mercredi 30 septembre 2009

Le Yin et le Yang

« L'équilibre est à mi-chemin entre les deux extrêmes. » Bernard Weber

            Tout est une question d’équilibre. Le bien et le mal. Le beau et le laid. La vie et la mort. Les coloscopies préventives et les coloscopies thérapeutiques…

            Le Chili n’échappe pas à la règle. Il est en permanence baigné parmi deux extrêmes.

            Pauvreté et richesse déjà. 20% des gens vivent sous le seuil de pauvreté mais tout le monde est millionnaire. C’est étonnant. Du coup forcément on sort très rapidement les liasses de 10 000, 20 000, 100 000 pesos pour se payer un taxi… Le Qui veut gagner des millions ? local doit sans doute permettre de s’acheter un pin’s Jean-Pierre Foucault. Certes le fait qu’un euro vaille 800 pesos chiliens change la donne mais tout de même. Il s’agirait de grandir…il s’agirait de grandir…


            Equilibre environnemental aussi. Santiago encerclée par les Andes excessivement magnifiques est également recouvert d’un smog excessivement dégeu. A côté, Grenoble passe pour le paradis des écolos, un plateau du larzac urbain en quelque sorte. Ville la plus polluée d’Amérique du sud après notre chère Buenos, ça se mérite. Double ration de pots d’échappement pour tout le monde…il ne faudrait pas que la ville soit trop belle tout de même.


            Santiago est paisible. Très paisible. L'espagnol chilien est une des langues les plus faciles du monde. Il n’y a qu’un mot : tranquilo. A dire tout le temps en toutes circonstances en variant le ton et les accentuations. Les rues sont vides, les bars tout autant mais on peut toujours s’y faire recaler parce qu’ils sont "complets". Les places publiques sont faites pour se reposer avec des bancs dans tous les sens, les nuits paraissent être faites pour dormir… Pour rééquilibrer ce trop plein d’apathie, les chiliens s’organisent des activités qui les boostent. Tous les jours à 10h30, l’armée montre l’exemple. On les fait défiler dans tous les sens en jouant des musiques populaires qui ressemblent parfois au petit bonhomme en mousse version militaire. La parade de Mickey mais en plus sérieux. Ca met tout le monde de bonne humeur de sortir un peu de cette mollesse latente.

            Ensuite certains résistent à l’inertie générale en motivant leurs compatriotes. Ces agités du bocal aiment à venir en douce sur la place aux bancs puis crier des prières à gorges déployées. D’un coup les loques se transforment en une armée du seigneur et se jettent sur leurs chapelets, crucifix et autres babioles divines. Imparable dans ce pays aux 95% de catholiques. Du coup ils profitent du credo à fond pour faire bouger les masses. « Venez participez à l’exorcisme de Maria, venez convertir le chaland en pleine rue… ». Grands succès. Tout comme la sortie de la Vierge Marie de l’église (échelle 5/1) le dimanche où son char sort sous les standings ovations des écoliers représentant les couleurs de leur école. Dieu a travaillé toute la semaine et se reposa le dimanche, le chilien se repose la semaine et se motive le dimanche.


