lundi 20 juillet 2009

Comme à la maison...

            Le quartier de San Telmo a bon goût d’Home, Sweet Home dès le premier regard. Non pas qu’il soit Bleu, Blanc, Rouge (je suis François le français). Mais on y trouve l’Europe comme on la connaît. Une villa toscane jaune méditerranéenne construite en face d’un immeuble haussmannien du Paris du XIXe et à côté d’une maison bourgeoise londonienne, le tout dans une rue pavée dans la pure tradition romaine. C’est sur que ça change du reste de Buenos Aires qui ressemble plus au Bronx qu’au Mont Saint-Michel.

            Tout cela a une explication, San Telmo est le plus vieux quartier de Buenos Aires où se sont installés les aristocrates européens un tant soit peu courageux (ou expulsé de leur pays parce que personne ne les aimait) qui venaient voir si le nouveau monde était aussi bien que le disait le gros Colomb et ses fidèles qui croyaient avoir trouvé les Indes trois siècles auparavant. Alors oui Nouveau monde, Nouveau monde, mais quand on est de la Haute en 1850 on se refait pas. C’est pas parce qu’on veut montrer aux autres qu’on est un aventurier qu’on doit vivre dans une tente sur les bords du Rio de la Plata à manger de la terre et des racines. Non. On se construit la même maison qu’on avait en partant… Chassez le naturel de l’aristocrate, il revient au trot (oui l’aristocrate n’aime pas le galop, ça le décoiffe).
            1871. Epidémie de fièvre jaune. Leur Porcine Academy à eux en quelque sorte. Sauf que le nombre de morts n’est pas restreint à 100 pauvres âmes qui seraient mortes de la grippe normale dans tous les cas. Vu qu’à l’époque il n’avait pas de masques ni de produits antibactériens, ils ont pris des mesures plus radicales en quittant leurs maisons…

            Autre population, autre époque, autre ambiance. Aujourd’hui San Telmo c’est un peu comme la cour des miracles. En moins sale, moins voleur, moins romanichels, moins cul-de-jattes, moins manchots, moins Notre-Dame de Paris mais plus “Le bossu de Notre-Dame », plus Disney. On y voit des marionnettistes, des musiciens, des danseurs de tango (qui faisaient la pause casse-croûte mais bon quand même ils étaient là), des presseurs de jus d’orange, des vendeurs de pain à la viande (sorte de kebab local pour maxime), de peintres,…

            Bon il y a aussi des belles arnaques. Notamment une sorte de « Jean-Pierre Francky le fakir de l’impossible » qui n’avait à mon avis que très rarement mangé du verre. Lui c’était plutôt « le fakir de l’impôt s’il vous plait ». Il se mettait devant un tas de verre, torse nu. Puis il ordonnait au groupe de gens qui le regardait de lui donner de l’argent sinon il ne faisait pas son numéro. Et ce dans toutes les langues et surtout aux chinois ce qui n’était pas pour me déplaire. Polyglotte le fakir. Malheureusement, vu le temps qu’il a mis a détroussé les 50 personnes, on n’a pas pu attendre de savoir si c’était vraiment un fakir ou simplement un voleur très intelligent.


            Je pense qu’il y a aussi des origines marocaines dans ce quartier. Il n’y a que très peu de traces d’une immigration maghrébine en Argentine début 1900 dans les livres d’Histoire, mais pourtant il y a un vrai souk en plein milieu de San Telmo. Le dimanche c’est même le quartier San Telmo en entier qui est transformé en souk. Alors bien sur il y a les “brocanteurs” complètement en menin pour n’importe quel touriste afin d’essayer de lui vendre du “Made in Taiwan”. Mais il y a aussi le vrai marché de San Telmo. Le seul endroit du monde où on peut acheter sur le même étal le vinyle d’Abbey Road, un produit désodorisant pour les toilettes, une publicité sur la bière local, un livre sur “Los uniformes del tercer Reich” (Les insignes du IIIe Reich) et un coupe-jambon électrique…


            Forcément le coupe-jambon nous a mit en appétit. Nous sommes donc allés manger notre vache quotidienne comme tout bon argentin dans une parilla où il y avait foule. Je n’ai jamais vu autant de gens dans un si petit lieu. En même temps on les comprend : au Desnivel, on mange un troupeau d’éléphants et tous leurs enfants cuisinés dans un des plus grands grills toujours en service pour…4 €.

            Et viens donc l’heure du savoir-vivre du jour : en Argentine, il faut donner 10% de l’addition en pourboire au serveur surtout quand il vous a bien servi. De un, c’est son seul salaire. De deux, ça vous évite que le gentil serveur se transforme en méchant serveur et vous fasse un “pffff” avec les yeux méchants qui vous fait peur lorsqu'il reçoit votre malheureux pourboir. Et commence alors la marche de la honte jusqu’à la sortie du resto. Le problème en Argentine, c’est que une fois que tu as mangé tu mets très très longtemps à te déplacer : de fait la marche de la honte dure beaucoup beaucoup plus longtemps que dans n’importe quel autre pays. En plus t’as l’impression que tu viens de faire un 110 mètre haies après tant d'efforts, du coup, il est 16h30 et tu rentres pour faire une sieste…

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