes de religion je te tues” font pâle figure. On voit bien qu’ils ne se sont jamais pris une fatwa de 50000 personnes toutes énervées en écharpes et en maillot de foot.
- L’aumône aux mauvais : quiconque en a les moyens doit inviter les mauvais au foot de la communauté à venir jouer avec lui


            Comme dans toutes les religions ou autres entreprises qui tentent de te fidéliser (le club de Boca Junior//une banque//la religion), c’est facile d’y entrer mais moins dans sortir… Au début, tout est rose, on te donne des goodies quand tu signes (fanion de Boca // la prime CIC du Baccalauréat // le vol aller simple cimetière-Paradis…) mais on te fait vite comprendre que c’est pas si facile que ça de rester dans les petits papiers du supérieur (le président des socios du club // le banquier // Dieu…) et qu’il va falloir montrer un peu plus d’envie si tu veux que tes objectifs se réalisent (gagner le championnat // avoir de l’argent // atteindre la vie éternelle avec un bonus de 1000 vierges dans certains cas…). Alors c’est à ce moment là que tu comprends que tu t’es fait avoir quand tu dois remplir à toutes tes obligations (sauter en criant comme un fou “El que no salta es un inglés” (Qui ne saute pas est un anglais) avec tes semblables // payer des services de plus en plus cher sans passer en mode découvert // donner pleins de sous au curé et ses supérieurs qui ont fait vœux de pauvreté mais qui pètent dans la soie…). En plus, on comprend vite qu’on est pas tous égaux devant l’affaire : de toute façon on ne prête qu’aux riches (celui qui peut se payer la tribune VIP // le riche qui a tellement d’argent que son banquier doit engager un autre banquier // ceux qui peuvent acheter des indulgences de Dieu livré à domicile par le pape lui-même…). Tout ça pour se rencontre au final qu’on est déçu (pas de place pour tous les abonnés à la Boca // les frais bancaires exorbitants quand on retire de l’argent à Buenos Aires // on a toujours pas vu la couleur du moindre messie ou autre paradis…) mais qu’on ne peut plus en sortir…

            Ici, celui qui n’aime pas le football risque (dans l’ordre croissant) : d’être traité de tapette toute sa vie, de n’avoir aucun sujet de conversation, de ne pas savoir quoi faire en temps de Grippe A vu que tout est fermé à part les terrains de football, de n’avoir aucun pote, d’être considéré comme attardé mental, de se faire déshériter et renié par sa famille, d’être accusé de tous les maux humains…

            Bon alors vu que j’ai quand même envie d’avoir des copains dans ce pays, j’ai dit à mes collègues que j’aimais le football. Directement les gens sont devenus beaucoup plus sympa avec moi. Ils m’ont invité mercredi dernier à venir jouer avec eux. C’est la découverte d’un lieu incroyable. Un peu partout dans le centre ville, il existe de petites bulles à la Center Parcs qui abrite des étendues de terrain synthétiques à cinq. Les créneaux se réservent et se monnaient et il y a intérêt à être à l’heure parce que question football, l’argentin est très ponctuel. Il suffit de voir nos successeurs du créneau de 21h-22h enlever les cages pendant un tir majestueux d’un de mes coéquipiers.


            Je suis arrivé en retard donc je me sentais un peu mal. Surtout quand je les ai vus sur le terrain en maillot de foot, shorts de foot et chaussure de foot avec un ballon de rechange amené en cas de crevaison improbable du ballon principal. C’est ici que j’ai appris l’importance de chaque joueur dans une équipe. Il a suffit que j’arrive pour que le score change drastiquement. 32 buts marqués en 1h. Plus qu’honorable même sur mini-terrains. 27 pour l’équipe d’Austin contre 4 pour l’équipe du mec, le seul à être venu en short de tennis et en chaussures de footing. Ça aurait été marrant si ce mec là n’était pas moi.

            Ils m’appelaient Zizou au début du match. Aujourd’hui il m’appelle Clément.

"Bonjour, c'est bien là pour jouer au football ?"

mardi 28 juillet 2009

dimanche 26 juillet 2009

Adieu veaux, vaches, cochons...

            Quand la campagne s’invite en ville, c’est tout Buenos Aires qui est transformé. Ce Week-end avait lieu La Rural, le salon de l’agriculture argentin. Mais en Argentine tout ce qui se rapporte à la campagne prend des proportions hallucinantes. Que ce soit la taille de la moissonneuse-batteuse, celle de la vache française racée, la taille de la boina (le chapeau du Che) de tous les gens du Campo qui débarquent ou la taille de leur ventre : tout est plus grand. Mais comme tout évènement très populaire (Avigon, Cannes, le Week-end des Douet, …), il y a le in et le off. Le in c’est l’officiel. Le tracteur pur et dur en exposition devant les vaches énormes qui regardent passer le gens. Le off c’est l’ambiance que met l’escogriffe de Madariaga, de General Pico ou de n’importe quelle petite bourgade paisible de la campagne argentine lorsqu’il débarque à Buenos Aires.



