Aujourd’hui j’ai vomi mon restaurant d’hier.
            Ce restaurant était fou. Un des plus vieux restaurants de Buenos Aires : une œuvre d’art, un musée, Byzance. Le guido’s bar (2843, Republica de la India – Palermo pour ceux qui veulent découvrir) prend d’abord du temps à se visiter. Tous les murs sont remplis de citations folles, magiques, racistes, religieuses, scientifiques, étrangères, sportives, littéraires, philosophiques, purement matérielles, ou tout simplement indicatives (pour les toilettes, le bar ou pour annoncer que la maison ne fait pas crédit)… Mais ce n’est pas tout, les murs sont également remplis de reproductions de tableaux ou de photos (le pape fait d’ailleurs plus jeune à côté de Brigitte Bardot à moitié nu dans sa période « Je ne suis pas encore une défenseuse des animaux tellement impliquée que mon visage ressemble à celui d’un chien en fin de vie »). Alors toi, tu regardes à gauche à droite, même en haut pour tout analyser, tu ne te méfies pas du serveur moitié argentin moitié pakistanais qui rode dans les parages vu que tu n’as pas encore commandé. Et là tu repose tes yeux sur la table qui est remplie de mets en tout genre. Le vin a rempli ton verre. C’est limite si la bouffe ne vient pas se mettre dans ta bouche d’elle-même. Et Rajiv ne s’arrête plus de t’amener de la nourriture toujours meilleure, de te resservir du vin en quantité jusqu’à devenir légèrement euphorique. Tu te presses donc de manger pour éviter un empilement d’assiettes qui dépasserait les limites de l’équilibre. Et le dessert encore meilleure arrive presque comme un salut pour ton ventre qui comme tous les jours a prix son tarif…
            Donc ce restaurant, je l’ai vomi toute la journée d’aujourd’hui, mais aussi beaucoup d’autres repas de ces 10 derniers jours à mon avis. Incapable d’aller au travail, pile le lendemain où mon patron m’a fait comprendre gentiment que j’avais pas l’air d’avancer beaucoup dans mon projet d’endoscopisation de l’Argentine. J’envoie néanmoins un mail pour prévenir de mon indisposition en tant qu’être civilisé. J’aurais envoyé un mail à médecins sans frontières, j’aurais pas eu mieux. Dix minutes après j’ai eu trois réponses en plus d’un appel téléphonique de ma DRH qui m’a réveillé puis rendormi (la langue d’appel étant l’espagnol, langue que je ne parle pas entre 5h du matin et 9h). Dans ces mails j’avais les coordonnées de quasiment toutes les personnes du bureau ainsi que leurs parents, oncles, tantes, cousins éloignés vivant en Laponie, Mamadou Bagayoko au cas où on sait jamais. J’avais ensuite la liste de toutes les choses que je ne devais pas manger pour pouvoir retrouver un système digestif normal. Et elle insistait pour que je fasse appel à un médecin (ce qui est un piège, à la porcine academy, tout le monde sait qu’aller chez le médecin quand on a pas la grippe A augmente les chances de la chopper chez le médecin en question). Elle ne semblait pas comprendre la politique familiale qui estime que toute maladie, pandémie, cancer ou problèmes de membres cassés ou fêlés se soignent au Doliprane® mais elle a bien fini par renoncer.
            Dans ma longue journée de solitude, j’ai quand même eu un bonheur ultime. J’ai révisé ma prochaine peña… J’ai déjà dansé le folklore lors de la première, j’ai volé le micro au chanteur pour chanter No Women, No Cry sans connaître aucun autre mot que No Women, No Cry lors de la deuxième, je compte donc connaître les paroles d’au moins une chanson la prochaine fois que je volerais le micro d'un honnête homme et j’ai fait mon choix : Loco tu forma de ser. Et cette chanson je vous en offre le clip. Ici tout le monde la connaît, c’est à peu près l’équivalent de « Bienvenue à Galaswinda ya du soleil et des nanas ». Sauf que là en plus, ils en font des reprises à la guitare folklorique dans la peña. Je vais me régaler...
Paroles :
Te vi llegar del brazo de un amigo
cuando entraste al bar y te caíste al piso,
me tiraste el pingüino, me tiraste el sifón,
estallaron los vidrios de mi corazón
te vi bailar, brillando con tu ausencia
sin sentir piedad chocando con las mesas
te burlaste de todos, te reíste de mí
tus amigos escaparon de vos,
y a mí me volvió loco tu forma de ser,
a mí me vuelve loco tu forma de ser
tu egoísmo y tu soledad
son estrellas en la noche de la mediocridad
me vuelve loco tu forma de ser,
a mi me volvió loco tu forma de ser
tu egoísmo y tu soledad
son joyas en el barro de la mediocridad
viniste a mí, tomaste de mi copa,
me sonreíste así, nadando en tu demencia
no sabía que hacer, te traté de besar,
me pegaste un sopapo y te pusiste a llorar
me vuelve loco tu forma de ser,
a mí me volvió loco tu forma de ser
tu egoísmo y tu soledad
son estrellas en la noche de la mediocridad
me vuelve loco tu forma de ser,
a mi me volvió loco tu forma de ser
tu egoísmo y tu soledad
son joyas en el barro de la mediocridad
Loco tu forma de ser
Los Auténticos Decadentes