            Enfin il faut également que les forces se compensent pour le chilien en tant qu’homme. On ne peut pas être à ce point calme et croyant sans sortir du droit chemin de temps à autre. Tout le monde a son pêché mignon. Pour le/la chilien(ne) c’est la luxure… Ca sort de lui/elle comme s’il ne pouvait s’en empêcher. Que ce soit les deux filles qui nous draguaient ouvertement au milieu du marché aux poissons de Valparaiso à grand renforts d’œillades et de requêtes formulées à l’entremetteur qui faisait également office de serveur dans le resto du marché. Certes agréable au début, certes inhabituel mais finalement fatiguant. Que ce soit le taxi à qui nous avons demandé un endroit où sortir : il nous a immédiatement tendu un prospectus avec des dames qui donnaient leur jolis corps, qui donnaient leur vertu contre une pièce en or ou quelques billets verts. Je me disais que ça venaient du regard salace d’Amaury mais non c’est bien du fait du chilien : entre autres joyeusetés de la vie santiaguina, il existe des « cafes con piernas » et des « cafe oscuro ». Le premier a la particularité d’avoir des serveuses en micro-jupes (plus court qu’une mini jupe courte). Le second a la particularité d’avoir les mêmes serveuses mais souffrant d’amnésie : elles oublient leur micro-jupes au vestiaire. Lulu la locale de l'étape car en stage à Santiago nous a assuré : "oh mais non tout le monde y va" en spectatrice habituée. De toute façon c’est culturel, Pablo Neruda fut le plus grand poète d’Amérique latine du XXe siècle et peut-être même de l’Histoire. Ca ne l’empêchait pas d'avoir son bureau en haut de sa maison de Valparaiso juste pour pouvoir observer une voisine alentour qui aimait prendre des bains de soleil, nue…

            Le tout est d’être équilibré. Ca peut faire des miracles : Smog+Andes ça peut aussi donner ça...


Tout est une question d’équilibre...

mercredi 23 septembre 2009

Too Fast, Too Furious

            Buenos Aires est incroyablement grande, deux fois Paris, 4 fois Nantes pour vous donner un ordre d’idée. Le métro doit avoir le niveau de développement de celui de Louhans-Cuiseaux ou de La Chapelle-Basse-mer : c’est vrai que 5 lignes pour 14 millions d’habitants, ca donne à peu près ça (excepté le fait que les gens ne sont pas chinois) :



            Une seule so-lu-tion : l’autobusi-sa-tion. Appelé ici le colectivo. Le colectivo chaque matin c’est comme un grande aventure quotidienne. Mieux que le café ou la douche, c’est lui qui a vraiment le pouvoir de te réveiller, de mettre tes sens en éveil. C’est également lui qui condense ton humeur du jour. Oubliez l’histoire de se lever du pied gauche ou droit, fêtez plutôt le fait d’en avoir des pieds car vous risquez de vous en servir dans la prochaine demi-heure…

            Des lignes ici il y en a 180. Les bus vont dans tous les sens, sont de toutes les formes, toutes les couleurs et de toutes les compagnies. Par contre en terme d’indications sur leur trajet, c’est pas forcément les meilleurs. Pas de plans du réseau mais des pubs format géant dans les rares arrêts dignes de ce nom. Alors voir une fille à poil qui vend un téléphone dès le matin, c’est sympa mais ça ne t’avance pas vraiment sur ton trajet du jour… L’aventure commence alors…



Chapitre 1 : A la recherche de l’arrêt perdu


            Pour se repérer dans Buenos Aires, c’est une question soit de foi, soit d’argent.

            De foi d’abord. Grâce à la magie d’internet, il existe un site : comoviajo.com. Il est censé t’indiquer ton trajet entre ton lieu de départ et ton lieu d’arrivée. Magique. Mais il faut y croire. Il arrive souvent que la machine montre ses faiblesses. Et croyez-moi c’est vite arrivé de se retrouver sur une sorte d’autoroute à 2x20 voies en voulant aller au travail. Il y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes.

            Si on ne fait pas confiance aux machines, il existe aussi un guide. LE guide : le Guia-T. Il récence toutes les lignes existantes dans la capitale. Cependant il ne donne pas les trajets des lignes. Ce serait trop simple. L’argentin à l’âme joueur. Le Guide découpe donc la ville en grands carrés et te donne l’indication suivante : le bus 165 passe dans ce carré. Après dans quelle rue ? Amuses-toi à chercher. C’est là qu’intervient la question de l’argent : plus le guide coûte cher, plus il y a de carrés. Plus il y a de carrés, moins il y a de rues dans le carré. Moins il y a de rues dans le carré, plus il y a de chances de trouver l’arrêt du bus.