            Pour ne rien changer à nos habitudes du vendredi, nous sommes retournés à la peña de los chillados avec notre Sherpa Francisco qui nous aide vraiment beaucoup dans notre intégration porteña. Le mec à qui il ne faut pas faire de crasse pour survivre dans cet environnement étranger. Le campo ayant débarqué, la peña quintuple sa population, son ambiance et le nombre de bouteilles achetées. Mercedes, la sœur de Francisco est donc venu avec nous tandis que côté français on rabattait Mona, Laura et Javier pour caresser l’argentin dans le sens du poil en lui proposant de l’exotisme.

            J’avoue que dorénavant on arrive un peu comme des chatelains à la peña. Le percussionniste qui s’est arrêté de jouer pour trinquer avec nous à distance a permis aux locaux de comprendre que nous avions l'amour de la terre. C’est pourquoi, au grand bonheur de mes velléités anthropologiques, j’ai pu découvrir l’argentin de l’intérieur qui méprise le porteño mais aime du coup beaucoup l’étranger. Fier comme un cheval, l’argentin profond n’en perd pas moins ses origines latines en étant grand dragueur devant l’éternel… Un chamuchero comme on dit ici…
            La soirée se déroulait parfaitement. On parlait tous espagnol. Laura et Mona se faisaient inviter dans tous les campos de la région. Javier parlait espagnol avec de plus en plus d’assurance au fur et à mesure que l’on vidait les bouteilles de bières en criant « Es Laura, es su anniversario ». Amaury en vieux routard dansait le folklore quasi-parfaitement. Et nos deux porteños retrouvaient des gens de leur village. J’avais réussi à ne pas faire de conneries cette fois ci dans la peña. Ni de danses traditionnelles improvisées, ni de chant traditionnel devant spectateurs médusés. Mais sans trop savoir comment, je me suis retrouvé à mettre ma langue dans la bouche d’une Mercedes. Classe A, enfin en fait c'était pas très classe du tout… Comment ? Oui la même Mercedes que celle qui vit chez Francisco avec le même sang dans les veines ? Oui oui Francisco celui qui vient de nous offrir des invitations pour la Rural, celui qui nous a présenté à ses copines argentines, celui qui nous a proposé de venir le voir dans son campo pour vivre en vrai gaucho, celui qui est extrêmement sympa. Notre bouée de sauvetage en Argentine. Alors forcément, le lendemain au réveil je ne faisais pas trop le malin quand Francisco répondait très sèchement aux propositions de rendez-vous par texto qu’on envoyait avec Amaury (oui finalement c’est le seul blond qui a dormi chez moi cette nuit)…

L'amour entre les peuples : pour la fin des conflits internationaux
Javier, Francisco, Mercedes, Laura

Amaury n'est plus vraiment français, il est du campo maintenant


Mona a apprécié l'endroit apparemment

            J’avoue que dorénavant on arrive un peu comme des chatelains à la peña. Le percussionniste qui s’est arrêté de jouer pour trinquer avec nous à distance a permis aux locaux de comprendre que le cheval était notre grand ami. C’est pourquoi, au grand bonheur de mes velléités anthropologiques, j’ai pu découvrir l’argentin de l’intérieur qui méprise le porteño mais aime du coup beaucoup l’étranger. Fier comme un cheval, l’argentin profond n’en perd pas moins ses origines latines en étant grand dragueur devant l’éternel… Un chamuchero comme on dit ici…
            La soirée se déroulait parfaitement. On parlait tous espagnol. Laura et Mona se faisaient inviter dans tous les campos de la région. Javier parlait espagnol avec de plus en plus d’assurance au fur et à mesure que l’on vidait les bouteilles de bières « Es Laura, es su anniversario ». Amaury en vieux routard dansaient le folklore quasi-parfaitement. Et nos deux porteños retrouvaient des gens de leur village. J’avais réussi à ne pas faire de conneries cette fois ci dans la peña. Ni de danses traditionnelles improvisées, ni de chant traditionnel devant spectateurs médusés. Mais sans trop savoir comment, je me suis retrouvé à mettre ma langue dans la bouche d’une Mercedes. Version sportive… Comment ? Oui la même Mercedes que celle qui vit chez Francisco avec le même sang dans les veines ? Oui oui Francisco celui qui vient de nous offrir des invitations pour la Rural, celui qui nous a présenté à ses copines argentines, celui qui nous a proposé de venir le voir dans son campo pour vivre en vrai gaucho, celui qui est extrêmement sympa. Notre bouée de sauvetage en Argentine. Alors forcément, le lendemain au réveil je ne faisais pas trop le malin quand Francisco répondait très sèchement aux propositions de rendez-vous qu’on envoyait par texto avec Amaury (oui finalement c’est le seul blond qui a dormi chez moi cette nuit)…

            Adieu veaux, vaches, cochons, j’avais fauté avec la laitière, je n’aurais pas le droit de visiter l’étable familiale. Mais plus que ça, je voyais déjà mes jours à Buenos Aires réduit à la solitude de mon appartement. Métro, boulot, dodo, dodo, dodo,… Et la tête de Francisco à notre arrivée à la Rural ne m’a pas rassuré.

