samedi 14 novembre 2009

Police partout, justice nulle part…

            Ah ils sont bien mignons les NTM avec Nique la Police, les sacrificateurs de poulets du ministère A.M.E.R ou autre Sniper qui font les gros bras, je leur donne pas deux minutes en Argentine…

            D’abord la police ici c’est Terminator. Que ce soit pour aller chercher le pain, réguler le flot incessant de voitures ou faire une mission type GIGN, l’équipement est le même. Nan je mens, l’agent affecté à la circulation n’a pas le même équipement. Il a en plus un dossard orange au cas où il n’avait pas assez chaud avec 40° au soleil en gilet pare-balles, en protège-tibias en acier et en chaussures qui ressemblent plus à des chaussures de sécurité qu’autre chose…


            En plus, ils ont la chance d’être propriétaire de leur matériel. Du coup on oublie les vestiaires et casiers au commissariat et on met son costume de guerrier dès potron-minet jusqu’à la tombée de la nuit. Le policier local est donc toujours en capacité de se défendre contre tout et n’importe quoi. C’est pourquoi on les voit en tenue dans tous les lieux improbables tels que le bus (démarche de cowboy, main sur le pistolet), la banque ou le supermarché… Le meilleur spot pour voir une armée de policiers poussant leurs caddies est le premier jour ouvrable du mois. Etonné par cette coutume, j’ai donc mené l’enquête pour comprendre le pourquoi du comment…

            C’est finalement très simple et très raisonné. Vous n’êtes pas sans savoir que l’Argentine a quelques problèmes de paiement. Quiconque veut payer par carte est découragé par les taxes de 10 à 20% sur le total du charriot. Les banques ont donc souvent de longues files d’attente où les gens échangent pendant des heures leurs visions philosophiques nietzschéennes à long terme à propos du temps qu’il fait, de ce qu’ils vont manger ce soir ou le sujet préféré de tout argentin “Putear sobre Kristina” [dire du mal de Kirchner] en attendant d'être servi… L’Etat, malin, a donc trouvé un semblant de solution. Plutôt que de lancer une vaste campagne pour réduire les taxes sur l’utilisation de la carte bancaire, ils ont trouvé un système ingénieux pour réduire les queues de fonctionnaires. Rien d’obscène là-dedans. Ils ont juste pris la décision voilà quelques années de verser le salaire à différents jours selon les fonctionnaires. Ainsi le deuxième jour ouvrable du mois voit le corps enseignant récompensé de son labeur. Le corps médical reçoit lui son salaire le troisième jour ouvrable du mois tandis que le quatrième est réservé aux autres fonctionnaires. Le premier jour ouvrable du mois est ainsi réservé aux policiers qui débarquent donc dans la foulée et en tenue dans les supermarchés des alentours.

            En même temps cet argent est dûment mérité… La vie de policier dans les quartiers chauds de Buenos Aires n’est pas celle de l’agent Bramard au commissariat de Rillieux-la-Pape. Ici quand il y a un braquage, il vaut mieux qu’il y ait pas de policier dans l’agence ou le magasin parce que c’est le premier sur qui on tire (j’aime bien mettre “on” je me sens inclus dans l’affaire et ça fait racaille). Un guide de Buenos Aires qui a vécu Mai 68 à la Sorbonne nous a clairement dit qu’à l’époque les flics qui défonçaient les soixante-huitards à coup de bâtons étaient des “mademoiselles” comparé à aujourd’hui. Il nous expliquait également que haïr les policiers était culturel ici. Pas de chance pour eux, ils sont en plus les rois de la gaffe et ont la gâchette facile. Exemple il y a un mois, près du terminal omnibus, un policier a tué une fille de 18 ans qui le braquait “sans armes et complètement drogué : que hijo de puta“ dixit mon directeur des achats préféré qui lui aussi déteste tout homme en uniforme. Résultat la villa (bidonville) s’est révoltée pendant deux jours ridiculisant en 48h les émeutes de 2005 en France. (Par contre désolé de vous décevoir et de ne pas être “wild” mais dans mon quartier, point d’émeutes mais les policiers sont là pour surveiller les trottoirs…).

            Le mieux pour comprendre ce que c’est que d’être policier est l’émission Justicia por su mismo sur CanalTrece (Faisons-nous justice nous-mêmes). Le concept : des caméras filment des gens ou un village qui organise une fatwa contre quelqu’un qui a volé, violé ou blessé l’un des leurs. Ils cassent tout sous les yeux du caméraman qui commente en direct puis les flics arrivent. D’abord ils sont applaudis puis ils arrêtent le méchant qui est tout heureux de les voir arriver parce que sinon il mourrait, puis ils se prennent des pierres et des insultes pour diverses raisons (la principale étant qu’ils sont policiers) par les gens qui les ont applaudis au début.


            Alors Joey Starr, si tu veux être un vrai dur, vient donc faire le malin avec les policiers d’Argentine, on verra si tes dents en or resteront longtemps en place… On va en faire un saint de cet homme…