lundi 31 août 2009

Don’t cry for me Argentina

            Samedi soir beaucoup de larmes ont coulé au Lunapark de Buenos Aires (qui n’est pas une foire géante mais une salle de concerts à la sono douteuse) où avait lieu le concours international de Tango. Comme tous les concours, trophées ou matchs internationaux, les français sont mauvais et les italiens en font des tonnes. Ca n’a pas manqué samedi soir…

            Une fois oublié la sono qui crachait un son digne de France Info sur la route des vacances, on se rend compte à quel point le tango et ce concours définissent l’argentin sous toutes ses coutures. L’orgueil, la tradition, l’accueil, les excès émotionnelles (larmes surtout), le respect aux anciens, la sensualité…

            Tout a commencé avec le défilé des 45 couples. Un couple de Tango c’est :
       - 2 paires de chaussures à talon
       - une robe incroyablement sexy à rendre hétéro Vincent McDoom
       - un costume et une cravate de mafiosi qui se déplace en marchant comme un cow-boy (très accentué si italien ou argentin, mois visible si japonais, oui oui un japonais qui fait du tango ça existe)
       - 4 sourcils froncés quand ils dansent
       - un numéro dans le dos de l’homme comme à la télé pour que le jury élimine le n°452
            Forcément il y avait les pouliches locales et nationales qui ont été très sollicitées mais le couple de Marseille avait ses deux fervents supporters. Les japonais ont été très applaudis mais je soupçonne que l’audience saluait plus la force qu’il faut pour surmonter son handicap d’être japonais quand on veut faire du tango…

            La suite en musique et en couleurs : le défilé des candidats au titre suprême de meilleur danseur de tango de salon du monde. Deux semaines qu’ils se battent pour accéder à cette finale parmi près de 500 couples du monde entier. Le ballet est très sensuel, tout en mouvement, à part pour les français qui semblent avoir quelques problèmes pour oser un peu de fantaisie dans leur gestes… Les hommes prennent un regard sérieux de Don Juan, les cavalières, celui de la femme conquise. Le plus impressionnant reste quand même la capacité des prétendants à ne pas s’entrechoquer durant l’épreuve.

            Mais leur show a vite été expédié par l’entre-show beaucoup plus intéressant.

            D’abord, du tango spectacle qui donne envie d’être argentin et bon danseur vu comment il fallait faire attention de ne pas se faire mouiller par la salive qui sortait de la bouche de toute personne de sexe féminin.



            Mais le clou du spectacle est l’invitation sur scène des danseurs de tango les plus connus des milongas de Buenos Aires. Une moyenne d’âge de 80 ans qui débarque sur scène tout endimanchée qu’elle était… Forcément, il y a eu des oublis. On ne peut pas inviter tout le monde sur scène. Tout le monde l’avait compris. Tout le monde, non. Un couple de porteños a résisté encore et toujours au bon vouloir du présentateur en s’invitant sur scène, jugeant insultant de ne pas avoir été invité. Scandale diplomatique au Lunapark. Pour éviter des représailles de tout le 3e âge, les autorités compétentes ont cédé au couple à la chemise mauve qui en a profité pour essayer de voler la vedette à la dizaine d’autres couples en donnant des coups de hanches plus importants au moment de passer sur l’écran géant.

            Tout s’est finit sur le clou du spectacle. Une chanteuse de tango qui revient sur la scène du Lunapark 40 ans après sa première apparition pour reprendre la même chanson devant un montage vidéo digne des plus grandes heures de la télévision des années 80 : un fondu vidéo entre le direct sur scène et les enregistrements datant de 40 ans. Saluons la performance de son chirurgien esthétique qui lui a permis de conserver le même visage en 40 ans d’existence. Son botox était tout émoustillé lorsque madame pleurait d'émotion à la fin de la chanson…

            La fin n’est qu’anecdotique : un couple d’heureux japonais en larmes va pouvoir se payer le retour à Tokyo grâce au 2500€ de prix destiné aux gagnants… L’italien, deuxième, a enflammé la salle par ses cris de joie, ses courses de bonheur et ses embrassades à toute volée. Une façon sans doute exagérée de recevoir une bouteille de vin et trois chocolats…

mercredi 26 août 2009

Le travail c'est la santé

Je tiens à remercier Dranck Fran Vaole, pour ses longues recherches sur la nature humaine du Bachelor en stage. Lui-même en stage à Dillon, USA, c’est lui qui a mis au point le guide suivant…