"Madariaga tu n'iras pas"

            Dans cette immense basse-cour j’attendais mon heure. Francisco ne paraissait pas se détendre. J’ai finalement réussi à le bloquer entre deux moissonneuse-batteuses de 20 mètres de haut pour lui expliquer mon point de vue sur le contexte en dissertant sur “Les 1001 raisons qui font que même toi tu aurais choppé ta sœur dans la même situation”. Apparemment j’ai du être meilleur là-dessus qu’en philosophie sociologique car Tico a eu l’air convaincu.

Tico ne me hait point

            La situation est de suite devenue beaucoup plus plaisante et la journée pique-assiette a pu commencer. Après avoir testé la moindre spécialité de n’importe quelle bourgade insignifiante, je jurai mais un peu tard qu’on ne m’y reprendrait plus. Mais je me suis vite dit que cette leçon valait bien un fromage sans doute devant les étals remplis de grandes meules qui ne demandaient qu'à être goutées...

Choupette choupette, où il est le cucul ? Où elle est la têtête ?


            La morale de cette histoire est donc simple : quand les poules de la basse-cour deviennent trop nombreuses autour du mortier et harcèlent les pileuses, celles-ci suspendent leur action.

mercredi 22 juillet 2009

Byzance aussi a mal fini

            Aujourd’hui j’ai vomi mon restaurant d’hier.

            Ce restaurant était fou. Un des plus vieux restaurants de Buenos Aires : une œuvre d’art, un musée, Byzance. Le guido’s bar (2843, Republica de la India – Palermo pour ceux qui veulent découvrir) prend d’abord du temps à se visiter. Tous les murs sont remplis de citations folles, magiques, racistes, religieuses, scientifiques, étrangères, sportives, littéraires, philosophiques, purement matérielles, ou tout simplement indicatives (pour les toilettes, le bar ou pour annoncer que la maison ne fait pas crédit)… Mais ce n’est pas tout, les murs sont également remplis de reproductions de tableaux ou de photos (le pape fait d’ailleurs plus jeune à côté de Brigitte Bardot à moitié nu dans sa période « Je ne suis pas encore une défenseuse des animaux tellement impliquée que mon visage ressemble à celui d’un chien en fin de vie »). Alors toi, tu regardes à gauche à droite, même en haut pour tout analyser, tu ne te méfies pas du serveur moitié argentin moitié pakistanais qui rode dans les parages vu que tu n’as pas encore commandé. Et là tu repose tes yeux sur la table qui est remplie de mets en tout genre. Le vin a rempli ton verre. C’est limite si la bouffe ne vient pas se mettre dans ta bouche d’elle-même. Et Rajiv ne s’arrête plus de t’amener de la nourriture toujours meilleure, de te resservir du vin en quantité jusqu’à devenir légèrement euphorique. Tu te presses donc de manger pour éviter un empilement d’assiettes qui dépasserait les limites de l’équilibre. Et le dessert encore meilleure arrive presque comme un salut pour ton ventre qui comme tous les jours a prix son tarif…

Les murs du restaurant

Bienvenido al Guido's Bar

            Donc ce restaurant, je l’ai vomi toute la journée d’aujourd’hui, mais aussi beaucoup d’autres repas de ces 10 derniers jours à mon avis. Incapable d’aller au travail, pile le lendemain où mon patron m’a fait comprendre gentiment que j’avais pas l’air d’avancer beaucoup dans mon projet d’endoscopisation de l’Argentine. J’envoie néanmoins un mail pour prévenir de mon indisposition en tant qu’être civilisé. J’aurais envoyé un mail à médecins sans frontières, j’aurais pas eu mieux. Dix minutes après j’ai eu trois réponses en plus d’un appel téléphonique de ma DRH qui m’a réveillé puis rendormi (la langue d’appel étant l’espagnol, langue que je ne parle pas entre 5h du matin et 9h). Dans ces mails j’avais les coordonnées de quasiment toutes les personnes du bureau ainsi que leurs parents, oncles, tantes, cousins éloignés vivant en Laponie, Mamadou Bagayoko au cas où on sait jamais. J’avais ensuite la liste de toutes les choses que je ne devais pas manger pour pouvoir retrouver un système digestif normal. Et elle insistait pour que je fasse appel à un médecin (ce qui est un piège, à la porcine academy, tout le monde sait qu’aller chez le médecin quand on a pas la grippe A augmente les chances de la chopper chez le médecin en question). Elle ne semblait pas comprendre la politique familiale qui estime que toute maladie, pandémie, cancer ou problèmes de membres cassés ou fêlés se soignent au Doliprane® mais elle a bien fini par renoncer.

