mardi 30 juin 2009

La porcine academy


"39 921 833 candidats qui ne veulent qu’une chose : survivre. Enfermés dans un pays jusqu’à ce que mort s’en suive avec un virus mortel, dans un cas sur 1000, les règles sont simples. La contamination se fait par voie orale. Crachats, éternuements, et postillons sont autorisés. L’injection du virus par intraveineuse est déclarée illégale. Toute contamination qui n’aboutit pas à la mort donne l’immunité…jusqu’à la prochaine mutation du virus. Tous ne jouent pas à armes égales entre ceux qui peuvent s'offrir une voiture personnelle décontaminée et les autres qui doivent se contenter du métro bondé aux heures de pointe : l’injustice est partout. Lors du dernier prime, les autorités ont avoué avoir menti sur les chiffres de la contamination : il y aurait deux fois plus de cas qu'annoncés officiellement jusqu’ici. Les rumeurs murmurent qu’au prochain prime l’état d’urgence sera déclaré…

L’heure tourne, qui sera le dernier. Vous le saurez en regardant : La Porcine Academy..."

            Aujourd’hui, mon directeur m’a distribué, le regard grave, 50 masques de protection contre la grippe A. J’ai cru qu’il m’annonçait la mort de toute ma famille vu la tête qu’il faisait. J’aurais l’air fin à être le seul bonhomme en ville à porter un masque…

lundi 29 juin 2009

Working Boy

            1er jour de travail. Chemise toute propre. Chaussures toute neuves. Pantalon tout vieux. Embauche à 9h30 les argentins se lèvent à la cool. Bon sachant que j’ai du mal avec les transports, j’ai marché pour aller à l’entreprise. Enfin j’ai plutôt randonné pour aller au travail. 45 minutes de marche pour aller bosser, t’es pas déçu du voyage. Surtout quand tu te rends compte qu’il y a un métro qui va de chez toi à l’entreprise en 10 minutes.

            Ayant repéré à l’avance l’endroit de villégiature de mes costars et autre cravates pendant les six prochains mois comme tout bon manager for the world qui se respecte, j’arrive grand gagnant devant le bâtiment. Je rentre triomphalement dans l’immeuble. Avance en champion devant les ascenseurs… avant de me faire rattraper violemment par les agents de sécurité qui jugent ma performance certes intéressante mais non suffisante pour me dispenser de contrôle de passeport. Passeport justement oublié à l’appartement, juste sur la table de nuit, à côté de mon billet d’avion, mais si je vous jure j’en ai un. Renonçant à leur expliquer tout ça, je préfère leur brandir « mi carnet de identitad » en guise de réponse à leurs affabulations comme quoi je n’aurais pas de droit de libre circulation sur leur fief. Il me demande ensuite ce que je viens faire dans le coin. En marmonnant un “uno rendez-vous con Andrea … (oui j’avais oublié son nom de famille)”, ils ont vite compris que j’étais le français bizarre qui devait passer tous les matins jusqu’à décembre prochain.

            10 étages plus haut, ma DRH préférée m’accueille à grand renfort de poignée de bisous encore une fois mais sans poignée cette fois-ci, juste un bisou. Ma main élancée dans le vide, je me dis mais un peu tard qu’on ne m’y reprendrait plus. Coup d’œil rapide à l’historique de cette entreprise plus vieille que la découverte de mon pays d’expatriation pour enfin arriver au sacro-saint organigramme qui me révèle les doux noms qui vont s’occuper de l’autiste pendant les six prochains mois. Bonne chance à vous Elisa, Barbara, Lucila et Yanina que l’on appellera “l’artiste-peintre” au vu de son visage grandement décoré à coups de crayons et rouge à lèvres.

            Redescente aussi sec des 10 étages. “Vamos a visitar la empresa” me dit Andrea. Sauf qu’apparemment la poursuite de la visite doit avoir lieu en voiture car ma DRH s’engouffre dans un taxi banalisé qui nous emmène dans les usines de fabrication des différents produits tous plus dangereux les uns que les autres. Poches de nutrition parentérale, cachets de trithérapie, j’en passe et des meilleurs ! Mon rêve de gosse ! C’est Charlie et la chocolaterie. Bon sauf que Charlie doit mettre une charlotte et une combinaison stérile pour entrer à l’intérieur de l’usine. Sauf que les umpa-lumpas ne sont ni nains, ni verts, qu’ils ne chantent pas de chanson marrantes et qu’ils parlent espagnols. Sauf que Willy Wonka s’appelle en fait Rodolfo Navarro, qu’il a une moustache et me parle très vite et très proche de mon visage (d’où l’utilité de la charlotte). Sauf qu’aucun bonbon n’est fabriqué sur la chaîne de fabrication. Mais concrètement c’est la même chose. Des bonhommes avec des charlottes, des masques et des sas de décompression fabriquent des choses merveilleuses à partir de quasiment rien…