La tristesse de nos études est que nous sommes une bande de personnes dans une école de commerce dite de qualité. Nous voilà tous en stage pour six mois et cette année nous avons appris à :
• faire fonctionner Facebook
• faire fonctionner notre bouche
• faire fonctionner notre foie
• faire fonctionner un ballon de rugby même si ce n’est pas tous les jours évident
• faire fonctionner nos relations qui sont plus ou moins importantes selon les personnes de l’établissement

En gros, on ne sait rien faire d’utile pour notre entreprise mais ils sont gentils donc ils nous font croire qu’on l'est, utile. Du coup pour ne pas passer pour un glandeur vis-à-vis des collègues qui eux travaillent, il faut mettre au point une certaine hygiène de vie. Contraignante certes mais indispensable pour que l’entreprise entière te prenne pour le plus gros bosseur du coin. C’est le cas pour moi grâce à la chose principale que j’ai appris cette année : faire croire que tu es prêt en toute circonstance. Je suis devenu maître ici dans l’art de baratiner sur l’endoscopie, les différentes périodes en salle de réveil et les effets secondaires possibles tous plus sexy les uns que les autres (comme la remontée du contenu du gros intestin dans l’estomac) en présentant des powerpoint avec des animations à mes maîtres de stage épaté… C’est pourquoi je suis réellement utile à l’entreprise : les autres culpabilisent et augmentent donc leur productivité. Je ne suis donc pas stagiaire mais catalyseur de l’entreprise : un poste d’avenir mais forcément temporaire. On peut tromper 1 fois 1000 personnes mais on ne peut pas tromper 1000 fois 1000 personnes, heu non…

Les 10 commandements de l’hygiène de vie du Bachelor en stage :

1. S’habiller tous les jours (à part le vendredi) en costard même et surtout si les autres s’habillent normalement. Ca donne un air sérieux et important.

2. Placer son ordinateur de manière à ce que l'on ne voit jamais ce que vous faites.

3. Etaler plein de feuilles autour de son ordinateur. Si possible ajouter des pochettes de couleurs fluo remplis de documents écrits et barrés en français. Le principal est le français comme ça on peut écrire à peu près tout et n’importe quoi : j’ai pour ma part, une liste de trucs que je veux faire ici que j’ai signé en bas de la page. Très pro.

4. Toujours se déplacer d'un pas rapide dans les bureaux (même et surtout en allant aux toilettes). Astuce : Traverser les bureaux avec un tas de documents sous le bras. Déposer ce tas dans un endroit où il passera inaperçu. Revenir à son bureau sans le tas. Aller le récupérer, de la même manière 3 jours après.

5. Si on vient vous dire bonjour, attendez trois secondes, en fixant votre ordinateur d'un air sérieux et en levant l'index gauche vers votre visage, avant de tendre la main.

6. Si on vous demande de faire quelque chose, regardez intensément vos mails en faisant "tatatatataaaaa" comme si vous chekier votre planning puis dites "ok mais je pense pas le finir avant deux jours"

7. En arrivant le matin, ouvrez un fichier excel avec beaucoup de chiffres. Soyez prêt à basculer en une demi-seconde dessus. (Astuce : Alt+Double flèche).

8. Pousser des râles, soupirer ou claquer sa souris sur le bureau lorsque vous avez tout autre activité (jeux, vidéos, mails…).

9. Lorsque un pote vous fais une blague ou qu’une vidéo est marrante au point de devoir réprimer un rire : tousser un grand coup. Si un fou rire s’est malencontreusement déclenché, simuler une quinte de toux et partez aux toilettes calmer tout ça.