            Dans ma longue journée de solitude, j’ai quand même eu un bonheur ultime. J’ai révisé ma prochaine peña… J’ai déjà dansé le folklore lors de la première, j’ai volé le micro au chanteur pour chanter No Women, No Cry sans connaître aucun autre mot que No Women, No Cry lors de la deuxième, je compte donc connaître les paroles d’au moins une chanson la prochaine fois que je volerais le micro d'un honnête homme et j’ai fait mon choix : Loco tu forma de ser. Et cette chanson je vous en offre le clip. Ici tout le monde la connaît, c’est à peu près l’équivalent de « Bienvenue à Galaswinda ya du soleil et des nanas ». Sauf que là en plus, ils en font des reprises à la guitare folklorique dans la peña. Je vais me régaler...


Paroles :

Te vi llegar del brazo de un amigo
cuando entraste al bar y te caíste al piso,
me tiraste el pingüino, me tiraste el sifón,
estallaron los vidrios de mi corazón
te vi bailar, brillando con tu ausencia
sin sentir piedad chocando con las mesas
te burlaste de todos, te reíste de mí
tus amigos escaparon de vos,
y a mí me volvió loco tu forma de ser,
a mí me vuelve loco tu forma de ser
tu egoísmo y tu soledad
son estrellas en la noche de la mediocridad
me vuelve loco tu forma de ser,
a mi me volvió loco tu forma de ser
tu egoísmo y tu soledad
son joyas en el barro de la mediocridad
viniste a mí, tomaste de mi copa,
me sonreíste así, nadando en tu demencia
no sabía que hacer, te traté de besar,
me pegaste un sopapo y te pusiste a llorar
me vuelve loco tu forma de ser,
a mí me volvió loco tu forma de ser
tu egoísmo y tu soledad
son estrellas en la noche de la mediocridad
me vuelve loco tu forma de ser,
a mi me volvió loco tu forma de ser
tu egoísmo y tu soledad
son joyas en el barro de la mediocridad

Loco tu forma de ser
Los Auténticos Decadentes

lundi 20 juillet 2009

Comme à la maison...

            Le quartier de San Telmo a bon goût d’Home, Sweet Home dès le premier regard. Non pas qu’il soit Bleu, Blanc, Rouge (je suis François le français). Mais on y trouve l’Europe comme on la connaît. Une villa toscane jaune méditerranéenne construite en face d’un immeuble haussmannien du Paris du XIXe et à côté d’une maison bourgeoise londonienne, le tout dans une rue pavée dans la pure tradition romaine. C’est sur que ça change du reste de Buenos Aires qui ressemble plus au Bronx qu’au Mont Saint-Michel.

            Tout cela a une explication, San Telmo est le plus vieux quartier de Buenos Aires où se sont installés les aristocrates européens un tant soit peu courageux (ou expulsé de leur pays parce que personne ne les aimait) qui venaient voir si le nouveau monde était aussi bien que le disait le gros Colomb et ses fidèles qui croyaient avoir trouvé les Indes trois siècles auparavant. Alors oui Nouveau monde, Nouveau monde, mais quand on est de la Haute en 1850 on se refait pas. C’est pas parce qu’on veut montrer aux autres qu’on est un aventurier qu’on doit vivre dans une tente sur les bords du Rio de la Plata à manger de la terre et des racines. Non. On se construit la même maison qu’on avait en partant… Chassez le naturel de l’aristocrate, il revient au trot (oui l’aristocrate n’aime pas le galop, ça le décoiffe).
            1871. Epidémie de fièvre jaune. Leur Porcine Academy à eux en quelque sorte. Sauf que le nombre de morts n’est pas restreint à 100 pauvres âmes qui seraient mortes de la grippe normale dans tous les cas. Vu qu’à l’époque il n’avait pas de masques ni de produits antibactériens, ils ont pris des mesures plus radicales en quittant leurs maisons…

            Autre population, autre époque, autre ambiance. Aujourd’hui San Telmo c’est un peu comme la cour des miracles. En moins sale, moins voleur, moins romanichels, moins cul-de-jattes, moins manchots, moins Notre-Dame de Paris mais plus “Le bossu de Notre-Dame », plus Disney. On y voit des marionnettistes, des musiciens, des danseurs de tango (qui faisaient la pause casse-croûte mais bon quand même ils étaient là), des presseurs de jus d’orange, des vendeurs de pain à la viande (sorte de kebab local pour maxime), de peintres,…

            Bon il y a aussi des belles arnaques. Notamment une sorte de « Jean-Pierre Francky le fakir de l’impossible » qui n’avait à mon avis que très rarement mangé du verre. Lui c’était plutôt « le fakir de l’impôt s’il vous plait ». Il se mettait devant un tas de verre, torse nu. Puis il ordonnait au groupe de gens qui le regardait de lui donner de l’argent sinon il ne faisait pas son numéro. Et ce dans toutes les langues et surtout aux chinois ce qui n’était pas pour me déplaire. Polyglotte le fakir. Malheureusement, vu le temps qu’il a mis a détroussé les 50 personnes, on n’a pas pu attendre de savoir si c’était vraiment un fakir ou simplement un voleur très intelligent.


