mardi 14 juillet 2009

Vers l'infini et au-delà...

            L’auberge c’est vraiment sympa, c’est une expérience. L’avantage c’est le partage, une valeur forte pour moi. Le problème c’est ce que l’on partage : le sommeil, également une valeur forte pour moi. Mon sommeil je l’ai partagé avec le gros barbu, animateur d’une radio associative altermondialiste de Buenos Aires, qui passe sa soirée à chanter et à fumer de la drogue disons-le, il fumait de la Drogue, l’objet du malin, de satan, de belzébuth… Il a décidé de venir se coucher vers 4h du matin en enlevant ses bottes, en refaisant son lit, en faisant des trucs plutôt louches et sans intérêts jusqu’à temps que je me réveille. Une fois sa mission remplie, il s’est endormi comme un bébé (un beau bébé de 90 kilos), me laissant seule à mes tergiversations : « Dois-je me rendormir ? Dois-je le réveiller ? Dois-je chanter la Marseillaise en rotant pour lui expliquer que nous aussi on peut être lourd ?… ». Finalement je réussis à me rendormir… J’ai ensuite partagé mon sommeil avec François le québécois. Mais François le québécois n’a pas les mêmes valeurs, il me l’a pris mais ne me l’a pas rendu. En effet, François n’a pas entendu son réveil à 6h (moi si mais passons) or un taxi passait le chercher pour l’emmener pour son car vers la Bolivie à 6h30. Lorsque Damian, le chef de l’auberge est venu délicatement le réveiller pour ne pas faire de même avec nous, un énorme « FUCK, cinco minutas » bien américain de François (qui parle mieux anglais qu’espagnol) m’a permis de mettre un terme à ma nuit bien trop monotone à son goût…

            Mais François le québécois si tu lis ses lignes, sache que je te pardonne. De toute façon, je devais me lever tôt pour récupérer notre voiture de course qui nous attendait devant l’auberge, sous -2°C.

J'avoue qu'avec la mauvaise humeur
liée à la nuit on s'attendait plutôt à ça


Mais finalement voilà la bête

            Et nous voilà donc lancé à la découverte d'une partie du patrimoine mondiale de l’UNESCO : la route 68 de Salta à Cafayate.

            Enfin, juste après un petit détour d’une heure et demi dans les bidonvilles de Salta puisque mon copilote et moi-même avions du mal à comprendre la complexité d’une petite ville de Province réglé en damier, encore un piège de notre sens de l’orientation légendaire…
L’endroit est magique. Une palette de couleurs incompréhensible : rouge, jaune, vert, bleu, gris… Ca donne envie de s’intéresser à la Géologie toutes ces strates multicolores, ces socles, ces méta-gabbros, ces bassins sédimentaires… La datation radio chronologique au Carbone 14 me démange les doigts. A côté Rochechouart c’est la plage de galets du Center Parc de Sologne.




            Ce qui impressionne le plus, hormis la température qui est passée de -2° à 30 en moins de 5h, c’est le silence régnant. On doit être les seuls à des kilomètres à la ronde vu le peu de voiture que l’on croise. Il n’y a personne et l’endroit paraît inaccessible. Pourtant, on voit des choses fabuleuses. Un monstre inca. Un joueur de pipeau andin qui joue à peu près aussi bien que les morceaux de flûte de ma classe de 6e perdu sur le bord de la route. Un vendeur de roches derrière un stand qu’il a du construire dans la nuit, isolé devant un cactus sans aucun moyen de locomotion apparent. Une maisonnette. On récupère une planteuse de tabac qui faisait du stop au milieu de nulle part (ils sont quand même confiant les argentins, faut pas être pressé de rentrer chez soi). Un cycliste qui semble vouloir lancer le Tour de France local sans parvenir à trouver des concurrents.

Le monstre inca


La maisonnette


Lanco Amstrongo

            Moon qui n’a pas le permis trépigne d’impatience de conduire sur une route aussi belle. Il décide donc de braver l’interdit dans une attitude très argentine. Deux minutes 27 secondes et 14 centièmes après, « permis de coneduire svouplé, et plou vite qué ça ». Le blond est passé du rouge au blanc… Livide, il semble voir sa vie défiler devant lui. Son copilote qui ne fait pas le malin non plus à la chance d’avoir un mental d’acier pour paraître le plus détendu du monde et surtout la capacité à faire très bien le français autiste. En mimant, le sourd et muet je fais passer à l’ex-futur-ex conducteur de voiture sans permis les papiers du véhicule en lieu et place du « carné de conducir ». Le policier semble comprendre que nous sommes deux bons gros touristes trop débiles pour enfreindre les règles de son pays et lance un « Adelante » à mon pilote qui n’a alors jamais pris autant de précaution pour ne pas caler au démarrage. Nos deux pantalons mouillés mettront plusieurs jours à sécher !

            Cafayate est une ville de montagne paisible et tranquille. Très tranquille. Une fois avoir écumé le marché indien, paradis de la laine de lama, nous atterrissons dans l’auberge de Mr et Mme Rasta qui ont l’air très très zen. La lit nous coûte 15 pesos une bouchée de pain mais plus la nuit se rapproche, plus on se demande si on a pris l’option sans Tam-Tam nocturnes. On se rend compte également très vite que la douche chaude, le chauffage et les toilettes évacuant le papier toilette ne sont pas de série. Mais à chaque problème sa solution : douche froide, bouteille d’eau rempli d’eau bouillante dans le lit et poubelle à papier toilette nous sauvent la vie…

L'auberge de M. et Mme Rasta

Le combiné toilette-poubelle

            La journée se finit dans le restaurant local où nous oublions le froid et les espèces de deux péruviens qui crient des chants indiens dans le micro du troquet, grâce aux breuvages locaux. La nuit fut bonne. La tête du lendemain fut encombrée. Quelqu’un avait du nous la taper très fort pendant la nuit, sans doute une vengeance des esprits mapuches qui n'ont pas aimé que l'on se moque de deux des leurs.