10. Toujours rester 10 minutes de plus que les collègues au travail.

Votre petite entreprise de dissimulation ne connaît ainsi pas la crise. Attention à ne pas demander du travail trop souvent cependant sous peine d’attirer l’attention et de vous voir ainsi démasqué ce qui embêterait autant l’entreprise que vous…

lundi 24 août 2009

Le bruit et l’odeur

            La Boca n’est pas un quartier, c’est une nation, une république même si l'on se fie au panneau d'accueil. Avec ses couleurs (bleu et jaune), son équipe de foot (Boca Juniors), ses coutumes (rouler très vite avec des voitures défoncées, emprunter aux touristes leur argent ou leur téléphone…), son hymne (Boca mi buen amigo, este campaña vamos a ganarla contigo)…


            Boca c’est aussi le paradoxe de l’Argentine, le tiers-monde en carton-pâte. La pauvreté est partout dans ce quartier mais on ne la voit pas. N’importe quelle personne déconseillera à tout touriste de se promener à la Boca en dehors des sentiers battus pour cause de maltraitance sur touriste tout équipé. Du coup, on reste sur les sentiers battus enfin le sentier battu : le Caminito (le petit sentier). Un passage magnifique ou se mêlent poney miniature, danseurs de folklores, japonais derrière leur appareil, fanfare de percus, chiens en jean, rabatteur pour restaurant bi-tri-quadrilingue, américains obèses, automates et faux danseurs de tango qui veulent prendre des photos avec toi. Une incroyable fourmilière dans un cadre multicolore… Bon les maisons du Caminito n’ont pas l’air habité et font un peu grande comédie, mais la Boca est réellement aussi magique…

            A l’origine de toutes ces couleurs, un moïse de temps modernes : Quinquinela Martin. Lui aussi abandonné sur le fleuve, lui aussi récupéré par une famille. Bon sauf que la famille de Boca c’est pas le palais du pharaon. N’en déplaise à Chirac, à la Boca, on ne voit pas « sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses et qui gagne 50 000FF de prestations sociales sans naturellement travailler... ». A la boca, il n’y a pas d’HLM, pas d’aides sociales et pas de Francs Français. « Si on ajoute à cela, le bruit (des touristes excités de vivre dangereusement) et l’odeur (le magnifique fleuve Riachuelo se constitue d’une croute solide capable de faire tenir des pneus de voiture au-dessus de l’eau noirâtre dû aux 300 usines qui relâchent quotidiennement mercure, goudron et autre joyeuseté dans cette eau la plus pollué du monde : n’ayons crainte Kirchner a dit qu’on allait bientôt pouvoir si baigner)...

Le fleuve-croûte (pour plus d'infos, demandez Amaury Stehelin, véritable spécialiste du sujet : IN-TA-RIS-SABLE

            Revenons donc au Moïse local qui lui aussi est devenu connu à la trentaine. Bon, certes il n’était pas pote avec Dieu mais il est devenu le peintre le plus célèbre de Buenos Aires dans les années 1930. Il a donc voulu libérer son peuple du marasme et de la misère. Au lieu d’ouvrir la mer en deux (beaucoup plus facile de le faire ici d’ailleurs, il faut juste un ciseau pour couper la croute en deux parties distinctes), il a décidé de construire une école en plein milieu de la Boca. Il était sympa mais un brin flemmard et du coup au lieu d’enfiler le bleu de travail, il a demandé aux gens du quartier de venir peindre le nouveau bâtiment. A l’époque comme aujourd’hui d’ailleurs, il n’y avait ni téléphone, ni internet pour organiser les achats. Chacun est donc venu en courant, joyeux comme pas deux, avec son vieux pot de peinture et l’école est rapidement devenue un beau patch-work de couleurs. Quinquinela Martin, un peu embêté a dit « voui, voui c’est très beau » et du coup tout le monde a peint sa maison de toutes les couleurs…




            Du coup, entre le soleil et les couleurs chaudes des maisons, on peut rapidement passer l’aprem assis sur un banc cinq minutes avec toi regarder les danseurs de tango tant que y’en a. Le « quartier des pauvres dangereux » devient directement Comme quoi plutôt qu’un bon coup de karcher, mieux vaut un bon coup de peinture…

mardi 18 août 2009

Disneyland Resort Iguazu

« Ce Week-end avec mon pote Moon, on est allé à Disneyland. On a beaucoup rigolé et c’était fée-éric. D’abord on a pris un autobus rigolo parce que il y avait des lits dedans et des dessins animés sur le siège du monsieur de devant (j’ai vu Madagascar). En plus il y avait le conducteur du bus magique des fois il se déguisait en serveur et il nous donnait plein de truc à manger et à boire jusqu’à temps que t’en peuve plus et que t’ait un peu envie de vomir ou de dormir à cause du vin qui était Malbec. J’avais un peu mal au cœur à cause des bonbons mais je me suis réveillé et il faisait beau et chaud donc j’étais content.

