Mais François le québécois si tu lis ses lignes, sache que je te pardonne. De toute façon, je devais me lever tôt pour récupérer notre voiture de course qui nous attendait devant l’auberge, sous -2°C.
            Et nous voilà donc lancé à la découverte d'une partie du patrimoine mondiale de l’UNESCO : la route 68 de Salta à Cafayate.
            Enfin, juste après un petit détour d’une heure et demi dans les bidonvilles de Salta puisque mon copilote et moi-même avions du mal à comprendre la complexité d’une petite ville de Province réglé en damier, encore un piège de notre sens de l’orientation légendaire…
L’endroit est magique. Une palette de couleurs incompréhensible : rouge, jaune, vert, bleu, gris… Ca donne envie de s’intéresser à la Géologie toutes ces strates multicolores, ces socles, ces méta-gabbros, ces bassins sédimentaires… La datation radio chronologique au Carbone 14 me démange les doigts. A côté Rochechouart c’est la plage de galets du Center Parc de Sologne.
            Ce qui impressionne le plus, hormis la température qui est passée de -2° à 30 en moins de 5h, c’est le silence régnant. On doit être les seuls à des kilomètres à la ronde vu le peu de voiture que l’on croise. Il n’y a personne et l’endroit paraît inaccessible. Pourtant, on voit des choses fabuleuses. Un monstre inca. Un joueur de pipeau andin qui joue à peu près aussi bien que les morceaux de flûte de ma classe de 6e perdu sur le bord de la route. Un vendeur de roches derrière un stand qu’il a du construire dans la nuit, isolé devant un cactus sans aucun moyen de locomotion apparent. Une maisonnette. On récupère une planteuse de tabac qui faisait du stop au milieu de nulle part (ils sont quand même confiant les argentins, faut pas être pressé de rentrer chez soi). Un cycliste qui semble vouloir lancer le Tour de France local sans parvenir à trouver des concurrents.
            Moon qui n’a pas le permis trépigne d’impatience de conduire sur une route aussi belle. Il décide donc de braver l’interdit dans une attitude très argentine. Deux minutes 27 secondes et 14 centièmes après, « permis de coneduire svouplé, et plou vite qué ça ». Le blond est passé du rouge au blanc… Livide, il semble voir sa vie défiler devant lui. Son copilote qui ne fait pas le malin non plus à la chance d’avoir un mental d’acier pour paraître le plus détendu du monde et surtout la capacité à faire très bien le français autiste. En mimant, le sourd et muet je fais passer à l’ex-futur-ex conducteur de voiture sans permis les papiers du véhicule en lieu et place du « carné de conducir ». Le policier semble comprendre que nous sommes deux bons gros touristes trop débiles pour enfreindre les règles de son pays et lance un « Adelante » à mon pilote qui n’a alors jamais pris autant de précaution pour ne pas caler au démarrage. Nos deux pantalons mouillés mettront plusieurs jours à sécher !
            Cafayate est une ville de montagne paisible et tranquille. Très tranquille. Une fois avoir écumé le marché indien, paradis de la laine de lama, nous atterrissons dans l’auberge de Mr et Mme Rasta qui ont l’air très très zen. La lit nous coûte 15 pesos une bouchée de pain mais plus la nuit se rapproche, plus on se demande si on a pris l’option sans Tam-Tam nocturnes. On se rend compte également très vite que la douche chaude, le chauffage et les toilettes évacuant le papier toilette ne sont pas de série. Mais à chaque problème sa solution : douche froide, bouteille d’eau rempli d’eau bouillante dans le lit et poubelle à papier toilette nous sauvent la vie…
            La journée se finit dans le restaurant local où nous oublions le froid et les espèces de deux péruviens qui crient des chants indiens dans le micro du troquet, grâce aux breuvages locaux. La nuit fut bonne. La tête du lendemain fut encombrée. Quelqu’un avait du nous la taper très fort pendant la nuit, sans doute une vengeance des esprits mapuches qui n'ont pas aimé que l'on se moque de deux des leurs.
