lundi 13 juillet 2009

"Les touristes veulent toujours aller là où il n'y en a pas" Sam Ewing

            Léon Blum n’est pas passé en Argentine… Ici les vacances c’est deux semaines, trois si ton patron est sympa. Alors, mettez un français né dans les congés payés, les 35 heures, les cinq semaines de vacances annuelles et qui plus est, sort d’un an d’école de commerce, ça donne ça :


            Hé bien oui, après cinq jours de travail, j’ai exigé mon pont de quatre jours, jeudi étant férié pour cause de fête nationale. Je suis donc parti en vacances dès mercredi pour le Nord-Ouest de l’Argentine. Je ne saurais dire pour quelle raison, Moon a insisté pour qu’on prenne l’avion plutôt que le car. C’est sans doute les 45 heures de voyage aller-retour qui l’on freiné. En tout cas j’avoue que j’étais un peu déçu de trouver réacteurs et hôtesses livrés avec l’avion moi qui m’attendais à un avion à hélice qu’il fallait pousser au démarrage.


           Arrivés à l’aéroport de Salta La linda (Salta la douce, la fantastique, la très très jolie libre à vous de traduire), un homme que je qualifierais de louche nous accoste pour nous charger nous et nos bagages dans son minibus. Œil de côté. Faux listing accroché au conférencier que j’avais fait en techno en 6e. On paie à l’avance. Personne d’autre n’ose rentrer dans le van. Résultat : deux benets trimbalés seuls dans un minibus prévu pour 20 personnes à travers une ville inconnue qui ressemble de loin à un bidonville géant. Je commence à ressentir les effets du traquenard surtout que Claude (le louche) ne répond plus à nos appels provenant de l’arrière du car…

            Au final l’homme se révèle être un ange gardien : il nous dépose devant l’auberge, nous porte nos bagages, nous conseille sur la région… C’est juste qu’il n’avait pas un physique mettant en confiance, qu’il était quasiment sourd donc ne pouvait répondre à nos appels et qu’il a pris un raccourci à travers les quartiers pauvres d’où les semblants de bidonvilles. Comme quoi j’ai du mal à perdre mes réflexes de français, mais ça va venir, je vais changer. Vous me retrouverez en janvier à embrasser les clochards bourrés place Bellecour, à inviter les Eddy Lecou de ce monde à l’apéro et à sortir en boîte avec des racailles rencontrés à l’improviste dans la rue. Je serais chaleureux, partageur et marrant. Je serais argentin !

En bon étudiant, c’est la rubrique Bon Marché du Routard qui fut plébiscitée.
En bon européen, je m’attendais à une cave bien arrangée vu les 5€ demandée à l’entrée.
En bon débile, je me suis trompé.





            Rien à voir avec Madrid à huit dans une mini-chambre. Ici, il faut prévoir une étape quand on veut aller de la chambre aux toilettes. Bon par contre niveau ambiance, on garde la même idée. J’ai avec moi un petit barbu, une blonde sexy (argentine), deux parents (qui devaient sans doute avoir le pyjama assorti), un mexicain (à moitié espagnol également), un espèce de Gaucho qui devait s’y connaître en terme de filles de joie, une personne au débit de paroles comparable au mien et un autre qui avait l’air de comprendre tout ce que je lui disais avec un retard de deux à trois minutes… J’ai donc rapidement trouvé mes marques.

            Au bout de 10 minutes, le Gaucho nous invite à venir avec lui et François le Québécois à la peña. François le Québécois fut rapidement qualifié de lourd. Il avait un accent québécois, chose difficile mais pas insurmontable. Mais en plus il parlait très fort le québécois, répétait les mêmes histoires québécoises, rigolait comme un bucheron québécois et avait un, ou plutôt des milliers, de cheveux sur la langue, quasiment une perruque. Lourd.

            Heureusement Miguel était là. Miguel c’est le Gaucho. Il y a 7-8 ans, Miguel est parti de Buenos Aires pour venir ici à Salta. Sauf que Miguel est un gaucho, un vrai. Quand il vient à Salta, il ne prend pas Andes Airlines comme tout le monde, Miguel il prend son cheval, pendant un an entier. Miguel n’a pas besoin de travailler non plus. Il vit d’amour et d’eau fraîche. Enfin surtout d’eau fraîche apparemment parce que l’amour ça n'a pas l’air d’être sa spécialité. Surtout qu’il vit dans la nature avec ses 6 chevaux et ses 14 chiens qu’ils laissent parfois pour venir à la ville comme ce soir. Miguel il assure qu’il mange 100 kilos de viande par jour. Miguel il connaît tout de la région et tout le monde aussi. Miguel au final c’est un peu le roi des gauchos. He ben vous savez quoi, le roi des gauchos, il ne porte ni manteau de cuir ni chapeau, il porte du Quechua.

Miguel le Gaucho et un mec qui niaise parce qu'il a de la
coca dans la bouche et qu'il n'ose pas l'ouvrir
de peur qu'elle tombe sur l'épaule de Miguel


            Alors certes, cette peña était plus tranquille que celle de Buenos Aires, mais en même temps on avait l’Argentine avec nous, la vraie. La Mama qui nous a invité à sa table sans nous connaitre ni d’eve ni d’adam. Miguel. L’avocat qui jouait du violon. Miguel. Le percussioniste qui était persuadé de savoir parler français à François le Québécois qui ne comprenait pas un mot mais rigolait fort. Miguel. Le médecin qui jouait de la guitare avec l’avocat. Miguel. L’artiste peintre qui donnait sa voix au groupe. Miguel, ahh miguel…

            Le folklore est aussi dans la coca. La feuille de coca. Chacun a sa récolte dans son petit sac en plastique posé sur la table. Chacun se lance dans une sorte de défi contre l’adversaire : réussir à parler le plus distinctement possible en se fourrant le maximum de feuilles dans la joue. Alors oui la coca c’est bon mais ça a aussi quelques inconvénients. D’abord c’est comme si tu t’étais fait opéré des dents de sagesse mais que d’une seule joue vu la taille de la joue qui contient les feuilles. Une sorte de visage mi-homme mi-hamster. Et la Coca c’est un peu comme Axe : plus t’en mets, plus t’en as… des odeurs de feuilles pourrissantes qui te sortent de la bouche. Mais au final, c’est bien loin de la cocaïne de la petite bourgeoisie qui boit du champagne, la coca est ici considéré comme un produit quasi-pharmaceutique. Bon certes c’est illégal mais c’est dur d’y croire vu que la Loi (les policiers) a un sac 2 à 3 fois plus gros que le tien…