Le samedi après-midi on est allé dans les animations brésiliennes. On a du passer devant des gardes qui faisait semblant d’être méchant avec leur mitraillettes et on a fait tamponner « notre passeport pour l’aventure ». Après le taxi nous a dit qu’il nous laissait jusqu’à 18h30 pour nous donner rendez-vous et on est rentré dans le parc. J’ai presque du donné tous mes sous pour rentrer parce que il fallait convenir le real en peso et amaury m’a dit qu’on se faisait trop arniké ou quelque chose comme ça. J’ai pas compris mais j’ai dit oui. Et après tout le monde faisait la queue pour rentrer dans des bus avec des toits ouverts, des filles brésiliennes qui ressemblaient à des femmes refaites parce qu’elles avaient des seins plus gros que la tête d’amaury, des gens qui prenaient des photos de la route et de l’intérieur du bus, et une dame qui crachait dans l’interphone des conseils pour être plus content. Après on a pu voir la carte du parc où ils nous expliquaient le parcours avec des dessins.



Alors on a suivi le parcours parce qu’on avait le droit d’aller nulle part ailleurs. Il fallait faire attention de pas se faire écraser par les grands groupes de gens qui suivaient leur chef avec un parapluie et les grosses qui avançaient pas vite. C’était très bien organe hisé parce que tout le monde allait dans le même sens et il y avait des endroits où on faisait la queue pour faire des photos.

Amaury est content il a pris une photo


A un moment il y avait une animation rigolote où on se promenait sur le pont de OSS117 2 et on était tout trempé à cause de l’eau des chutes. Mais il y en avait qui trichaient parce qu’ils avaient amené des pont chauds pour pas être mouillés.

Amaury et les tricheurs aux ponts-chauds

Mais ils sont malins chez Disney parce qu’il proposait, juste à côté, des protections contre l’eau pour les appareils photo et tous les gros allemands et américains ils les achetaient.

Après on est allé au stand pour la nourriture et on s’est encore fait arniké par les brésiliens parce qu’ils nous vendaient des frites très cher. Mais on a pu voir les Mickeys locaux. Ils ont pas vraiement la tête de Mickey parce que Disneyland Iguazu n’a pas encore de lit sens, mais ils sont gentils parce qu’ils viennent te voler de la nourriture. Les deux là je les ait appelé Kévin et Jonathan.



Comme on était fatigué on est rentré dans l’hotel d’Argentine. Et là c’était aussi comme les hôtels de disneyland : il y avait une piscine et ils proposaient des animations (le soir il y avait une soirée asado).

Le lendemain on a fait le côté des argentins. Eux on voit tout de suite qu’ils sont les meilleurs, il y a carrément un petit train « pour les gros et les faignants » comme dit mon papa qui permet de faire le tour du parc. A un moment, on a fait une nouvelle animation : « Pirates des caraîbes sans les pirates parce qu’on a pas le lit sens ». On est monté sur un bateau et on est allé sous les chutes. Ca faisait peur mais c’était rigolo. Amaury il tremblait et il était tout rouge, mais c’est peut-être parce qu’il s’est fait cassé un bout de mâchoire par un vague.

Toute la journée on a cherché tous les animaux qu’on nous avait promis mais on a vu que des crocodiles, des varans, des milliers d’oiseaux,… en photo. On a vu un toucan de loin mais il a eu peur.

Au final j’étais triste de partir mais je suis content parce que c’était magique… »



            Je suis très mauvaise langue. Les chutes d'Iguazu sont incroyables, époustouflantes et magnifiques mais elles laissent un petit goût amer quand on voit qu'on ne peut pas sortir des sentiers battus...





jeudi 13 août 2009

La m'hommification

            La fin de ce séjour au campo tient plus du parcours initiatique dans le passage de l’adolescence à l’état d’homme. Les français ont juste à attendre d’avoir 18 ans pour devenir hommes. Les pygmées d’Ethiopie doivent conserver un feu allumé pendant une semaine entière. Les Masai de Tanzanie doivent tuer un lion. Les peuples nomades de Sibérie doivent protéger des loups un troupeau de rennes toute une nuit par -50°. Une partie de plaisir : moi j’ai fait une soirée entière avec un troupeau d’argentins devant un feu allumé puis j’ai tué un animal. Solide.

