Chaque année, Mar del Plata est convalescente pendant neuf mois sur douze. Elle attend patiemment le milieu du mois de décembre et les trois mois de vacances scolaires argentines. D’ici là les vieux loups de mer qui se prélassent dans leur réserve naturelle auront migré vers des horizons meilleurs, laissant leur place aux baleines en maillot qui viendront s’échouer sur la plage avec leurs cohorte de vendeurs de glace Miko pour les hydrater, de bimbos pour les humilier, de boîtes de nuit pour les faire bouger et de jeunes éphèbes pour les faire rêver…
Un lobo marino (loup de mer)

Mar del plata l'été
            En attendant les riches porteños et leurs portefeuilles bien garnis, le marplatense se meure et vit difficilement, complètement perdu. Les vieux errent tristes et seuls dans les différents lieux de la ville. La moyenne d’âge de mes collègues d’un soir à la roulette du Casino devait être de 78 ans. Sans parler des zombies devant les machines à sous dont la peau paraissait déjà être rongée par les vers tant ils semblaient à l’article de la mort. Les plus jeunes de 60-70 ans remplissaient les restos en mangeant sans conviction leur gigantesque pièce de bœuf quotidienne. Les plus déboussolés restent cependant ceux qui passent leur journée à jouer à la pétanque sans boules de pétanques mais avec une sorte de disques plats. J’ai voulu leur expliquer qu’ils s’étaient trompés dans l’achat du matériel, mais voyant s’esquisser quelques sourires du plaisir de jouer sur les visages tristes, j’ai préféré m’abstenir…            Générations sacrifiées ? Papy-boom désenchanté ? Que nenni ! Non ! Samedi est arrivé avec son parfum de vacances ! Les cars ont apporté par centaines les jeunes porteños venus profiter des premiers rayons de soleil. Papi et mamie ont donc ressorti toupets, dentier propre et habits du dimanche pour pavaner sur le remblai… La joie et la vie sont revenues à Mar del Plata… mais jusqu’à quand ? Je n’ose imaginer le blues du dimanche soir local lorsque les bus seront repartis.
Pourtant il y a tellement de choses à faire pour attendre samedi prochain :
        - regarder les vagues éclater sur les rochers
        - faire le pèlerinage de 10 km jusqu’à la statue de San Cristobal
        - Sentir l’odeur de vomi de la réserve aux loups de mer
            Le vieil homme et la mère (ou c’est peut-être sa femme mais elle fait vieille en tout cas) n’ont pas eu l’air convaincu pour autant et me regarde tristement prendre mon bus pour Buenos Aires en comptant lentement les jours qui les séparent de l’arrivée des grosses baleines échouées…

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