            Il ne faut pas traîner. J’ai RDV avec le directeur de l’Argentine rien que ça. C’est l’heure de connaître ma mission de stage. Et là c’est la très bonne surprise. Je suis responsable de toute une étude pour savoir si on va développer ou non l’activité de l’entreprise dans un nouveau secteur. Rechercher les acteurs du marché, les opportunités business et cie. Un régal. Le seul problème est le sujet qui est “Doit-on se lancer ou non dans le domaine des endoscopies ?”. Pour les non médecins, l'endoscopie est une méthode d'exploration et d'imagerie médicale ou industrielle qui permet de visualiser l'intérieur de conduits ou de cavités inaccessible à l'oeil. En gros, l’art de se mettre une caméra dans l’anus. Cela dit, moi qui voulais du cul en Argentine, tous mes vœux sont exaucés…

            Fin de la journée. Je rentre en métro… mais je rate mon arrêt et donc je remarche jusqu’à chez moi dans mes chaussures beaucoup beaucoup trop neuves. Mes pieds ne me contrediront pas…

dimanche 28 juin 2009

El submarino

Note pour moi-même :
Un submarino décrit comme « leche con chocolate » n’est pas un chocolat chaud. C’est du lait chaud accompagné d’un énorme bout de chocolat.

Note pour moi-même 2 :
Après vérification et explication de la balayeuse du McDonald’s qui m’a vu à l’œuvre, interloquée, l’énorme bout de chocolat est destiné à fondre dans le lait chaud comme un sous-marin (un submarino, c’est donc ça) et non pas à manger comme un énorme porc avant de boire le lait. Ca fait mal au ventre et c’est pas bon.

Note pour moi-même 3 :
Il ne faut pas dire oui niaisement quand tu ne comprends pas ce qu’on te dit, parce que un submarino avec plein d’autre trucs que tu voulais pas au début mais qu’on t’as donné parce que tu as dit oui niaisement, ça coûte cher.

Enrique le taxi


            Ayant fraichement récupéré mes 41 kilos de bagages, débarrassé de mes voisins de voyages, je décide de me vider la vessie avant de faire tamponner mon passeport. Ne trouvant pas les toilettes, je décide de faire mon baptême d’espagnol auprès d’un agent de sécurité. Croyez-le ou non, « Hola, quiero ir a los toiletos » veut vraisemblablement dire en espagnol « pouvez-vous m’indiquer la douane la plus proche ? » vu qu’interloqué, le jeune homme me poussa délicatement vers les tamponneurs de passeport. Une fois sortie, je trouve finalement les “servicios”, puisque les toilettes se disent ainsi me laissant dubitatif quant à ma capacité à exprimer à mes futurs collaborateurs que je veux leur rendre service sans qu’il m’emmène inévitablement aux toilettes. Tel ne fut pas ma surprise lorsque je rencontre à ma sortie un homme chevelu et bronzé vraisemblablement chirurgien au vue du masque sanitaire blanc qu’il porte sur le visage, brandissant un panneau « Clément DOUET ». Je me place à côté de lui mais celui-ci cherchant toujours un Clément Douet dans l’assistance, me laisse fièrement exprimer mes premiers mots espagnols syntaxiquement corrects : « Yo soy Clément Douet ». Comme quoi il ne fallait pas rater le premier cours d’espagnol de 4e.

            Chose étrange, l’aéroport de Buenos Aires est bondé de chirurgiens. En effet, la moitié des gens se balade l’œil méfiant avec un masque sur le visage. Je ne vois pourtant pas de malades mais beaucoup d’avis sanitaire sur une grippe A. Mon chirurgien au panneau avait la particularité d’être aussi taxi driver et de s’appeler Enrique. Une fois son masque enlevé, il me porta mes valises et m’emmena loin de cette aéroport-clinique où règne la psychose. Enrique se révèle très sympa mais très expressif en terme de postillons et de toussotements ce qui me rappelle légèrement qu’une épidémie mondiale est susceptible de faire son apparition à tous moments surtout dans les pays en plein hiver.

            Je comprends vite (au bout d’1/4 d’heure) que les terrains de football qu’il m’a montré à la sortie de l’aéroport sont les terrains d’entraînement de la sélection argentine. Manque de pot, nous sommes déjà en ville quand je veux les regarder de manière plus approfondie. Je lance néanmoins fièrement un tonitruant « Diego Maradona » avec l’accent local. Enrique me fait un « Si, si » gentil. Encouragé par tant d’amour, je poursuis sur le foot, en lui parlant de Nestor Fabbri qui jouait au FC Nantes. Sans succès même en insistant plusieurs fois avec “El preeesidentttte Nestor Fabbri”.

