
            Donc ce village tout près de Buenos Aires n’était qu’à 4h30 de car. Une broutille pour l’argentin. Quand je lui dis que moi je mets le même temps pour traverser le pays en TGV d’un air prétentieux, il me regarde et m’explique que :
- de un, on a qu’à pas avoir un pays aussi petit quand on a une population aussi grande
- de deux, lui il met 20H pour aller au ski et est-ce qu’il se plaint
            A notre arrivée à Madariaga, Tico déjà là depuis deux jours à l’air de nous trouver fort peu dans l’ambiance Frédéric Nihous. Du coup, « Monte dans mon pick-up, je t’emmène à la chasse au blaireau ». Aucun mauvais jeu de mots, que nenni. On est parti à la chasse au blaireau, le vrai, celui qui sort que la nuit. On était donc là à cinq dans le pick-up le plus gros du monde. Tico au volant le fusil chargé entre ses jambes, Amaury avec la lampe torche à montrer à Tico les endroits les plus improbables, Moi qui croyait voir des blaireaux partout et qui lançait donc des petits cris poussifs régulièrement « Aca » (ici en espagnol) avant de finir péteux en français « ah non c’est un lapin » et les deux filles (Victoria Illuminati et Mariana Hierro) qui ne pipait mot, surement trop occupé à lutter contre le froid et la nuit. Tico grâce à son pare-choc et un ingénieux système que je ne m’explique toujours pas fonçait à pleine bourre dans les fils électriques séparant les champs mais sans les casser vu que apparemment et à raison, le plus simple pour aller là ou tu veux c’est aller tout droit plutôt que prendre la route. Coupons à travers champs. Attention tu as failli tuer un cheval quand même là. 110km/h de nuit sur un chemin de boue t’es content d’arriver à destination.
            Surtout quand la destination est un paradis. Bon on est arrivé dans le noir et dans le froid mais avec les bougies, le feu de bois et les grosses couettes t’es au paradis. De jour ça donne ça : pas un bruit, du soleil, du chaud, de l’herbe, des chevaux et des champs à perte de vue…
            Le lendemain, je me suis découvert l’âme d’un gaucho. Bon j’étais en jean, en chemise que je mets au travail et en chaussure de toile, mais j’étais sur un cheval, pas un poney en plus, un grand cheval qui souffle très fort et qui fait du galop. Rafael, l’employé de la ferme nous a scellé les montures, moi j’ai descellé un sourire quand il m’a vu arrivé. Ce que je peux comprendre étant donné son look par rapport au mien très légèrement différent.
            Monter à cheval c’est pas si dur que ça au final. Tu veux aller à droite, tu tourne les rennes à droite, tu veux aller à gauche, tu tournes les rennes à gauche, tu veux accélérer, t’enfonce le pied dans le cheval, tu veux t’arrêter, tu cris pour qu’il s’arrête et tu recris parce qu’il s’arrête pas. Une vraie voiture qui fait mal aux dos et à l’entrejambe. Ce fut incroyable. Une liberté totale de mouvement dans des paysages somptueux : aucune contrainte à part les barrières vu que j’ai pas encore le niveau pour les sauter. L’idée générale était de regrouper le bétail et de le transférer dans d’autres champs. Un régal. En plus, Tico et Rafael on été super cool. Jusqu’au bout ils nous ont laissé croire qu’on participait à l’effort collectif alors qu’en réalité ils faisaient quasiment tout à deux…
            J’ai donc pris la résolution ultime : j’ai décidé de ne plus détester les chevaux…