            Après m’être occupé des bêtes (traire les vaches, égorger à mains nus un taureau et mis au monde un poulain, la base quoi), j’en ai retrouvé des beaucoup plus costaudes pour l’Asado du campo. Vers 22h, la nuit tombée, quand les organismes dépucelés de leur première virée à cheval se rende compte que ça fait mal la première fois, un espèce de grondement énorme nous a réveillé de notre torpeur. Tremblement de terre ? Attaque des taureaux ? Niet. Deux tanks ont débarqués devant les écuries, six armoires à glace en sont sorties. On ne s’étonne plus ni des mensurations des gens du coin, ni des 20 kilos de viande posés sur la table, ni du sac de 800 glaçons, ni des innombrables bouteilles de vin très sale et de Fernet. Non ce qui nous étonne, c’est que les deux filles se mettent au garde-à-vous pour installer la table, laver ce qui pouvait être lavé et cuisiner la salade. Le tout sans piper mot. On avait bien vu dans la journée qu’elle était très serviable, on pouvait pas le nier. Mais là ça relevait de l’exploitation. On a timidement tenté de leur expliquer qu’en France, vous savez ça se passe pas comme ça mais on a rapidement été convaincu par leur arguments imparables : “En même temps, si elle ferait pas la salade, on en mangerait pas”. Du coup on a pris place autour du feu en attendant que la table soit dressée, et plus vite que ça…

Sans doute notre repas de la soirée, paix à son âme

            Très rapidement elles sont devenues invisibles pour nos compagnons de tablée, qui en ont profité pour parler, dans l’ordre, de :
- Vous êtes tous nuls à côté de moi pour faire un asado ?
- Comment les françaises sont trop chaudes, moi y a deux ans il y en a une qui est venu chez Tico, on a passé l’été au lit.
- La masturbation à travers les âges
- Les 1001 raisons qui font que Juani et Marcello (ou toute autre nom argentin je ne m’en rappelle plus exactement : le premier attendant un enfant, le second allant se marier dans deux mois) vont devenir des émasculés.
- La réponse des intéressés : « et là elle ou ma femme à ton avis voludo, elle est à la maison »
- La taille des couilles de Tico qui l’a pas fait depuis longtemps et qui est donc un « Sémental » (homme aux grosses couilles)
- …
Réaction à chaud des deux filles en train de couper les oignons quand amaury et moi on leur demande un peu gêné, très amusé, si ça allait : « Non mais c’est marrant, on apprend ». Pas farouche.

Les deux "serveuses"

            Après cette soirée de franche camaraderie et de discussion philosophique nous sommes allés reposer nos esprits échaudés vers 3-4h du matin dans une boite de la ville. Pardon dans LA boîte du village. La Morocha. Soit « La Brunette ». Vaste programme. Ce nom résume un peu tout. Les potes de Tico n’y allaient pas pour se promener mais pour chasser. Bon le problème des petits villages c’est que tout le monde se connait donc il y a de gros risques de consanguinité mais bon ça n’avait pas l’air de les effrayer plus que ça. Connaissant mon âge depuis l’asado, ils ont décidé de commencer mon initiation à l’âge adulte. Vu qu’il ne pouvait plus chasser pour eux, il chassait pour moi. Pendant que j’étais à côté d’eux pour m’acheter une bière afin de gagner un ticket de plus pour la tombola de la fin de soirée qui me promettait une motocross, il guettait la proie. Immobile. Une fois que toute personne de sexe féminin s’approchait d’eux (oui l’argentin est peu regardant sur la marchandise : infirme, malade, cul-de-jatte, tout est bon dans le cochon), il la tirait par les cheveux pour la rapprocher du groupe. Lui criait en lui tapant dans le dos très fort, puis en me tapant dans le dos encore plus fort : « il est français ». Puis s’échappait très fiers de leur chasse et persuadé d’avoir créé un couple fait pour durer et s’installer à Madariaga, me laissant seul avec Rocio, Ale, Sol ou Paula qui rentrait dans les critères de beauté du campo (quelqu’un de fort, qui sait faire du cheval mais avec des cheveux longs et maquillé). L’argentin est bon chasseur, une fois remercié la fille en question je me faufilais entre les gens pour éviter les trois bonhommes. Mais rien n’y fit, il me retrouvait toujours pour se lancer dans une nouvelle quête. C’est à ce moment là, au bout de la 4e proie, que j’ai réalisé qu’il me fallait une copine vu la quiétude d’Amaury qui ne se faisait pas courser par les trois rabatteurs…lever de soleil à l’arrivée au campo a permis de se remettre de ces émotions.