            Je pense qu’il y a aussi des origines marocaines dans ce quartier. Il n’y a que très peu de traces d’une immigration maghrébine en Argentine début 1900 dans les livres d’Histoire, mais pourtant il y a un vrai souk en plein milieu de San Telmo. Le dimanche c’est même le quartier San Telmo en entier qui est transformé en souk. Alors bien sur il y a les “brocanteurs” complètement en menin pour n’importe quel touriste afin d’essayer de lui vendre du “Made in Taiwan”. Mais il y a aussi le vrai marché de San Telmo. Le seul endroit du monde où on peut acheter sur le même étal le vinyle d’Abbey Road, un produit désodorisant pour les toilettes, une publicité sur la bière local, un livre sur “Los uniformes del tercer Reich” (Les insignes du IIIe Reich) et un coupe-jambon électrique…


            Forcément le coupe-jambon nous a mit en appétit. Nous sommes donc allés manger notre vache quotidienne comme tout bon argentin dans une parilla où il y avait foule. Je n’ai jamais vu autant de gens dans un si petit lieu. En même temps on les comprend : au Desnivel, on mange un troupeau d’éléphants et tous leurs enfants cuisinés dans un des plus grands grills toujours en service pour…4 €.

            Et viens donc l’heure du savoir-vivre du jour : en Argentine, il faut donner 10% de l’addition en pourboire au serveur surtout quand il vous a bien servi. De un, c’est son seul salaire. De deux, ça vous évite que le gentil serveur se transforme en méchant serveur et vous fasse un “pffff” avec les yeux méchants qui vous fait peur lorsqu'il reçoit votre malheureux pourboir. Et commence alors la marche de la honte jusqu’à la sortie du resto. Le problème en Argentine, c’est que une fois que tu as mangé tu mets très très longtemps à te déplacer : de fait la marche de la honte dure beaucoup beaucoup plus longtemps que dans n’importe quel autre pays. En plus t’as l’impression que tu viens de faire un 110 mètre haies après tant d'efforts, du coup, il est 16h30 et tu rentres pour faire une sieste…

vendredi 17 juillet 2009

Résumé vidéo

Pour ceux qui n'ont pas eu le courage de lire, voilà un résumé de deux minutes...

jeudi 16 juillet 2009

Le promène-couillons

Dictionnaire Bilingue Franco-abbarois :
Promène-couillons : « Moyen de transport livré avec guide de la région et qui s’arrête régulièrement pour prendre des panoramas car le couillon aime les panoramas. Ce mode de transport est contraire en tout point à l’esprit Douet qui est persuadé souvent à tort de connaître tout, tout le monde et en tout temps »

            Dimanche était donc le jour du promène-couillons pour aller visiter le village indien de Humahuaca plus au Nord avec de nombreux arrêts sur la route.

Convocation : 6h30.

Nombre de couillons français qui se sont fait attrapés à cet horaire : 2

Départ Réel : 8h

            Ce qui est problématique quand tu es l’un des deux couillons convoqués à 6h30, c’est que tu veux dormir. Mais dans un promène-couillons, il y a un chef qui harangue les couillons toute la journée sans s’arrêter (ou quand il s’arrête de parler c’est pour mettre du Michael Jackson interprété à la flute de plan). C’est que le couillon il faut le motiver pour qu’il sorte et qu’il rerentre du bus, pour qu’il respecte les pause-pipi, manger, shopping. Le notre (Dr Suresh) savait s’y prendre avec le couillon, notamment avec les deux hollandais qui comprenait l’anglais à peu près aussi bien que l’espagnol, c'est-à-dire relativement peu…

Les couillons en ligne pour prendre
la photo que le guide a dit de prendre

Le guide Dr Suresh

            Dr Suresh était un grand guide. En plus de connaitre tout sur tout sur la région (normal pour un guide), il avait plus d’un tour dans son sac. Il a tertiairisé une partie du parcours pour se reposer sans pour autant nous laisser tranquille. A un moment en effet, un indien avec une casquette de base-ball mais sans toute sa dentition est rentré dans le bus pour nous crier un poème en indien comme si on avait fait une bêtise. Un grand moment. Sauf pour ceux comme Moon qui n’ont rien vu, trop occupé à contenir son fou rire devant l’indien base-balleur. Malheureusement, ce dernier nous a vite repérés et pour nous punir, il a distribué un cadeau d’adieu (son poème) à tout le car sauf à nous afin de nous faire culpabiliser pendant tout le voyage retour.