            Enrique n’a pas l’air mécontent de me laisser devant mon immeuble et devant ma pétillante DRH qui m’attend devant. Elle m’accueille avec une « poignée de bisou argentine », concept très développé pour tout non initié. Il s’agit d’initier une poignée de main puis de tirer très fort sur cette main afin d’amener le visage de l’autre au sien pour lui déposer un bisou sur la joue. Mais ce n’est pas une bise comme j’ai pu le comprendre. Une fois le premier bisou réceptionné, j’ai en effet voulu continuer sur ma lancée en lui faisant une traditionnelle bise à la française. Je l’ai donc fait au vide vu que son visage s’est retiré se demandant si j’allais réussir à contrôler mes pulsions de bisous. Elle me présente rapidement la concierge à qui je fais le coup de la « poignée de bisous » sauf que je rate l’étape où il faut tirer fort sur la main vu que pesant 90 kilos, c’est elle qui a réussi à attirer ma joue contre sa bouche. Ce n’est que partie remise…

            Andrea, ma DRH, me fait découvrir l’appartement gigantesque, le câble, Internet, le bar, le frigo géant, les toilettes et le bidet. J’ai un bidet et le fait de comprendre l’utilité de ce bidet m’a donné envie de le condamner. Tout est parfait (à part le bidet). Sauf que la nuit blanche film d’Air France se fait sentir. Dodo à 10H. Je me réveille comme une fleur à 22H. Vu l’heure qu’il est je préfère me recoucher…

Nantes-Paris-Buenos Aires


            Faire du ciel, le plus bel endroit de la terre c’était marqué sur les billets. Comme quoi les hôtesses ont beau être mignonnes, ça ne les empêche pas de mentir. Si on en croit Air France, le plus bel endroit de la terre c’est donc un immense nuage blanc et opaque. Enfin un nuage si on arrive à le voir parce que la folle qui marmonnait en espagnol à côté de moi en me lançant des regards louches était fermement déterminée à le fermer ce hublot pour le rouvrir à heures précises pendant cinq minutes et le refermer aussi sec au cas où le ciel se dégagerait ce serait dommage…

            De toute façon, je sentais une hostilité d’Air France depuis le début de ce voyage pour Buenos Aires, BA pour les branchés ou pour ceux qui croient au paradis. Dès l’aéroport de Nantes, j’ai senti l’entourloupe… “Monsieur vous allez pouvoir vous enregistrer vous-même grâce à cette machine” me dit une charmante jeune femme estampillée Air France. Soit. Je m’enregistre moi-même étrange mais acceptable. Donc forcément la machine me parle en français et m’écris la question au cas où je suis sourd. Mais l’hôtesse potiche à côté de la machine me répète la question comme si j’étais débile avant de me souffler la réponse au cas où je ne trouverais pas. Ce qui donne à peu près ceci :
Machine : « Êtes-vous bien Clément DOUET ? » puis elle me l’écrit
Hôtesse : « Donc là elle vous demande si vous êtes bien Clément Douet… Vous devriez donc appuyez sur… (Pause de 1 seconde) OUI. Allez-y c’est tactile, il faut appuyer sur l’écran »

            Mais Air France ne s’est pas arrêté là… Les hôtesses ont réussi à monter l’ensemble de la file d’attente pour l’embarquement contre moi. Toute la file me regardait avec un regard amusé faire mes 100 pas habituels dans le terminal 2E de Charles de Gaulle. Certes, j’avais ramené des toilettes par mégarde une immense bande de PQ que je trainais sous la chaussure sans m’en rendre compte. Mais ce n’est pas une raison pour être aussi vilain…

            Bien décidé à pourrir mon voyage, Air France avait prévenu le commandant de bord de mon arrivée ainsi que la chef des hôtesses. Prétextant un problème de films, ils m’ont mis en boucle le début de Madagascar 2 pour “réinitialiser le système”. Pire, ils stoppent la vidéo pour mieux se faire entendre. Du coup, pile au moment tragique où Chad invite enfin Taylor au bal de promo dans High School Musical 3 vers 4-5 heures du matin, l’ensemble de l’équipage juge bon de m’annoncer en 28 langues différentes qu’il est interdit de fumer dans les toilettes. Une tour de Babel qui réveille ma voisine préférée laquelle reprend son marmonnage en rouvrant le hublot pour cinq minutes chrono…

            Le problème d’un voyage qui dure longtemps, c’est le rapport à la vessie. Surtout que vu le prix du billet, la vessie est perpétuellement nourri de coca, bières et boissons en tout genre servis à volonté. Bonne nouvelle, il existe des toilettes dans cet avion. Mauvaise nouvelle, il est 3H du matin et j’ai à ma gauche, la folle profondément endormie, à ma droite et donc l’accès au couloir, une montagne qui ronfle et qui a l’air menaçante même en plein sommeil. Je choisis donc l’option la plus raisonnable : regarder Le monde de Nemo pour oublier son envie pressante. Bon pas de chance, il y a beaucoup d’eau dans ce film, ce qui rappelle à ma vessie ses besoins naturels. Mon périnée n’aura jamais été aussi musclé qu’à l’arrivée à l’aéroport international de Buenos Aires.

            Il fait 2° à 8h du matin.