            Le lendemain, j’avais fini la première étape du rite de passage : je devenais un homme. Mais il me manquait l’étape ultime : tuer un animal. Je ne l’ai compris que quand Francisco, qui avait trainé à se réveiller, est débarqué les yeux encore à moitié fermés avec son fusil de chasse chargé sans dire un mot. Les filles ont vite compris le signal : elles se sont mises à ranger et à laver la maison pendant que les hommes, les vrais partaient chasser en pick-up…

            Je me suis retrouvé très rapidement le fusil entre les mains. Tico venaient de charger une cartouche de la taille d’un doigt d’enfant. Il me montre un arbre plein d’oiseaux multicolores, qui piaillait joyeusement en famille. Tico a plus vu l’ennemi qui préparait un plan diabolique vu qu’il m’a dit « Tire, il bouffe le maïs ». Je suis donc devenu un homme le 9 août 2009 à 14h37. Devenir un homme c’est donc viser, tirer, devenir sourd pendant 30 secondes à cause du bruit et se prendre le retour de feu incroyable qui te démonte l’épaule et manque de te faire tomber. J’étais tout retourné, un peu dans un monde parallèle où les bruits seraient très sourd et feraient peur. D’où ma grande réflexion à chaud à Amaury : « Mais en fait, la guerre c’est bourrin ». L’oiseau multicolore faisait moins le malin avec une balle dans la tête. J’ai poursuivi l’effort de guerre mais en tant qu’état-major : je me suis mis au repérage de l’ennemi dans la charrette du pick-up. Moins douloureux. Sale histoire, cette guerre.



L'armada


            La dernière image dont je me souviens est le retour à Buenos Aires le lundi matin à 5H30. Je partais au travail 3H plus tard, de retour de ce week-end incroyable, en homme nouveau, en Homme tout court.

mardi 11 août 2009

Chasse, pêche, nature et tradition…

            Ce Week-end fut un retour aux sources. Un vrai Week-end de campagne pour respirer le pur air de la nature. Francisco n’est pas vraiment Porteño, il habite dans un petit village tout près de Buenos Aires (mais le tout près argentin), la petite bourgade de General Juan Madariaga qui compte 12 623 âmes selon les chiffres officiels (minimum 30 000 selon Francisco et ses compères très fier de leur pueblo). Ne vous étonnez pas du nom si poétique de ce village, ici tous les villages ont un nom d’homme sanguinaire qui a montré les crocs à l’envahisseur étranger (la notion d’étranger définit ici toute personne en dehors des 12 623 habitants qui aurait menacé plus ou moins sérieusement une de leurs bêtes). Celui là, le général Madariaga qui a commencé comme une sorte d’écuyer, a à son actif l’attaque d’un domaine dont le seigneur était parti en vadrouille, la trahison de son frère et un exil au Brésil mais il a quand même une ville à son nom. La sucess-story d’un gars du coin en quelque sorte. Comme quoi Douetville existera un jour même si on doit fuir en Argentine.


