J’ai directement essayé de m’intégrer mais ce fut un échec cuisant vu qu’en fait ils n’ont pas la tête en bas, les cheveux en l’air et quand ils font pipi ça ne tombe pas dans le ciel. Alors oui je fus un peu déçu (qui ne le serais pas, mais j’ai quand même poursuivi ma route). J’ai d’abord tenu à prouver au reste du monde que la fin du monde je savais ce que c’était et qu’on pouvait me croire sur parole.
            Et donc, voici en exclusivité : quand ce sera la fin du monde, il ne fera jamais nuit, les gens trouveront étrange que tu n’ailles en vacances en Antarctique et surtout, surtout, des castors obèses seront devenues les maître du monde. En tout cas « El fin del mundo » c’était comme ça. Le soleil se cachait discretos derrière une montagne vite fait vers une heure du mat’ (il ne trompe personne, on voyait tous ses rayons dépassés) puis il ressort comme une fleur vers quatre heures du matin te réveiller comme s’il était midi. Les gens que j’ai rencontrés m’ont tous pris pour un taré parce que je venais à Ushuaia pour une autre raison que pour partir se geler les miches avec les pingouins. Et tous les habitants d’Ushuaia trouvaient normal de se faire détruire leurs régions par des castors. En effet, un jour un saint homme du ministère de la marine argentine a eu l’excellente idée d’importer du Canada 25 couples de castors. « Pourquoi le castor ? » me demanderez-vous. Il faut à mon avis chercher dans ses fantasmes les plus vils mais admettons : l’homme aime les castors. Soit. Le fait est qu’il a oublié de ramener les ours, les lynx et les pumas chargés de manger les rongeurs. Aujourd’hui 300 000 castors sont là toutes les nuits à casser les arbres, faire des barrages et inonder des vallées donnant une ambiance étrange à la région. Evolution oblige, l’absence de prédateur naturel a permis à Monsieur et Madame Castor d’adapter leur morphologie aux épreuves de la vie : ils sont maintenant obèses, trente centimètres plus grand et passent leur temps à faire des marmots avec des portées qui sont passés de deux à six. Le gouvernement a vaguement réagi en offrant 15 pesos par queue de castor soit 3€ pour passer une nuit dans le froid à attendre qu’un gros rat daigne sortir de sa cabane, s’il passe encore dans l’ouverture.
            Voilà pour la fin du monde. Pour le reste, on garde ici aussi les fondamentaux de l’humanité, les aborigènes locaux ont ici aussi été décimés c’est bon merci pour eux, les argentins trouvent ca toujours aussi fun de mettre leur estancia magnifique comme Haberton ici dans des endroits uniquement accessibles après un rallye dans la boue et peu importe le pays, les irlandais auront toujours un foie beaucoup plus efficace que le mien face à la bière. Rassurons donc les américains, tant qu’il n’y a pas de castors à l’horizon, la fin du monde c’est vraiment chouette.