            Dr Suresh ne c’est pas arrêté là dans son génialissime génie. Il avait également un double discours. Un somme toute classique en espagnol pour tout le monde à part les deux néerlandais. Un en anglais pour ceux qui comprenait un peu l’anglais (à l’origine pour les deux néerlandais) beaucoup plus croustillant. Ainsi il donnait haut et fort le cours du kilo de marijuana à la frontière brésilienne en 2006 (30 pesos/ kilo) par exemple. Sinon cela lui permettait de raconter le carnaval de Février dans la région et ce fameux 9 jours, 9 nuits, 9 mois qui va en faire rêver plus d’un. En effet, pendant ces 9 jours, c’est la fête. Mais c’est pas le 14 juillet hein, c’est vraiment la fête. Le concept rapidement. D’abord tous les couples sont déclarés suspendus pendant les 9 jours. Puis chacun se munit d’un masque pour que personne ne se reconnaisse. Enfin une fois le barnum installé et le BBQ installé, l’orgie sexuelle est déclarée. Tout le monde couche avec tout le monde devant tout le monde en musique et en alcool. Personne ne doit refuser sous peine de gâcher la fête. Ca peut faire rêver au début mais quand je vois l’œil vicieux du chauffeur qui acquiesce à la question “Hein Machin c’est vrai que personne peut refuser ?”. On comprend alors l’appellation 9 jours, 9 nuits… 9 mois étant donné le nombre a priori impressionnant de naissance illégitimes… Dr Suresh tient à me préciser devant l’insistance de mes questions que non il n’y a pas ça dans d’autres régions qu’ici et que non, les gens n’aimaient pas qu’on regarde mais te laissait participer volontiers une fois le baptême de 9 verres d’alcools différents à boire avant d’intégrer le groupe, le cercle ou la queue leu leu.

            Pour se remettre de nos émotions, on a préféré rentrer dans le rang des couillons pour ne pas donner des idées salaces au chauffeur qui nous faisait de plus en plus peur. On a donc pris les photos de couillon que voici…




            Nous n’avons même pas osé finir le circuit qui rentrait à Salta car nous nous sommes arrêtés à Jujuy (en fait notre lieu de retour vers Buenos Aires). L’aéroport très sommaire nous a permis de découvrir en vrai comment c’était les années 1970…et de prier pour que notre pilote d’avion ne nous fasse pas une arrivée en catastrophe dans l’aéroport de Buenos. Malheureusement les voies du seigneur sont impénétrables : il ne nous a pas écoutés…

Le salon privé de l'aéroport de Jujuy,
directement sorti des années 70


mercredi 15 juillet 2009

La Genèse

Je tiens tout d'abord à remercier Ségolène Billard, ma caution théologique qui m'a permis de recontrer la foi. Malheureusement dès les premiers contacts, on ne s'est pas très bien entendu, la foi et moi et j'ai donc du la laisser repartir de son côté.

« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.
Ce fut le premier jour.
Dieu dit: Qu'il y ait une étendue entre les eaux ! Et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l'étendue d'avec les eaux qui sont au-dessus de l'étendue.
Ce fut le second jour.
Puis Dieu produisit de la verdure, de l'herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce.
Ce fut le troisième jour.
Puis Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles.
Ce fut le quatrième jour.
Ensuite Dieu créa les grands poissons et tous les animaux vivants qui se meuvent, et que les eaux produisirent en abondance selon leur espèce; il créa aussi tout oiseau ailé selon son espèce.
Ce fut le cinquième jour.
Alors Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme.
Ce fut le sixième jour.

Le 7e jour, fatigué de toutes ces conneries, Dieu dit : J’ai une de ces fringales moi, je me boufferais bien un truc là. Mais Dieu compris qu’il avait été idiot. Il avait filé toute la bouffe aux deux niaiseux tout nus qui se promenaient en chantant dans le jardin d’Eden. Alors Dieu, qui n'est quand même pas le dernier des blaireaux vu ce qu’il avait fait de sa semaine, se fit un petit plaisir...

Dieu créa les alfajores.
Mais bon la propriété intellectuelle ne dure qu’un temps et les argentins l’ont vite compris en récupérant tout ça.”

Livre de Moïse, librement traduit de l’hébreu (je tâtonne encore)

            C’est donc comme ça que nous avons commencé notre journée de samedi pour anticiper le retour sur Salta qui s'annonçait paradisiaque mais long... Cette spécialité argentine est le fruit de longues recherches de Gros Magazine sur le thème de "La miniaturisation des aliments gras dans les familles argentines depuis la découverte de l’Amérique".

            Mais le rapport entre l’argentin et la religion chrétienne ne s’arrête pas là. Comme les français, les argentins se sont très engagés pour récupérer le sang du seigneur. Ils le produisent même en masse, l’exportent aux Etats-Unis, au Brésil, en Australie et pile pour nous, une grande partie de la production se fait près de Cafayate. On n’a pas pu partir sans se faire la tournée des bodegas (cave à vin) de la région. Le problème c’est que Jésus à beau dire “Ceci est mon sang”, personne n’est VIP à la Porcine Academy. Et du coup pour raison de Grippe A, il a bien fallu fermer les plus grandes bodegas de la région au grand dam de mon alcoolisme latent, sevré de force hormis une légère dégustation de vins blancs. La vigne recouvre tout le paysage ici (entre deux cactus) et les caves se comptent en dizaines. Petite déception donc de se contenter des visites de petites caves en libre service : personne ne te surveille ou si quelqu’un est là il te fait la visite à 800 à l’heure. Mais bon le paysage nous suffit à lui tout seul…





            Pour se remonter le moral on a voulu se faire la fromagerie, la fromagère et mêmes les chèvres qui vont avec mais l’heure du repas n’est pas propice à l’échange vu que nous avons trouvé porte close. On s’est donc rabattu sur les cactus, ça au moins on était sur que c’était ouvert.