            Dans tous les cas, l’avantage est que c’est toujours une victoire de trouver l’arrêt. La fin d’une quête semée d’embûches. Pas besoin de Graal ou de calice, un simple autocollant sur un panneau (oui c’est un arrêt de bus) te met de bonne humeur pour la journée : tu as vaincu l’adversité de la ville.




CHAPITRE 2 : Le bonheur ne se trouve pas en lingots, mais en petite monnaie


            Arrivé devant l’arrêt chèrement obtenu, tu te rends compte que tu n’as pas de piécettes. Or, le colectivo ne se prend pas sans piécettes à mettre dans la machine à tickets d’avant-guerre qui mange tes pièces en faisant des bruits bizarres. Tout serait parfait si à cause de l’inflation permanente, les pièces n’avaient pas plus de valeur par le métal qui les compose que par leur valeur fiduciaire en elle-même. Du coup beaucoup de ces pièces reviennent à leur état premier : fondus pour revendre le métal ensuite. Et une pièce fondue ne permet pas de prendre le bus bizarrement.

            Là deux options sont possibles. Sur le long terme, si vous avez réussi à nouer des liens cordiaux avec votre tissu commerçant en bas de chez vous, ils vous font de la monnaie sans trop sourciller. Mais il faut quand même être un client régulier comme Amaury et sa boulangère. Sinon il faut se résoudre à acheter des paquets et des paquets de chewing-gum pour obtenir un peu de monnaie. L’autre solution est de mendier 10 ou 20 centimes de pesos.


            Retour à l’arrêt. Et là chose incroyable : les gens font la queue. En Argentine. Les mêmes qui arrivent avec deux heures de retard au travail avec le sourire se regroupent dans une ligne droite militaire. Et y a pas intérêt à dépasser. Tout est bien cadré jusqu’à temps que le bus arrive. Le bus n’arrive jamais seul : toujours 3 ou 4 à la fois de différentes ou de la même ligne. D’un coup la belle ligne bien rangée devient une foire d’empoignes où tout le monde veut faire en sorte d’attirer l’attention de son bus généralement assez avare en arrêts. Tous les moyens sont bons : bras, pieds, parapluies, jet de pierres, de portefeuilles, de bébés… Mais surtout pas sa menue monnaie…


Chapitre 3 : Le Grand Prix de Buenos Aires


            Le Grand Prix de Buenos Aires est comme celui de Monaco. L’un des seuls à se dérouler en pleine ville plutôt que sur un circuit. A la différence près que le grand prix de Buenos Aires a lieu tous les jours, qu’il n’est pas limité qu’aux Formules 1 et que les commissaires de courses (les policiers) participent également. Pour le reste rien de bien différent : des voitures ou des bus avec des numéros, des communications radios, de la vitesse, des accidents et du stress beaucoup de stress…

            Des innovations ont été mises en place pour garantir un minimum de spectacle. On remercie au passage la Fédération Internationale d’Automobile qui a permis tout cela.

            Tout d’abord, il est dorénavant permis de décorer son véhicule. Beaucoup l’ont compris. Notamment les pilotes de la ligne 59 dont beaucoup ont transformé leur véhicule en boîte de nuit : néon bleu et rouge ainsi que musique d’ambiance techno dépassant légèrement la barre des 130 décibels…

            Ensuite le revêtement choisi pour la route est tout simplement révolutionnaire. D’un haut point de vue technologique, il est perforé de petits trous sans doute pour améliorer l’adhérence. L’effet est impressionnant pour les pilotes et leurs passagers qui vivent la sensation d’apesanteur pendant une demi-seconde.



            La queue de poisson a été élevée au rang de norme. C’est même un art national. Les bus arrivent à passer dans n’importe quelle rue et ce à pleine vitesse grâce au système de la queue de poisson. Cependant tout colectivo est équipé de deux klaxons pour assurer la sécurité des participants car aucune vraie queue de poisson ne se fait sans klaxons. Le premier sert donc à manifester sa queue de poisson soit pour avertir le poissoné, soit pour montrer qu’on est fier de soi. Le second qui a plus le bruit d’un sifflet permet de saluer ces amis ou de donner un peu l’humeur du bus.

