dimanche 28 juin 2009

Enrique le taxi


            Ayant fraichement récupéré mes 41 kilos de bagages, débarrassé de mes voisins de voyages, je décide de me vider la vessie avant de faire tamponner mon passeport. Ne trouvant pas les toilettes, je décide de faire mon baptême d’espagnol auprès d’un agent de sécurité. Croyez-le ou non, « Hola, quiero ir a los toiletos » veut vraisemblablement dire en espagnol « pouvez-vous m’indiquer la douane la plus proche ? » vu qu’interloqué, le jeune homme me poussa délicatement vers les tamponneurs de passeport. Une fois sortie, je trouve finalement les “servicios”, puisque les toilettes se disent ainsi me laissant dubitatif quant à ma capacité à exprimer à mes futurs collaborateurs que je veux leur rendre service sans qu’il m’emmène inévitablement aux toilettes. Tel ne fut pas ma surprise lorsque je rencontre à ma sortie un homme chevelu et bronzé vraisemblablement chirurgien au vue du masque sanitaire blanc qu’il porte sur le visage, brandissant un panneau « Clément DOUET ». Je me place à côté de lui mais celui-ci cherchant toujours un Clément Douet dans l’assistance, me laisse fièrement exprimer mes premiers mots espagnols syntaxiquement corrects : « Yo soy Clément Douet ». Comme quoi il ne fallait pas rater le premier cours d’espagnol de 4e.

            Chose étrange, l’aéroport de Buenos Aires est bondé de chirurgiens. En effet, la moitié des gens se balade l’œil méfiant avec un masque sur le visage. Je ne vois pourtant pas de malades mais beaucoup d’avis sanitaire sur une grippe A. Mon chirurgien au panneau avait la particularité d’être aussi taxi driver et de s’appeler Enrique. Une fois son masque enlevé, il me porta mes valises et m’emmena loin de cette aéroport-clinique où règne la psychose. Enrique se révèle très sympa mais très expressif en terme de postillons et de toussotements ce qui me rappelle légèrement qu’une épidémie mondiale est susceptible de faire son apparition à tous moments surtout dans les pays en plein hiver.

            Je comprends vite (au bout d’1/4 d’heure) que les terrains de football qu’il m’a montré à la sortie de l’aéroport sont les terrains d’entraînement de la sélection argentine. Manque de pot, nous sommes déjà en ville quand je veux les regarder de manière plus approfondie. Je lance néanmoins fièrement un tonitruant « Diego Maradona » avec l’accent local. Enrique me fait un « Si, si » gentil. Encouragé par tant d’amour, je poursuis sur le foot, en lui parlant de Nestor Fabbri qui jouait au FC Nantes. Sans succès même en insistant plusieurs fois avec “El preeesidentttte Nestor Fabbri”.

            Enrique n’a pas l’air mécontent de me laisser devant mon immeuble et devant ma pétillante DRH qui m’attend devant. Elle m’accueille avec une « poignée de bisou argentine », concept très développé pour tout non initié. Il s’agit d’initier une poignée de main puis de tirer très fort sur cette main afin d’amener le visage de l’autre au sien pour lui déposer un bisou sur la joue. Mais ce n’est pas une bise comme j’ai pu le comprendre. Une fois le premier bisou réceptionné, j’ai en effet voulu continuer sur ma lancée en lui faisant une traditionnelle bise à la française. Je l’ai donc fait au vide vu que son visage s’est retiré se demandant si j’allais réussir à contrôler mes pulsions de bisous. Elle me présente rapidement la concierge à qui je fais le coup de la « poignée de bisous » sauf que je rate l’étape où il faut tirer fort sur la main vu que pesant 90 kilos, c’est elle qui a réussi à attirer ma joue contre sa bouche. Ce n’est que partie remise…

            Andrea, ma DRH, me fait découvrir l’appartement gigantesque, le câble, Internet, le bar, le frigo géant, les toilettes et le bidet. J’ai un bidet et le fait de comprendre l’utilité de ce bidet m’a donné envie de le condamner. Tout est parfait (à part le bidet). Sauf que la nuit blanche film d’Air France se fait sentir. Dodo à 10H. Je me réveille comme une fleur à 22H. Vu l’heure qu’il est je préfère me recoucher…

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