            Résignés devant tant d’infortune, nous sommes rentrés de nouveau par le paradis rocheux avant de visiter un Lac Léman artificiel version argentine…


            De retour à Salta, la voiture tristement rendue, je découvre que Moon aime autant les fils de l’oncle Sam que j’aime les potes du père Mao, devant ses réactions face aux trois ricains, nouveaux compagnons de chambrée, qui pour découvrir l’Argentine, s’achètent des bières pour les consommer dans leurs lits…argentins. On se met donc la même punition qu’hier soir dans un restaurant très prisé où les serveurs sont déguisés en Bernardo (l’esclave de Zorro).

            Au final cette escapade en voiture nous a prouvé que la nature révèle bien des surprises. Celui qui a fait tout ça mérite bien de se reposer là-haut sur son nuage ou sur son camion de transport…

mardi 14 juillet 2009

Vers l'infini et au-delà...

            L’auberge c’est vraiment sympa, c’est une expérience. L’avantage c’est le partage, une valeur forte pour moi. Le problème c’est ce que l’on partage : le sommeil, également une valeur forte pour moi. Mon sommeil je l’ai partagé avec le gros barbu, animateur d’une radio associative altermondialiste de Buenos Aires, qui passe sa soirée à chanter et à fumer de la drogue disons-le, il fumait de la Drogue, l’objet du malin, de satan, de belzébuth… Il a décidé de venir se coucher vers 4h du matin en enlevant ses bottes, en refaisant son lit, en faisant des trucs plutôt louches et sans intérêts jusqu’à temps que je me réveille. Une fois sa mission remplie, il s’est endormi comme un bébé (un beau bébé de 90 kilos), me laissant seule à mes tergiversations : « Dois-je me rendormir ? Dois-je le réveiller ? Dois-je chanter la Marseillaise en rotant pour lui expliquer que nous aussi on peut être lourd ?… ». Finalement je réussis à me rendormir… J’ai ensuite partagé mon sommeil avec François le québécois. Mais François le québécois n’a pas les mêmes valeurs, il me l’a pris mais ne me l’a pas rendu. En effet, François n’a pas entendu son réveil à 6h (moi si mais passons) or un taxi passait le chercher pour l’emmener pour son car vers la Bolivie à 6h30. Lorsque Damian, le chef de l’auberge est venu délicatement le réveiller pour ne pas faire de même avec nous, un énorme « FUCK, cinco minutas » bien américain de François (qui parle mieux anglais qu’espagnol) m’a permis de mettre un terme à ma nuit bien trop monotone à son goût…

            Mais François le québécois si tu lis ses lignes, sache que je te pardonne. De toute façon, je devais me lever tôt pour récupérer notre voiture de course qui nous attendait devant l’auberge, sous -2°C.

J'avoue qu'avec la mauvaise humeur
liée à la nuit on s'attendait plutôt à ça


Mais finalement voilà la bête

            Et nous voilà donc lancé à la découverte d'une partie du patrimoine mondiale de l’UNESCO : la route 68 de Salta à Cafayate.

            Enfin, juste après un petit détour d’une heure et demi dans les bidonvilles de Salta puisque mon copilote et moi-même avions du mal à comprendre la complexité d’une petite ville de Province réglé en damier, encore un piège de notre sens de l’orientation légendaire…
L’endroit est magique. Une palette de couleurs incompréhensible : rouge, jaune, vert, bleu, gris… Ca donne envie de s’intéresser à la Géologie toutes ces strates multicolores, ces socles, ces méta-gabbros, ces bassins sédimentaires… La datation radio chronologique au Carbone 14 me démange les doigts. A côté Rochechouart c’est la plage de galets du Center Parc de Sologne.




            Ce qui impressionne le plus, hormis la température qui est passée de -2° à 30 en moins de 5h, c’est le silence régnant. On doit être les seuls à des kilomètres à la ronde vu le peu de voiture que l’on croise. Il n’y a personne et l’endroit paraît inaccessible. Pourtant, on voit des choses fabuleuses. Un monstre inca. Un joueur de pipeau andin qui joue à peu près aussi bien que les morceaux de flûte de ma classe de 6e perdu sur le bord de la route. Un vendeur de roches derrière un stand qu’il a du construire dans la nuit, isolé devant un cactus sans aucun moyen de locomotion apparent. Une maisonnette. On récupère une planteuse de tabac qui faisait du stop au milieu de nulle part (ils sont quand même confiant les argentins, faut pas être pressé de rentrer chez soi). Un cycliste qui semble vouloir lancer le Tour de France local sans parvenir à trouver des concurrents.