            Enfin dernière mesure et pas des moindres : la note artistique. Les chauffeurs y portent grande attention. L’idée est de faire réaliser aux passagers qui ne sont pas assis des figures acrobatiques par la simple force de la pédale de frein. Ca peut aller du simple pas de deux au triple axel. Le chauffeur du bus de ce matin a par exemple pris un 5.5/5.6/5.9/5.9/5.9/5.8 pour avoir embouti une vieille contre la machine à sous lorsqu’elle essayait de la remplir pour prendre son ticket.



CHAPITRE 4 : Plus rude sera la chute


            A un moment il faut bien descendre du bus. Mais les chauffeurs estiment tous qu’un bus c’est fait pour rouler, pas pour s’arrêter. Du coup, quand on veut sortir il faut se préparer deux trois arrêts à l’avant. Appuyer sur le bouton qui demande au chauffeur de s’arrêter. Ne pas faire attention au cas où il râle. Et lorsque la porte ouvre, attendre qu’il ralentisse jusqu’à une vitesse de 4-5 km/h (mais ne pas trop attendre parce que sinon il repart) et SAUTEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEER…

mardi 22 septembre 2009

La liste

Un peu de douceur dans ce monde de brutes

Quitter Buenos Aires
Pour aller voir mon beau-père
S’taper cinq heures de car
Après deux heures dans la gare
Bouffer des gâteaux
Avec des verres d’eau
Et retrouver Francisco

Jou-er aux marlous
En roulant dans la boue
A 200 à l’heure
Sans craintes, ni peurs
Dans son pick-up de bourrin
Un peu en mode châtelain
En passant devant les bovins

Défoncer des oiseaux
Faire le malin sur les chevaux
Avec nos boinas
Et nos fusils de com-bat
On a fait ce qu’il y a de mieux à faire
Et ça peut paraître extraordinaire
Mais c'est la liste des choses que je peux faire au campo

Voir Laura se vautrer
Et avoir les fesses mortifiées
Béné terrifiée
Qui l’a enfin moulée
Derrière le varón
Lui, tout plein d’émoción
Ca devait bouger dans le caleçón

Danser avec des vieilles
Des jeunes, des mongoliennes
Boire un 30e apéro
Et manger toujours trop
Parler mal espagnol
A mesure de l’alcool
Et passer pour des guignols

Défoncer des oiseaux
Faire le malin sur les chevaux
Avec nos boinas
Et nos fusils de com-bat
On a fait ce qu’il y a de mieux à faire
Et ça peut paraître extraordinaire
Mais c'est la liste des choses que je peux faire au campo

ha ha
ha ya
ha ya
ha ha

Je sais j’l’ai pas mérité
En plus je fais style d’être trop blasé
De toutes ces choses que j’ai pu faire au campo

Chasser en voiture
Sans salir nos chaussures
Tirer au fusil
Sur tous les volatiles
Envoyer Tico
Pieds nus dans une flaque d’eau
Et le prendre en photo

Avoir un peu de spleen
De quitter nos carabines
Se dire qu’on va revenir
Qu’on a pas envie de partir
Se dire qu'on est heureux
Emmerder les envieux
Merci Tico, mon vieux

dimanche 13 septembre 2009

Allo Maman Bobo

NB : Pour raisons de secret médical les noms des médecins, des patients et des hôpitaux ont été modifiés ou francisés.

            Revenons au travail car oui ici je ne suis pas en vacances. Je suis mandaté par Fresenius Kabi, leader des produits pharmaceutiques mondiaux, pour développer le secteur endoscopique. Un des postes les plus importants de l’entreprise j’imagine. Vendredi pour le boulot, je suis donc allé visiter l’hôpital Saint Martin à La Plata. La Plata c’est la capitale de la province de Buenos Aires. Une ville construite de toute pièce après la guerre civile ce qui donne une disposition de ville très plaisante : 42 rues horizontales contre 42 rues verticales toutes aux noms les plus charmants les unes que les autres (Rue n°1, Rue n°2, Rue n°3…).


