Il est vrai qu’à Buenos Aires en ce moment on passe difficilement la barre des 25°… On passe difficilement EN DESSOUS de cette barre bien évidemment. Les beaux jours arrivent, on sort les lunettes de soleil Ralf Lauren, les polos La Martina, les mocassins et le pull UMP sur les épaules pour les plus huppés; on sort son short et ses tongs pour les plus normaux. Le résultat est le même nous naviguons tous vers le stade de Palermo pour un après-midi au soleil. Le "village" du stade est digne de ceux des plus grands tournois de tennis ou de golf du monde : voituresen expositions, vente de vêtements et de matériel de sport que tu ne réutiliseras plus jamais dans ta vie (à l’image de la balle de tennis géante Roland Garros qui se morfond dans la cave du 36, bd de Doulon). Seul un restaurant VIP manque à l’appel : le régime est le même pour tous, Super Pancho pour tout le monde (équivalent au Galette-saucisse de la Beaujoire)…
            Et c’est parti pour le match d’ouverture du tournoi de Palermo... La première impression qui nous vient c’est la grande classe. La pelouse est un green de golf sur une surface de l’équivalent de deux terrains de foot, les chevaux sont ont au garde à vous et plus musclés que Schwarzy et les joueurs sont habillés comme s’ils allaient à la Garden Party de Carla à l’Elysée en plus d’un casque d’explorateur colonialiste qui rajoute une pointe pittoresque qui n’est pas pour me déplaire.
            Mais très vite, le sentiment qui prend le dessus c’est « Pourquoi ? ». Pourquoi se sont-ils à ce point compliqués la vie avec ce sport ? Enfants, les joueurs de polo auraient pu prendre des chaussures et un ballon (ou pieds nus avec une boite de conserve pour les fans de Ronaldo) et jouer au foot comme tout le monde. Si vraiment ils voulaient utiliser une crosse, on aurait pu les mettre au hockey sur gazon voire rink-hockey pour apprendre à coordonner pieds et mains… Mais non ! Ils ont préféré la difficulté contre nature tout comme les valeureux joueurs de Water-Rugby (faire des plaquages en apnée avec un ballon rempli de sable), les fabuleux haltérophiles (monter de la fonte (qui était très bien par terre là où elle était) puis la laisser tomber très fort) ou les monstrueux nageurs contre-courant (le courant va dans l’autre sens, tu irais plus vite si tu le suivais mais bon je ne critique pas)… Les joueurs de polo ont donc choisi de se foncer dedans à cheval avec un maillet en bambou pour taper dans une balle un petit peu plus grande qu’une balle de ping-pong. Grand respect. Surtout lorsque l’on sait que monter à cheval sans rien faire d'autre est déjà une épreuve. Comme si ce n’était pas suffisant, on les traite d’handicapés. « Lui il a un handicap 10 » par exemple. J’ai appris par la suite que plus ton handicap est élevé, meilleur le joueur est. J’ai cru comprendre que c’était comme dans le foot international au final. Zidane avait un fort handicap vu que c’était le meilleur donc Henry qui est moins bon a le droit de jouer avec les mains…
            Au final sur le terrain la magie opère. Les chevaux impressionnent : ils sont poussés au maximum et ne tiennent pas plus d’une période (8 périodes de 7min30). On ne comprend pas pourquoi les joueurs tirent dans n’importe quel but mais on est quand même content parce que des buts, il y en a plein. Et tout à coup c’est le drame : un joueur se cogne contre l’arbitre et le cheval chute. Toute mon enfance se met à défiler devant mes yeux avec en fond sonore Stewball d’Hugues Auffray et je me dis que forcément Stewball du polo il va avoir le même sort que le Stewball d’Hugues Auffray et que le vétérinaire, d’un seul coup l’achèvera. Surtout que le joueur déchu, est à genou devant son cheval. Mais finalement, que nenni, le cheval repart comme en 40 vers le banc des remplaçants…            Les chevaux argentins c’est comme tout en Argentine, ça ne se laisse pas faire comme ça.