Le monstre inca


La maisonnette


Lanco Amstrongo

            Moon qui n’a pas le permis trépigne d’impatience de conduire sur une route aussi belle. Il décide donc de braver l’interdit dans une attitude très argentine. Deux minutes 27 secondes et 14 centièmes après, « permis de coneduire svouplé, et plou vite qué ça ». Le blond est passé du rouge au blanc… Livide, il semble voir sa vie défiler devant lui. Son copilote qui ne fait pas le malin non plus à la chance d’avoir un mental d’acier pour paraître le plus détendu du monde et surtout la capacité à faire très bien le français autiste. En mimant, le sourd et muet je fais passer à l’ex-futur-ex conducteur de voiture sans permis les papiers du véhicule en lieu et place du « carné de conducir ». Le policier semble comprendre que nous sommes deux bons gros touristes trop débiles pour enfreindre les règles de son pays et lance un « Adelante » à mon pilote qui n’a alors jamais pris autant de précaution pour ne pas caler au démarrage. Nos deux pantalons mouillés mettront plusieurs jours à sécher !

            Cafayate est une ville de montagne paisible et tranquille. Très tranquille. Une fois avoir écumé le marché indien, paradis de la laine de lama, nous atterrissons dans l’auberge de Mr et Mme Rasta qui ont l’air très très zen. La lit nous coûte 15 pesos une bouchée de pain mais plus la nuit se rapproche, plus on se demande si on a pris l’option sans Tam-Tam nocturnes. On se rend compte également très vite que la douche chaude, le chauffage et les toilettes évacuant le papier toilette ne sont pas de série. Mais à chaque problème sa solution : douche froide, bouteille d’eau rempli d’eau bouillante dans le lit et poubelle à papier toilette nous sauvent la vie…

L'auberge de M. et Mme Rasta

Le combiné toilette-poubelle

            La journée se finit dans le restaurant local où nous oublions le froid et les espèces de deux péruviens qui crient des chants indiens dans le micro du troquet, grâce aux breuvages locaux. La nuit fut bonne. La tête du lendemain fut encombrée. Quelqu’un avait du nous la taper très fort pendant la nuit, sans doute une vengeance des esprits mapuches qui n'ont pas aimé que l'on se moque de deux des leurs.

Salta, la linda

            Jeudi 9 juillet c’est la fête nationale. Un jour normal sauf que les gens glandent. En même temps, c’est dur de montrer encore plus leur fierté d’appartenir à la nation Argentine. On peut difficilement afficher plus de drapeaux bleus et blancs que d’habitude vu que tout argentin semble avoir un ordre de priorité dans ses achats. D’abord le drapeau. Puis de la viande. Puis un toit. En terme de défilé, le régiment de Salta ne devant pas compter plus d’une douzaine d’âmes, ils se sont abstenus. On a bien eu une tentative de défilé avec un policier solitaire déguisé en Robocop marchant d’un pas décidé sur la place 9 de julio justement. Ils ont du se sentir un peu seul lui, son fusil à pompe et son gilet anti-émeutes au milieu des trois-quatre touristes complètement en transe devant la cathédrale toute rose. En même temps, même moi, l’athée militant, j’ai failli succomber à la tentation de me mettre à prier. Mais le petit déjeuner qui m’attendait au bar d’en face m’a délivré du mal…

La cathédrale rose de Salta


            Beaucoup plus difficile à semer que Robocop, le cireur de pompes. Pot de colle national, cet animal au physique trapu se meut d’une façon étrange. Complètement plié en deux, le regard cloué au sol, il batifole de table en table afin de trouver chaussure à son pied. En l’occurrence chaussure à mon, ton, nos, vos, leurs pieds. Une fois la cible approchée, une belle brune en cuir, il séduit son tuteur légal, le propriétaire de cette chaussure élue de son cœur. Lorsque la main de la petite est accordée puis la dote versée, le cireur de pompes veut consommer rapidement son mariage. Il se met à frotter délicatement ses mains enduites d’un liquide lubrifiant et nourrissant contre la peau de sa dame et ce devant les yeux effarés du père de la jeune chaussure qui voix son innocence ainsi bafouée. A coup sûr, le père et son nouveau gendre se quittent fâchés et partent chacun dans une direction opposée. La chaussure sans doute mise au couvent tandis que le cireur de pompes part en quête d’une nouvelle affaire…

Deux victimes du cireur fou

            Devant tant de barbaries et nostalgique de notre cher Miguel, nous décidons de prendre des mesures d’intégrations drastiques en magasinant à travers Salta tout en s’extasiant devant des monuments tous plus riches et variés comme disait Michelin. L’intégration est réussie grâce à un relooking argentin.
Vous connaissiez Clément avant :


Le voici...


Maintenant :


            Nous voyant arriver moi et mon chapeau ainsi que Moon et sa camiseta, Miguel n’a pas trainé à nous proposer un nouvel asado. Il pousse même la reconnaissance mutuelle de gaucho en nous invitant au marquage des bêtes dans le campo d’un ami (ferme locale), offre que nous nous devons de décliner à grands regrets. La viande cuisinée par les mains sales, brûlées et abimées par la vie de Miguel a été délicieusement partagée avec trois médecines tourangelles et leurs opposés : quatre grenoblois de 25 ans plus ou moins scolarisés en 2e année de fac de géo. On a malheureusement pas pu chanter jusqu’au bout de la nuit avec toute la troupe pour cause d’activité pilotage sur route désertique prévue pour le lendemain...