            C’est donc cet hôpital qui a été choisi car c’est le plus grand des hôpitaux gratuits d’Argentine. La Plata se trouve sur la route de Lanùs, fier fief du jeune Maradona qui naquit ici dans les années 1960. Mais je ne me suis pas arrêté, car l’endoscopie dans Lanùs est assez peu développée…

            J’ai déjà visité deux hôpitaux à Buenos Aires, c’était le paradis des maniaques stérilisateurs : avec un tel degré de propreté, se prendre une caméra dans la bouche qui serait antérieurement passée par les sens interdits et le tube digestif qui les prolonge devient un plaisir. A l’hôpital Saint-Martin, c’était différent. En comparaison, les mouroirs indiens de Mère Térésa sont modernes et tenus par des obsédés de la propreté.

            J’étais vraiment étonné par l’état de délabrement de l’hôpital. Peintures qui ne sont plus défraichies mais déchirées comme les murs. Des traces louches de substances inconnues leurs donnent d’ailleurs de la couleur. Les files d’attente sont immobiles et infinies. Le seul avantage c’est que quand tu es en bout de file, tu arrives dehors devant le vendeur de choripans et autres Burgers en tout genre. L’ascenseur n’est pas cassé et c’est ça qui fait peur parce que tu préfèrerais qu’on te dise qu’il est cassé vu qu’il ne descend pas, il chute, fait des paliers de décompression et rechute. C’est triste à dire mais c’est vraiment l’hôpital du Tiers-Monde alors que je venais de passer devant la clinique de la ville (elle payante) qui devait fêter son premier anniversaire à tout casser. La santé en Argentine ou comment prendre le système de santé américain qui a fait ses preuves de son non fonctionnement. Sois riche ou crèves à Saint-Martin…


            Notre respo gastroentérologo n’arrivant pas, nous avons pu errer dans l’hôpital et prendre toute la mesure de l'expression « Pays En Développement ». S’en suivent des échanges musclés sur les pratiques locales dans le secteur de requin qu’est le monde de l’endoscopie (hum,hum) avec le Dr Otain. Et là surprise il m’explique qu’ils font eux-mêmes les anesthésies. Non pas que la loi soit différente ici (il faut être anesthésiste payé très cher pour anesthésier), mais –je cite – “On s’en fout on sait le faire”. Clair. Net. Précis. Imparable.

            Vu mon étonnement, le Dr Otain me propose de me faire visiter son zoo, oui car pour lui c’est bien d’un zoo qu’il s’agit. L’homme parle en têtes pour les bestiaux qui passent quotidiennement entre ses mains ou celles de son service : « Donc on fait environ 30 à 35 têtes par jour, plus de 1000 par mois ». Tout cela en ouvrant les cages de ses patients sans ménagement : les salles de réveil sont des boxes glauques et froids. Il me présente, enfin non, il me montre ses plus belles pièces : un vieil ours en fin de vie qui sort à peine de son sommeil opératoire, une jeune biche qui tremble de peur dans la salle d’attente (enfin plutôt le hall d’attente), une taupe rabougrie qu’on prépare à ce qu’elle pense être l’abattoir vu son visage… On passe donc du coq à l’âne bien évidemment sans aucun respect du secret médical ou demande préalable aux intéressés pour savoir si ça les dérange qu’on vienne les observer dans leur sommeil. Cachi, le directeur des achats qui m'accompagne me paraît tendu et outré : un lion en cage mais il se tient, il n’explose pas… Nous arrivons finalement sur une grosse baleine pour voir l’opération qu'est l'endoscopie en entier toujours sans lui demander son avis. De toute façon dans le box d’opération c’est une sorte d’agora grecque, on y vient se dire bonjour, discuter de la pluie, du beau temps, du match de la veille…

