mercredi 30 septembre 2009

Le Yin et le Yang

« L'équilibre est à mi-chemin entre les deux extrêmes. » Bernard Weber

            Tout est une question d’équilibre. Le bien et le mal. Le beau et le laid. La vie et la mort. Les coloscopies préventives et les coloscopies thérapeutiques…

            Le Chili n’échappe pas à la règle. Il est en permanence baigné parmi deux extrêmes.

            Pauvreté et richesse déjà. 20% des gens vivent sous le seuil de pauvreté mais tout le monde est millionnaire. C’est étonnant. Du coup forcément on sort très rapidement les liasses de 10 000, 20 000, 100 000 pesos pour se payer un taxi… Le Qui veut gagner des millions ? local doit sans doute permettre de s’acheter un pin’s Jean-Pierre Foucault. Certes le fait qu’un euro vaille 800 pesos chiliens change la donne mais tout de même. Il s’agirait de grandir…il s’agirait de grandir…


            Equilibre environnemental aussi. Santiago encerclée par les Andes excessivement magnifiques est également recouvert d’un smog excessivement dégeu. A côté, Grenoble passe pour le paradis des écolos, un plateau du larzac urbain en quelque sorte. Ville la plus polluée d’Amérique du sud après notre chère Buenos, ça se mérite. Double ration de pots d’échappement pour tout le monde…il ne faudrait pas que la ville soit trop belle tout de même.


            Santiago est paisible. Très paisible. L'espagnol chilien est une des langues les plus faciles du monde. Il n’y a qu’un mot : tranquilo. A dire tout le temps en toutes circonstances en variant le ton et les accentuations. Les rues sont vides, les bars tout autant mais on peut toujours s’y faire recaler parce qu’ils sont "complets". Les places publiques sont faites pour se reposer avec des bancs dans tous les sens, les nuits paraissent être faites pour dormir… Pour rééquilibrer ce trop plein d’apathie, les chiliens s’organisent des activités qui les boostent. Tous les jours à 10h30, l’armée montre l’exemple. On les fait défiler dans tous les sens en jouant des musiques populaires qui ressemblent parfois au petit bonhomme en mousse version militaire. La parade de Mickey mais en plus sérieux. Ca met tout le monde de bonne humeur de sortir un peu de cette mollesse latente.

            Ensuite certains résistent à l’inertie générale en motivant leurs compatriotes. Ces agités du bocal aiment à venir en douce sur la place aux bancs puis crier des prières à gorges déployées. D’un coup les loques se transforment en une armée du seigneur et se jettent sur leurs chapelets, crucifix et autres babioles divines. Imparable dans ce pays aux 95% de catholiques. Du coup ils profitent du credo à fond pour faire bouger les masses. « Venez participez à l’exorcisme de Maria, venez convertir le chaland en pleine rue… ». Grands succès. Tout comme la sortie de la Vierge Marie de l’église (échelle 5/1) le dimanche où son char sort sous les standings ovations des écoliers représentant les couleurs de leur école. Dieu a travaillé toute la semaine et se reposa le dimanche, le chilien se repose la semaine et se motive le dimanche.


            Enfin il faut également que les forces se compensent pour le chilien en tant qu’homme. On ne peut pas être à ce point calme et croyant sans sortir du droit chemin de temps à autre. Tout le monde a son pêché mignon. Pour le/la chilien(ne) c’est la luxure… Ca sort de lui/elle comme s’il ne pouvait s’en empêcher. Que ce soit les deux filles qui nous draguaient ouvertement au milieu du marché aux poissons de Valparaiso à grand renforts d’œillades et de requêtes formulées à l’entremetteur qui faisait également office de serveur dans le resto du marché. Certes agréable au début, certes inhabituel mais finalement fatiguant. Que ce soit le taxi à qui nous avons demandé un endroit où sortir : il nous a immédiatement tendu un prospectus avec des dames qui donnaient leur jolis corps, qui donnaient leur vertu contre une pièce en or ou quelques billets verts. Je me disais que ça venaient du regard salace d’Amaury mais non c’est bien du fait du chilien : entre autres joyeusetés de la vie santiaguina, il existe des « cafes con piernas » et des « cafe oscuro ». Le premier a la particularité d’avoir des serveuses en micro-jupes (plus court qu’une mini jupe courte). Le second a la particularité d’avoir les mêmes serveuses mais souffrant d’amnésie : elles oublient leur micro-jupes au vestiaire. Lulu la locale de l'étape car en stage à Santiago nous a assuré : "oh mais non tout le monde y va" en spectatrice habituée. De toute façon c’est culturel, Pablo Neruda fut le plus grand poète d’Amérique latine du XXe siècle et peut-être même de l’Histoire. Ca ne l’empêchait pas d'avoir son bureau en haut de sa maison de Valparaiso juste pour pouvoir observer une voisine alentour qui aimait prendre des bains de soleil, nue…

            Le tout est d’être équilibré. Ca peut faire des miracles : Smog+Andes ça peut aussi donner ça...


Tout est une question d’équilibre...