            Donc ce village tout près de Buenos Aires n’était qu’à 4h30 de car. Une broutille pour l’argentin. Quand je lui dis que moi je mets le même temps pour traverser le pays en TGV d’un air prétentieux, il me regarde et m’explique que :
  • de un, on a qu’à pas avoir un pays aussi petit quand on a une population aussi grande
  • de deux, lui il met 20H pour aller au ski et est-ce qu’il se plaint
            Voyage avec la compagnie Plusmar donc, un nom précurseur vu l’intérieur du bus : les sièges sont des véritables lits. Et là le miracle a lieu ! L’argentin, le même qui ne dort jamais, celui qui mange à 23H, qui se couche à 2H et qui se lève à 7H le tout sans dormir de la journée, tu le mets dans un bus, il peut être 5h de l’après-midi, il dort. Silence monacale et extinction des feux dès notre entrée dans le Plusmar. Mais forcément, on ne change pas totalement un homme. Dès 9h du soir il se réveille et met un film à fond dans le bus pour le grand bonheur de petits et grands…


            A notre arrivée à Madariaga, Tico déjà là depuis deux jours à l’air de nous trouver fort peu dans l’ambiance Frédéric Nihous. Du coup, « Monte dans mon pick-up, je t’emmène à la chasse au blaireau ». Aucun mauvais jeu de mots, que nenni. On est parti à la chasse au blaireau, le vrai, celui qui sort que la nuit. On était donc là à cinq dans le pick-up le plus gros du monde. Tico au volant le fusil chargé entre ses jambes, Amaury avec la lampe torche à montrer à Tico les endroits les plus improbables, Moi qui croyait voir des blaireaux partout et qui lançait donc des petits cris poussifs régulièrement « Aca » (ici en espagnol) avant de finir péteux en français « ah non c’est un lapin » et les deux filles (Victoria Illuminati et Mariana Hierro) qui ne pipait mot, surement trop occupé à lutter contre le froid et la nuit. Tico grâce à son pare-choc et un ingénieux système que je ne m’explique toujours pas fonçait à pleine bourre dans les fils électriques séparant les champs mais sans les casser vu que apparemment et à raison, le plus simple pour aller là ou tu veux c’est aller tout droit plutôt que prendre la route. Coupons à travers champs. Attention tu as failli tuer un cheval quand même là. 110km/h de nuit sur un chemin de boue t’es content d’arriver à destination.

L'objet du démon

            Surtout quand la destination est un paradis. Bon on est arrivé dans le noir et dans le froid mais avec les bougies, le feu de bois et les grosses couettes t’es au paradis. De jour ça donne ça : pas un bruit, du soleil, du chaud, de l’herbe, des chevaux et des champs à perte de vue…


            Le lendemain, je me suis découvert l’âme d’un gaucho. Bon j’étais en jean, en chemise que je mets au travail et en chaussure de toile, mais j’étais sur un cheval, pas un poney en plus, un grand cheval qui souffle très fort et qui fait du galop. Rafael, l’employé de la ferme nous a scellé les montures, moi j’ai descellé un sourire quand il m’a vu arrivé. Ce que je peux comprendre étant donné son look par rapport au mien très légèrement différent.


            Monter à cheval c’est pas si dur que ça au final. Tu veux aller à droite, tu tourne les rennes à droite, tu veux aller à gauche, tu tournes les rennes à gauche, tu veux accélérer, t’enfonce le pied dans le cheval, tu veux t’arrêter, tu cris pour qu’il s’arrête et tu recris parce qu’il s’arrête pas. Une vraie voiture qui fait mal aux dos et à l’entrejambe. Ce fut incroyable. Une liberté totale de mouvement dans des paysages somptueux : aucune contrainte à part les barrières vu que j’ai pas encore le niveau pour les sauter. L’idée générale était de regrouper le bétail et de le transférer dans d’autres champs. Un régal. En plus, Tico et Rafael on été super cool. Jusqu’au bout ils nous ont laissé croire qu’on participait à l’effort collectif alors qu’en réalité ils faisaient quasiment tout à deux…






            J’ai donc pris la résolution ultime : j’ai décidé de ne plus détester les chevaux…

C'était mieux avant...

mercredi 5 août 2009

To eat or not to eat

            Que tous ceux qui sortent de grève de la faim se rassurent. Anorexiques de tout pays retrouvez le sourire. Malnutris, sous-nourris arrêter de faire la gueule un peu… J’ai trouvé la solution aussi simple qu’économique pour résoudre la fin dans le monde et faire gagner des kilos à tout ce beau monde.