            On me présente rapidement les membres opérants. Surtout l’endoscopiste, M. Bourrin. Je comprends vite où est passé tout le budget 2008-2009 de l’hôpital vu la modernité de l’endoscope et de son moniteur de contrôle. Entre deux poignées de main, Mr Bourrin injecte un flacon entier d’un anesthésique censé être injecté en continu normalement mais il n’a pas l’air plus préoccupé que ça de sa dose de cheval. Il s’approche ensuite doucement de l’oreille de la baleine pour lui hurler littéralement un « hey, ho, tu dors » puis de me confirmer « c’est bon elle dort ». On assiste ensuite à un changement d’humeur du bonhomme. Une sorte de démence cruelle semble s’afficher sur son visage au moment où il se saisit de l’endoscope pour l’enfoncer violemment dans la bouche de la baleine qui ne bronche pas. Logique me direz-vous. Quand ça bloque, Mr Bourrin donne un gros coup pour forcer. Jack L’éventreur passe à côté pour un artiste du scalpel.

L'objet du délit : 3 mètres de pur bonheur

            Et là la magie opère. On assiste à l’écran à un voyage incroyable. Le Futuroscope a trouvé sa future animation : Voyage au centre de mon ventre. Une sorte de montagnes russes à travers la gorge, les parois gastriques avec escale à côté des amygdales avant d’arriver au sacro-saint kyste sans doute à l’estomac. Une fois le kyste mesuré, on assiste à un jeu de la corde entre Mr Bourrin et l’estomac lorsque Mr Bourrin retire l’endoscope de toutes ses forces sous les yeux bienveillants de Mr Otain. Mr Bourrin a gagné.

            J’aimerais vous dire pour finir que Mr Bourrin a gentiment réveillé la baleine avec un bisou sur la joue pour la beauté de l'histoire. Pour dire que tout est bien qui finit bien. Mais non. Il lui a collé une baffe en criant « Madame, madame c’est fini » puis de murmurer un léger « au suivant » à lui-même. Bilan : un spectacle vivant où plus de 15 personnes sont intervenues. On remercie les artistes, le Dr Otain et on s’enfuit vers la parilla la plus proche. C’est vrai que ça met en appétit un kyste dans un corps.

Un exemple du kyste que j'ai vu dans la baleine

            On conclura sur la phrase de Cachi qui est à peu près l’homme le plus généreux ici (humanitaire avec les enfants de son ex-hôpital le dimanche après ses 45h hebdomadaires n'est que l'une de ses facettes) à propos du Dr Otain qui traite ses patients comme de la merde : “Que hi-jo de pu-ta. Pero que HIJO DE PUTA”…

mardi 8 septembre 2009

No pasa nada !

            Comme je l’ai maintes fois répété, l’argentin est fan de foot. Comme une drogue en fait.

            D’abord, l’argentin vit sous perfusion de matchs s’il a les ressources pour s’acheter le cable. Directement on voit les différences sociales qui se manifestent. C’est comme partout. Tout le monde ne peut pas s’acheter de la cocaïne certains doivent se contenter de sniffer de la colle. Donc la jeunesse dorée se shoot avec la chaîne du foot qui passe des matchs en continu. Quoi de mieux qu’un Serbie-Ukraine 1997 éliminatoires de la coupe du monde 1998 pour se mettre en jambes avant un Paraguay-Moldavie juniors ? Les autres se résignent à sniffer, amorphe, un récapitulatif de tous les buts de la journée du week-end de tous les championnats du monde.

            Le pire dans cette affaire, c’est que tout est dépénalisé. Tolérance zéro certes mais pour celui qui ne consomme pas. J’en ai fait l’amère expérience. Recalé du football hebdomadaire avec mon entreprise pour cause de pieds carrés. Pauvres hommes. Bannir le seul abstinent du groupe pour se cacher leur triste vérité. J’ai bien essayé de les raisonner en leur expliquant avec le sourire que c’est pas grave de perdre, que oui j’ai raté 10 buts tout faits en moins d’une heure de jeu mais est-ce que vous vous sentez pas mieux de décrocher un peu ? Rien n’y fit. Prière de revenir quand tu seras comme nous, complètement défoncé au foot.


