Salement amochés par cette semaine de travail intense (hum), nous partîmes fleur au fusil vers de nouveaux territoires inexplorés : Pigüé, ses 13000 habitants et leurs racines aveyronnaises.

            Arrivés au petit matin dans le lieu susnommé, un “bon gars” comme on dit à Abbaretz était là à nous attendre malgré la bonne demi-heure de retard. Pensant marcher jusqu’à l’estancia on harnache nos sac à dos mais que nenni. Avant d’y arriver, il y a bien évidemment le traditionnel raid en voiture à travers la pampa. 90km/h sur de la terre accidentée n’effraie que nous dans la région donc nous sommes finalement arrivés au palais. Au palais vu qu’on était servi comme des princes. D’ailleurs c’est pas forcément évident de s’habituer à la vie de prince. On s’est senti gêné quand un petit déjeuner hollywoodien a été servi à notre table sans que nous puissions esquisser le moindre geste d’aide. Mais bon on s’habitue à tout, le lendemain on a réclamé du rab…
            Puis on a découvert le maître des lieux : Mario. Un nom de Star Académicien voleur de voiture ou de plombier italien rouge (c’est au choix), un look de cow-boy et des méthodes d’indiens : la panoplie des meilleurs apparemment. L’homme a l’esprit de conquête du Far West (Plus, plus vite, plus loin dans sa croissance entrepreneurial) mais l’amour de la Terre des indiens et pour cause : il possède 270 000 hectares de Terre. Pour ceux qui comme moi font semblant de s’étonner quand on dit 2,3 ou 4 hectares parce que vous ne savez pas ce que ça représente, 270 000 hectares c’est l’équivalent de 10 fois la ville de Buenos Aires. Il a de la place le Mario pour la promenade de digestion. Mais de toute façon ça ne lui sert que de terrain de chasse ou de jardin pour les chevaux sauvages.
            Les chevaux venons-en ! Mario a beau avoir une tête de cow-boy, un pick-up de cow-boy, des chemises de cow-boy, son estancia de cow-boy mais Mario au plus profond de lui-même, il est indien… Il connaît les chemins dangereux, il reconnait les fleurs et les arbres, il sait quand il va pleuvoir, parfois il est torse nu et surtout surtout il dresse les chevaux sauvages en leur parlant. 270 000 hectares c’est grand, même en pick-up. Du coup dedans il faut bien mettre des trucs. Mario il a mis des montagnes, des mares à canard, des forêts et des chevaux sauvages à dresser. Pour dresser un cheval, il y a deux méthodes. La méthode Gaucho qui consiste à taper sur le cheval pendant un mois et la méthode Indienne (et donc celle de Mario) dite “douce“ où on mélange des caresses et des croche-pattes pour faire tourner ou tomber le cheval.
Comment dresser un cheval à l’indienne en 6 leçons :
            1) Avoir des chevaux sauvages
            2) Chopper la bête en question et la mettre dans un enclos. Pour cela il faut user du courage et de la force de deux génies de la campagne en l’occurrence Amaury et moi. Puis ces deux braves doivent courir derrières les chevaux sauvages en poussant des petits cris pour les rassembler d’un point A à un point B. Il s’avère parfois utile que malgré toute la force et le courage des deux braves qui courent derrière, Mario intervienne pour régler la situation
            3) S’approcher du cheval et lui parler d’amour. Nous avons fait appel au calme et à la douceur de Manuela pour mettre une corde autour de la tête et du cou du cheval. Il arrive parfois que Mario prenne en charge cette opération car Manuela a trop peur de se faire taper.
            4) Bloquer la jambe arrière du cheval avec sa tête pour qu’il ne puisse plus faire autrement que tourner… Il peut arriver que Mario fasse l’opération tout seul car nous étions trop nuls.
            5) A l’aide d’une corde toute grasse qui glisse (pour la protéger apparemment) dont Moon m’assurait qu’elle était faite en peau de saucisson, faire tomber le cheval d’un coup sec. Maintenir le cheval par terre en tirant la corde pendant que Mario caresse le cheval pour faire croire que c’est une méthode douce. Il existe certain cas où Mario crie sur Moon s’il relâche son attention et oublie de tirer.
            6) Laisser reposer une nuit et c’est bon votre cheval est dressé
            Une méthode simple comme bonjour mais il y a surement un léger risque qu’on ne le refasse pas sans Mario.
            Les chevaux dressés doivent ensuite bien servir à quelque chose. En l’occurrence : au tournoi communal de polo de Piguë où hommes, femmes et enfants se réunissent pour fêter leurs joueurs. Le tournoi communal c’est comme le tournoi de Palermo sauf que personne n’est bien habillé, qu’il faut amener son siège et qu’on est mis sous perfusion alimentaire. Pour le reste, c’est la même chose : il y a des hommes qui sont sur des chevaux qui courent pour taper dans une balle et nous prenons des coups de soleil en tribune. Le plus dure restant la perfusion alimentaire à contrôler. Les femmes, toutes amies de la famille de Mario qui en plus d’être le châtelain de la ville est un peu la star du tournoi, nous ont nourris quasiment à la cuillère avec des trucs toujours meilleurs et toujours plus gras. Dès lors, le sport du jour devient celui de se lever pour saluer les joueurs. Nous avons perdus 2-0 contre l’herbe.
            Mario toujours aux petits soins avec nous était persuadé que l’on s’ennuyait donc il a voulu rajouter des activités. Il nous avoue que malgré sa philosophie indienne il a un petit truc mais il ne sait pas s'il doit nous le proposer parce qu’on va peut-être trouver ça nul et tout et tout. Mais bizarrement « nous prêter son buggy plein d’essence pour revenir au campo pendant qu’il nous suit en camionnette puis aller jouer tout seul dans ses montagnes et sur les pistes » on a pas trouvé ça nul. Tellement pas qu’après un tête à queue dans la nuit tombante, je me suis enfin rendu compte qu’on était perdu vu que Mario était plus derrière nous et qu’il y avait autour de nous : une vache, une barrière et de la terre. Le drame n’a duré qu’un temps lorsque les secours nous ont trouvé (par secours, j’entends Amaury et Mario hilare et pas inquiet pour un sou qui nous demande si on le fait exprès ou si nous sommes idiots). Les émotions furent vite noyées dans l’alcool de la fête du polo. La fête où tous les gens de l’aprem qui nous ont gavés de nourriture nous re-gave de nourriture en nous rinçant au vin tout en chantant au Karaoké devant leurs pairs…
            Qu’on arrête de nous dire que les indiens avaient la vie dur. Ils ont de l’espace, des chevaux et ils roulent en buggy. Après un Week-end comme celui là, j’ai trouvé ma voie : je veux être indien comme Mario.