Méthode D.O.U.E.T pour solutionner la fin dans le monde :

Délaisser son pays pour l’Argentine

Orienter son voyage vers les gens plutôt que les monuments (en particulier les argentins)

User de gentillesse avec la population autochtone

Engloutir la nourriture que l’on vous sert

Témoigner de la situation : la fin dans le monde n’est plus, l’obésité a augmenté


            Il est résolument impossible de maigrir dans ce pays ce qui est contraire aux objectifs de la Mission Bachelor. Surtout que ma Mamie m’a conseillé avant de partir de perdre le gras de mon ventre si je ne voulais pas finir chauve, moche et gros (ce n’était pas les mots exacts mais tout le monde l’aurait compris comme ça). Malgré les contre-indications familiales, je me dois de tester les spécialités locales dans ma mission anthropologique, pour la beauté de la science. Ci-joint le début de mon analyse.


EMPAÑADAS


Concept : Remplir une sorte de pâte feuilletée d’un maximum d’aliments gras (roquefort, fromage fondu, jambon, patates…) à grand renfort d’huile ou de beurre fondu.

Effet : Chaque empañada provoque un surpoids considérable qui ralentisse le déplacement du sujet vers la boîte d’empañadas ce qui permet de ne plus craquer au bout d’un moment vu qu’on ne peut plus se mouvoir.

Note : Le grand problème de cet aliment est qu’il coûte environ 2,5 pesos pièce (soit 50 centimes d’euro) et qu’il est livrable sans surcoût à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.



ASADO


Concept : Surement inspiré du célébrissime concours annuel du plus gros mangeur de cassoulet de Vouneil-sous-Biard, l’asado est un concours hebdomadaire du plus gros mangeur de viande en tout genre. La viande doit être soigneusement cuite durant de longues heures et la table doit sans cesse être fournie en viande.

Effet : L’asado dure une journée entière car les concurrents locaux sont quand même vraiment mauvais. Malgré le fait que ce soit la meilleure viande jamais mangé dans ma vie, les effets sur le novice peuvent aller du simple rot au vomi le plus important de sa carrière. La sieste post-asado devrait entrer dans la constitution en tant que loi immuable d’ici 20 ans.

Note : L’argentin se donne néanmoins bonne conscience en mettant à disposition des convives quatre bouts de salades avec une tomate-cerise.



LOCRO


Concept : Puits sans fond se remplissant à l’infini. C’est une bouillabaisse de viande et de maïs même si au final personne ne sait vraiment ce qu’il y a dedans. Ils ne te vendent pas l’affaire comme quelque chose de gras. L’argentin peut aussi mentir.

Effet : Toute la dégustation est partagé entre « mmm, c’est vraiment bon » et « Tiens c’est quoi ce que je viens de croquer là, ça m’avait pas l’air d’être un vrai aliment.

Note : Des légendes urbaines parlent de doigts d’enfants et de cheveux de chauve mais ça reste à vérifier.



DULCE DE LECHE


Concept : Nutella local. En meilleur, plus sucré, plus gras, plus caramélisé, plus quoi.

Effet : Comme le nutella, le dulce de leche se préfère à la cuillère et se consomme en très grande quantité. Une fois ouvert, le pot résiste à toute tentative de fermeture.

Note : Le dulce de leche ne se vend qu’en pot d’un kilo mais se finit en moins d’un mois si on consomme peu.



ALFAJORES


Concept : Art dans le mouvement « dulce de leche ». L’idée motrice est de réussir à faire tenir des couches de plus en plus grosses de dulce de leche entre deux tranches de n’importe quel aliment sucré.

Effet : L’alfajor se consomme naïvement comme un simple goûter ou au petit déjeuner en accompagnement. On perd vite son innocence en comprenant qu’il contient un repas à lui tout seul

Note : Personne ne pourra sortir du pays sans avoir gouté au meilleur alfajor existant sur cette Terre : El cachafaz. En vente chez votre marchand de journaux (argentin par contre).



            Ce test m’a forcément éprouvé physiquement donc je me suis mis au sport. La preuve : me voici pendant un footing dans le parc de Palermo. On s’est mis torse nu avec Amaury pour impressionner les filles mais bon malheureusement Amaury a mal cadré la photo donc on ne voit pas mon visage. Tant pis.


Un peu de sport n'a jamais fait de mal à personne