Sniffer un ballon ou le summum de l'addiction

            Dépénalisé totalement. Pire, l’Etat est complice. Du pur populisme. Même Chavez n’en fait pas autant. Toute heureuse de conserver sa population toxicomane pour sauver sa peau un mois de plus, Kirshner s’est faite le dealer universel dans une envolée lyrique jamais vu ici depuis Jésus. Fatiguée de voir que la meilleure came allait aux plus riches, elle a fait sombrer un peu plus son peuple dans la dépendance en nationalisant les droits du foot depuis le 25 août. « On te séquestre les buts, jusqu’au dimanche soir, comme on te séquestre les mots ou les images. Comme on te séquestre 30 000 argentins. Je ne veux plus une société de séquestration. Ni de personnes, ni de mots, ni d’images, ni d’idées. Je veux une société chaque jour plus libre. C’est un jour historique ». Comparer les droits du foot aux massacres sous la dictature, c’est osé mais ça a marché.

Voici une explication plus en détail

            Alors oui les effets sur l’organisme ne sont pas beaux à voir. Samedi c’était le clasico Brésil-Argentine. Des armées de zombies en quête du nirvana : la qualification au mondial 2010. On fait ce qu’on veut de l’argentin toxico. On l’habille comme on veut. Par exemple, au stade de Rosario il était interdit de venir au stade avec un maillot de club. Uniquement un maillot de la seleccion. De vrais légumes. A chaque but du Brésil, les zombies s’animaient, se levaient péniblement et chantaient un lugubre “No pasa nada » (« il ne s’est rien passé »). Le déni, une étape avancée dans la dépendance.

            A l'échelle individuelle c'est encore pire... Voici l’exemple de Maradona qui consomme depuis le plus jeune âge et qui n’arrive pas à s’arrêter (il est aujourd’hui sélectionneur du pays).

Le voici jeune.



Le voici maintenant



Et enfin les prévisions dans 10 ans.


Sale histoire, cette affaire. Mais bon j’avoue que j’ai commencé avec une drogue douce. Tout le monde n’a pas accès en permanence à la télévision. J’ai donc acheté chez mon dealer le plus proche une dose standard en livre spécial qui permet de revivre les meilleurs buts de la sélection. Voici comment ça se consomme.

            Une question reste en suspens : a qui profite le crime ?

lundi 7 septembre 2009

Top 5 des métiers les plus étonnants

NB : Non je ne suis pas immoral. Je n’aime pas le lyrisme des bien-pensants.

Buenos Aires veut donner l’apparence d’une grande et riche mégalopole of the world. Mais très rapidement on se rencontre que la pauvreté la ronge. Signe principal : les “cartoneros“. Ces gens arpentent tristement la ville à la recherche du moindre carton ou restes de repas pour le recycler et peut-être nourrir leur famille. C’est vrai que ça fait mal au cœur et que c’est pas glamour.



Ces moments te rappellent que la misère est partout et que Mère Térésa et l’abbé Pierre devraient être élevés au rang de saints. Imaginez cette pauvre fille, huit ans, déscolarisée, obligée de ronger des os trouvés dans les poubelles pour survivre, sans chaussures, sans cahiers, sans rien. Que le ciel et ses larmes pour le remplir. La vie n’est pas la même pour tout le monde et ça me révolte de voir des choses comme ça. Pourquoi suis-je riche et elle si pauvre ? Pauvreté je te hais. Misère je t’exècre. Ne serait-ce pas plus simple de supprimer la pauvreté dans le monde ? Que tout le monde arrête la guerre et que l’on vive dans la paix éternelle ?

Ca me donne envie d’écrire des poèmes…

Misère tu n’es qu’une misère
Pauvreté, c’est plutôt toi qui est pauvre
Quand je vous vois mon cœur est un désert
Et j’aimerais bien que vous deveniez pauvres.


