1871. Epidémie de fièvre jaune. Leur Porcine Academy à eux en quelque sorte. Sauf que le nombre de morts n’est pas restreint à 100 pauvres âmes qui seraient mortes de la grippe normale dans tous les cas. Vu qu’à l’époque il n’avait pas de masques ni de produits antibactériens, ils ont pris des mesures plus radicales en quittant leurs maisons…
            Autre population, autre époque, autre ambiance. Aujourd’hui San Telmo c’est un peu comme la cour des miracles. En moins sale, moins voleur, moins romanichels, moins cul-de-jattes, moins manchots, moins Notre-Dame de Paris mais plus “Le bossu de Notre-Dame », plus Disney. On y voit des marionnettistes, des musiciens, des danseurs de tango (qui faisaient la pause casse-croûte mais bon quand même ils étaient là), des presseurs de jus d’orange, des vendeurs de pain à la viande (sorte de kebab local pour maxime), de peintres,…
            Je pense qu’il y a aussi des origines marocaines dans ce quartier. Il n’y a que très peu de traces d’une immigration maghrébine en Argentine début 1900 dans les livres d’Histoire, mais pourtant il y a un vrai souk en plein milieu de San Telmo. Le dimanche c’est même le quartier San Telmo en entier qui est transformé en souk. Alors bien sur il y a les “brocanteurs” complètement en menin pour n’importe quel touriste afin d’essayer de lui vendre du “Made in Taiwan”. Mais il y a aussi le vrai marché de San Telmo. Le seul endroit du monde où on peut acheter sur le même étal le vinyle d’Abbey Road, un produit désodorisant pour les toilettes, une publicité sur la bière local, un livre sur “Los uniformes del tercer Reich” (Les insignes du IIIe Reich) et un coupe-jambon électrique…

            Forcément le coupe-jambon nous a mit en appétit. Nous sommes donc allés manger notre vache quotidienne comme tout bon argentin dans une parilla où il y avait foule. Je n’ai jamais vu autant de gens dans un si petit lieu. En même temps on les comprend : au Desnivel, on mange un troupeau d’éléphants et tous leurs enfants cuisinés dans un des plus grands grills toujours en service pour…4 €.
            Et viens donc l’heure du savoir-vivre du jour : en Argentine, il faut donner 10% de l’addition en pourboire au serveur surtout quand il vous a bien servi. De un, c’est son seul salaire. De deux, ça vous évite que le gentil serveur se transforme en méchant serveur et vous fasse un “pffff” avec les yeux méchants qui vous fait peur lorsqu'il reçoit votre malheureux pourboir. Et commence alors la marche de la honte jusqu’à la sortie du resto. Le problème en Argentine, c’est que une fois que tu as mangé tu mets très très longtemps à te déplacer : de fait la marche de la honte dure beaucoup beaucoup plus longtemps que dans n’importe quel autre pays. En plus t’as l’impression que tu viens de faire un 110 mètre haies après tant d'efforts, du coup, il est 16h30 et tu rentres pour faire une sieste…

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