mardi 7 juillet 2009

La loi de la jungle

            Dimanche c’était Journée BBQ. Version géante. C’est l’Asado. Invité par la mère adoptive d’Amaury qui trouvait scandaleux que je ne sois pas venu manger chez elle toute la semaine dernière, en bonne argentine, je débarque donc dans un appartement sublime en plein Buenos Aires. Enfin je débarque c’est vite dit vu que dans mon quartier, chaque porte à son gardien derrière. Comme les concierges habillés en rouge de la reine d’Angleterre qui ne parlent pas et qui ont un chapeau bizarre sauf que eux ils sont déguisés en policier, ils ont un pistolet et ils ont l’air énervé et menaçants. Mais Moon en bon châtelain lui a expliqué que maintenant fallait me laisser rentrer…

            L’appartement était bof, sans plus. Quelques tableaux d’artistes, un petit balcon de 20m², un écran plasma qui n’avait même pas l’abonnement Canalsatellite le meilleur du numérique, sauna et jacuzzi tellement petits qu’on doit être juste quand on est 20 personnes dedans, une piscine à peine chauffée et deux petits Barbecues. Pas de quoi mouiller son pantalon… C’est quelque chose de vraiment atroce le tiers-monde, ça fait mal au cœur.



            Présentation de mes compagnons de tablée. A première vue ils ont 25 ans. Finalement, ils sont plus jeunes que moi. Ca doit être l’effet rugby vu qu’ils jouent tous les trois dans le club local, respectivement pilar, 3e ligne et 3e ligne pour les connaisseurs. De beaux bébés entre Iñacio (dit Jajo) 90 kilos, Lucio qui m’annonce un 93 kilos mais qui immédiatement se justifie en me disant que c’est parce qu’il s’est blessé et qu’avant il dépassait les 100 kilos et Mauro (et non Jules et Gaspard je n’ai pas vu sa besace) qui lui fait 116 kilos. La compétition va être rude. Mais ce n’est pas tout. Il y a également la mère (Silvina) et la grand-mère (Celua). Concrètement (je parle là pour ma famille désolé pour les autres), c’est Marie-Claire et Mamie Glo. En effet, Silvina considère un peu sa maison comme un foyer pour ados gratuit et prendrais pour une insulte que Moon se trouve un appart, elle te fait des trucs trop bons à manger en quantité et a l’air de connaître tous les ragots de son entourage (notamment les potes de son fils) : Marik. Lucia est pas toute jeune mais à une pêche d’enfer, elle te fait des blagues tout le temps en rigolant fort (certes tu les comprends avec un léger retard) et elle te dit tout franchement (si t’es gros (Lucio en a fait les frais), si t’as une coiffure bizarre…) mais tellement gentiment que tu peux rien lui reprocher : Mamie.



            Je suis arrivée un peu tard vu qu’il était déjà midi et demi, j’ai donc du rater une étape. Le fait est qu’il y avait près de l’asado, au moins 10 kilos de viande. Mon instinct me dit que ce sont mes trois colosses qui avaient dû aller chasser le matin vu la taille de leur poing équivalente à mon ventre, en moins gras. Ils doivent pas être mauvais vu qu’il y a du porc, du bœuf, du cerf, du boudin (je ne sais pas si la chasse au boudin est difficile, faudrait que je me renseigne) et de l’agneau. Bon finalement je suis vite déçu vu que la viande vient tout droit de chez le boucher. Je souhaite alors de tout mon cœur de ne pas rencontrer ce boucher-chasseur à côté de qui Goliath doit passer pour une belle tantouze. Les trois monstres se contentent de préparer l’Asado ce qui est déjà pas mal vu la complexité de l’affaire. Il ne faut pas faire des braises comme un vulgaire BBQ français de bourrin. Que nenni ! Il faut l’attraper avec douceur cet Asado, augmenter la température de l’antre progressivement en saisissant la viande doucement à distance du feu… un vrai travail d’orfèvre. Comme quoi on peut être un rugbyman de deux tonnes et être doux comme un agneau. Agneau qui finira au final dans le ventre du rugbyman de deux tonnes mais c’est la loi de la jungle. Voici la première des quatre fournées de viande, ça laisse rêveur… J’en profite pour rendre hommage à Maxou (mon coloc’ à Lyon pour ceux qui le connaisse pas) avec qui notre viande hebdomadaire était un steak Lidl surgelé qui se faisait en partie au Micro-onde. Les temps changent dirait MC Solaar.