…Bon ok, c’est triste je vous l’accorde. Mais l’avantage de Buenos Aires c’est qu’ils font en sorte que les gens trouvent un boulot plus ou moins légalement existant. Ce qui nous amène au top 5 des métiers les plus étonnants. Wouhouuuuuuuuuuuuuuuu !







N°5………………………


Le montreur de distributeur à gel alcoolisé

Montreur de distributeur à gel alcoolisé est un travail temporaire. En effet, il ne travaille que très périodiquement : lorsque le distributeur est cassé. Il travaille donc 4 jours par semaine à la station Orellos ou Congreso de Tucuman (stations de métro pour riches)… Sa mission est très simple. Aussi habile que l’hôtesse Air France de l’aéroport de Nantes (cf Nantes-Paris-Buenos Aires), l’essentiel de sa tâche est de faire fuir le badaud qui s’approcherait trop près du distributeur cassé. Le montreur prend alors l’air grave de ceux qui savent presque tout et annonce un guttural “està roto”.




N°4 ……………………


L’ouvre-porte

L’ouvre-porte est un vrai renard. Il se cache près des taxis, réussit à devenir invisible, met ne place des techniques de camouflage incroyable pour que le quidam ne se doute de rien. Au moment où le pékin moyen s’approche du taxi, l’ouvre-porte surgit de nulle part, s’agrippe à ton sac et te fait rentrer dans le taxi à grand renfort de courbettes. Tu ne peux qu’abdiquer devant tant de génie et lui donner son dû : tout travail mérite salaire (surtout qu’il arrive que le taxi ne démarre pas avant). Avec un peu d’entraînement voici la technique :



1) ouvrir la porte de la voiture 6
2) Courir jusqu’à la voiture 1 et demander au chauffeur de klaxonner
3) Ramper entre les voitures 3 et 4
4) Refermer la portière de la voiture 6
5) S’engouffrer dans la 2 et crier très fort pour que le taxi décolle vite. Un jeu d’enfant.



N°3………………………


Le coupeur de PQ

Le coupeur de PQ est le parfait « Dame Pipi ». En plus de laver les toilettes, conseiller les clients et gérer la file d’attente de main de maître, le coupeur de PQ propose à ses clients contre menue monnaie un assortiment de trois petites feuilles roses préalablement coupé par ses soins puis repliées et ordonnées militairement sur sa table de travail pour donner un air coloré et jovial au sacro-saint lieu d’aisance.

NB : On reconnaît la richesse d’un lieu et de son coupeur par le nombre de feuilles de papier qu’il propose dans son pack client

A voir au marché de San Telmo



N°2………………………


Le garde-rien

Enfermé dans sa cabine toute la journée, le garde-rien gagne son pain quotidien en gardant avec attention rien. Pas aussi chanceux que ses collègues qui peuvent garder le hall d’entrée d’une entreprise, d’un immeuble ou même d’un coiffeur, le garde-rien est en charge d’un trottoir quasiment sans passage. Il bénéficie cependant d’une culture automobile sans pareil grâce aux voitures qu’il voit passer devant sa cabine au quotidien et a généralement fini 29 fois Supermarioland sur Gameboy : il faut bien s’occuper…

L'habitacle du garde-rien



N°1………………………


Le gareur au foulard

Le gareur au foulard donne une touche artistique à son travail grâce à son accessoire. Au-delà du simple gareur de voiture, le gareur au foulard propose aux conducteurs et aux badauds un ballet quotidien. Ces danseurs sont en représentation devant toutes les micro-places de parking des quartiers aisés de Buenos Aires et peuvent faire rentrer n’importe quelle voiture dans n’importe quelle place grâce à la magie qu’il dégage (également en défonçant complètement les pare-chocs des voitures de devant et de derrière mais ce n’est qu’un détail de l’histoire). Le conducteur soulagé ressort de la voiture époustouflé du spectacle.

(vidéo à venir mais mon appareil n'a plus de batterie)