            A table tout est gros. Les bouteilles de Coca de 3 litres, le plat à salade, les morceaux de viande, Lucio… Le problème d’un peuple aussi accueillant, c’est qu’il y a offense quand tu ne manges pas assez. Au bout de 500g de viande englouti, l’équivalent d’un gros chat dépecé et désossé (genre le chat de Flo) pour vous donner une idée, Silviana me fais les gros yeux parce que je refuse dans un premier temps, le morceau de cerf qu’elle m’amène. J’ai bien une technique qui permet de survivre temporairement mais je dois bien me résoudre à stresser devant tant de pression à la table. Cette technique est simple, dès que Silviana à ma gauche me passe le plat en faisant les gros yeux, je lui fais comprendre que Moon, à ma droite, semble affamé et que je ne suis qu’un simple lieu de transit (oui c’est le cas de le dire) entre le plat et l’assiette de Moon. Ce dernier en bout de chaîne et gavé comme une oie n’a plus la force de réagir à quoi que se soit et résigné, il s’enfile une nouvelle vache en entier. Chacun pour sa peau. Malheureusement ce plan était faillible, Silvina s’en étant rendu compte. Elle prend sa revanche en me servant directement dans l’assiette. A la droite de la table c’est l’agonie pour nous tandis qu’en face de moi, les trois rugbeux ont presque leurs ventres qui crient famine. Voila pourquoi la France s’est fait défoncé à deux reprises pendant la coupe du monde de rugby : un Asado, c’est 5 kilos de plus par tête dans la mêlée.

Amaury fait bien l'acteur, il rêve en secret de pouvoir
aller se faire vomir tellement il a mangé


            Heureusement que la télévision est là pour nous encourager. Aujourd’hui c’est la dernière journée de championnat et le premier rencontre le deuxième dans un match qui s’annonce épique. Seulement voilà, les matchs sont payants. Seulement voilà c’est très cher pour beaucoup d’argentins. Seulement voilà, les argentins adorent le football. La solution fut trouvée. Ici pas moins de deux chaines gratuites diffusaient le match. En respectant la loi. Aucune image du terrain. Pendant une heure et demi, nous avons donc eu en direct, les tribunes du stade filmé en long, en large et en travers et en Dolby Stéréo. Résultat : on mettait du cœur à l’ouvrage en mangeant, on ne voulait pas les décevoir ces 50000 spectateurs qui nous regardait manger à la télévision. Pour vous montrer l’ambiance dans les stades argentins vous pouvez regarder cette petite vidéo, vous comprendrez pourquoi on a mangé autant avec une telle ferveur. http://www.youtube.com/watch?v=dCFk4miHViQ

            A la fin de cette guerre mondiale (à 17H soit 4H après le début du repas si je compte bien), le champ de bataille est dévasté. Moon me demande presque de l’achever tandis que je sombre dans une sorte de coma intellectuel. Je ne sais comment ce fut possible mais je réussis à me trainer dans le jacuzzi. Puis dans le sauna. Je vous écris d’ailleurs en direct de sauna. Ca fait 2 jours et 22H que je suis dedans. C’est que ça prend du temps d’éliminer 20 kilos de viande…

1 commentaire:

Moon a dit…

La difference entre toi et moi, c'est que moi c'est même combat et ts les soirs ... Ce soir, face a la pression, j'ai failli vomir !

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